Le travailleur, première victime de l’immigration

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Par Jérémie Plourde dans Le Harfang, magazine de la Fédération des Québécois de souche

Depuis le mois de janvier, le gouvernement conservateur diffuse sur les réseaux sociaux des publicités mettant en valeur les nouvelles politiques d’immigration concernant les demandes de travailleurs qualifiés qui seront traitées plus rapidement. Malgré la récurrence de ces annonces, elles sont très peu populaires et le peu de commentaires laissés par les internautes démontrent que de moins en moins de personnes ne croient à l’apport économique de l’immigration.

Pour le gouvernement, une croissance démographique, même si elle s’accompagne de coûts massifs (23 milliards de coûts nets d’après l’Institut Fraser), permet l’augmentation du PIB. L’immigration tend à faire diminuer le PIB par habitant en raison des mauvaises performances économiques des nouveaux arrivants, mais en termes absolus, le PIB augmente. Les travailleurs seront ravis d’apprendre que cette augmentation sur papier du PIB n’a pour conséquence que de permettre d’emprunter davantage à un taux relativement bas. Tous se réjouissent donc que notre gouvernement surendetté puisse, grâce à l’augmentation du PIB, s’endetter davantage tout en refilant la facture corsée liée à l’immigration aux citoyens.

La joie procurée par cette possibilité accrue d’endettement ne semble toutefois pas compenser le fait que les travailleurs perdent avec une immigration de masse. Le marché du travail, son nom l’indique, est un marché. Si la demande de travail est plus forte que l’offre, cela a nécessairement un impact sur les salaires.

Plus il y a de candidats possibles pour un poste, moins les conditions sont avantageuses. D’un autre côté, plus la main-d’œuvre est rare, plus les employeurs offriront des avantages pour attirer et également garder cette main-d’œuvre. Dans des domaines comme l’informatique où la main-d’œuvre qualifiée est relativement rare, nombre de compagnies offrent des avantages originaux comme des salles de gym, des aires de détente et des horaires flexibles pour attirer une main-d’œuvre compétente qui est sollicitée de toute part.

Dans les faits, les chercheurs Abdurrahman Aydemir et George Borjas ont calculé l’impact de l’immigration sur le marché du travail et confirment que l’arrivée massive d’immigrants entraîne une diminution de salaire chez les natifs. L’augmentation de 10% du nombre de travailleurs issus de l’immigration entraîne une baisse de 3 à 4% pour les autres travailleurs.

Aydemir et Borjas n’ont pas inclus les travailleurs temporaires étrangers qui sont aujourd’hui devenus légion, mais il est clair qu’en suivant le même raisonnement, il est possible de conclure que les travailleurs temporaires étrangers importés par de nombreuses compagnies ont un impact semblable sur le marché du travail.

Etrangement, les syndicats québécois restent coi sur le sujet et, dans ce domaine, font le jeu du patronat en encourageant l’immigration de masse qui leur permet en bout de ligne d’empocher davantage de cotisations, même si cela se fait aux dépends des travailleurs qu’ils affirment pourtant défendre.


Source : Abdurrahman, Aydemir; Borjas, George J. (2010) Cross-country variation in the impact of international migration. Journal of the European Economic Association, vol. 5, n 4, p.663-708.

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