Le Québec rate sa cible en matière de francisation et d’intégration

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Par Édouard d'Argenteuil pour la Fédération des Québécois de souche

En janvier 2016, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) livrait un rapport accablant sur l’état de la langue française au Québec. Selon l’Institut, le gouvernement du Québec rate complètement sa cible en matière de francisation et d’intégration des immigrants. Force est de constater que près de 40 ans après l’adoption de la Loi 101, le français n’est toujours pas la langue commune du Québec et que l’attrait considérable qu’exerce l’anglais auprès d’une part encore importante d’allophones menace l’équilibre linguistique. 

L’IRÉC note l’accélération du déclin du poids démographique des francophones au Québec dans les dernières années. Cela est surtout vrai dans la grande région de Montréal, où se concentrent désormais 86% des nouveaux arrivants. Ainsi, dans la métropole, le nombre d’individus ayant le français pour langue maternelle est passé sous la barre fatidique des 50% en 2011 et la proportion de ceux parlant principalement français à la maison a décliné pour s’établir autour de 52%. Le déclin se traduit également sur le marché de l’emploi, où à peine 44% des travailleurs du secteur privé affirment travailler généralement ou uniquement en français (ils étaient 63% en 1997). Ces chiffres sont alarmants, dans la mesure où ils indiquent sans ambigüité que les francophones sont désormais minoritaires chez eux, à Montréal.

L’immigration apparaît comme le principal facteur de recul du français dans la province. On dénombre aujourd’hui plus de 200 000 immigrants qui ne parlent toujours pas français, malgré le fait que plus de la moitié d’entre eux sont installés ici depuis au moins 1991. Un nombre impressionnant de 43 255 ne parlent d’ailleurs ni français ni anglais et on se demande dès lors comment ceux-ci font pour fonctionner au sein de la société québécoise. 

L’IRÉC souligne par ailleurs que les transferts linguistiques vers le français demeurent insuffisants pour freiner le déclin du groupe francophone. Malgré une apparente amélioration depuis les années 1970, attribuable à la sélection d’immigrants issus de la francophonie internationale, les immigrants qui ne sont pas issus de la francophonie internationale sont restés insensibles aux mesures de francisation depuis 30 ans. Parmi ceux qui ont opéré un transfert linguistique, seulement 15 % l’ont fait au profit du français, un niveau semblable à celui des années 1970, ce qui témoigne de l'échec des mesures d'intégration.

Le bilinguisme institutionnel pratiqué par les ministères et les organismes (Revenu Québec, SAAQ, etc.) apparaît également comme un facteur qui nuit de manière importante à la francisation et à l’intégration des immigrants. En interagissant en anglais avec près de 75% des immigrants, le gouvernement du Québec fait preuve d’un manque flagrant de cohérence avec l’objectif supposé de faire du français la langue commune des Québécois. Le rapport de l'IRÉC dénonce notamment le caractère optionnel des formations de francisation et la possibilité de vivre à Montréal sans connaître le français. Cette situation pousserait de 40 % à 50 % des immigrants ne connaissant pas le français à ne pas fréquenter les cours de français qui leur sont offerts.

En regard de ces statistiques alarmantes, L’IRÉC conclut que "le Gouvernement du Québec se trouve aujourd’hui devant une responsabilité historique : face aux nombreux signes du déclin du français, il doit assumer pleinement son rôle dans le maintien du français comme langue commune dans l’esprit de la Charte de la langue française". 

Pour l’Institut, au-delà de la question de la francisation, c’est d’abord la question de la composition de l’immigration qu’il faut poser. Si le fait d’accueillir davantage de migrants francophone apparaît comme un moyen de protéger la survie de la langue française, plusieurs recherches ont démontré que le Québec ne parviendrait pas à maintenir les seuils d’immigration des dernières années tout en recrutant davantage d’immigrants francophones. C’est ce qui amène les chercheurs de l’IRÉC à faire la recommandation suivante : « Nous sommes d’avis que le Gouvernement du Québec devrait alors revoir à la baisse le nombre d’immigrants accueillis annuellement » (p.55). 

En effet, plusieurs indicateurs semblent signaler que les capacités d’accueil du Québec sont aujourd’hui dépassées. Les pénuries de main-d’œuvre ne sont pas généralisées comme cela a longtemps été avancé et l’augmentation des seuils d’immigration n’a qu’un effet marginal sur le vieillissement de la population (Dubreuil et Marois, 2011 ; Bourdabat et Grenier, 2015). Finalement, affirment les chercheurs de l’IRÉC, il ne faut pas oublier que la principale source de main-d’œuvre n’est pas l’immigration, mais le système éducatif. En ce sens, le gouvernement doit continuer d’investir dans le système d’éducation québécois. Il doit poursuivre ses efforts de lutte contre le décrochage scolaire et entamer une réflexion plus profonde sur le rôle du système éducatif dans l’orientation des élèves vers les filières professionnelles dans lesquelles on prévoit des besoins de main-d’œuvre. Le gouvernement devrait aussi mieux soutenir la natalité en favorisant l’accès aux services de garde à prix modique et devrait amorcer une réflexion sur une bonification des allocations familiales.

L’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) est un organisme dont l’objectif est d’appuyer et d’encourager la recherche en économie tant générale que politique ou sociale afin de chercher les meilleures voies de réalisation du bien commun et une meilleure définition du rôle que doivent jouer les différents acteurs sur les scènes économiques locales et mondiales. À cette fin, l’IREC commande et réalise des études, recense des travaux qui émanent des universités et des centres de recherche, participe à la création et au développement de nouveaux instruments d’analyse économique, organise des conférences et des colloques publics et octroie des prix pour les thèses et maîtrises de jeunes chercheurs et chercheuses. L’Institut souhaite d’abord et avant tout promouvoir une réflexion critique sur les grands enjeux économiques de notre époque et élargir l’espace de délibération entre les divers acteurs socio-économiques et politiques. L’IREC ne s’engagera dans des prises de position publiques que dans la mesure où une majorité de ses membres en conviendra. Le droit à la dissidence sera en tout temps respecté. 

 


  1. Pour consulter le rapport complet : http://www.ledevoir.com/documents/pdf/2 … ration.pdf
  2. Boudarbat, Brahim & Gilles Grenier. 2015. L’impact de l’immigration sur la dynamique économique du Québec. CIRANO http://www.cirano.qc.ca/files/publicati … 5RP-06.pdf
  3. Dubreuil, Benoît et Guillaume Marois. 2011 Le remède imaginaire, Montréal : Éditions Boréal

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Un commentaire

  1. Charles Danten le

    Rapport intéressant mais qui évite le vrai débat. Les effets énumérés dans cet article sont voulus et conformes au projet mondialiste que les oligarques qui nous dominent imposent à la population en se cachant derrière le chantage aux bons sentiments et divers autres accessoires de manipulation. Aucun rapport de ce genre, aussi utile soit-il, ne changera le cours actuel des choses. L’heure n’est plus aux écrits et aux paroles, mais aux actions. Les Québécois doivent descendre dans la rue massivement pour dire non, c’est assez, nous ne voulons pas de cette migration de remplacement. C’est une question de survie. Que voulons-nous au juste ? Être bon et plein de compassion en laissant volontairement votre place à des cultures étrangères ou protéger votre race, votre langue et votre peuple que l’on tente d’anéantir par des procédés vieux comme Hérode.

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