L’eau de Pâques!

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La consécration de l'eau se fait le Samedi saint et les croyants en profitent pour rapporter à la maison des réserves d'eau nouvellement bénite. Devant ce rituel religieux, il n'en faut pas plus pour que la croyance populaire se développe. Par analogie, toutes les eaux mêmes naturelles peuvent être investies de certaines grâces. Associée à la nature qui reprend vie au printemps, l'eau courante qui coule des ruisseaux à Pâques est une eau nouvelle et fraîche; on lui attribue un pouvoir magique de guérison et de protection. Quoi qu'il en soit, la tradition de cueillir de l'eau le matin de Pâques est un trait qui relève davantage de la pratique populaire. Pour que cette eau soit efficace, il faut cependant réunir certaines conditions. D'abord, l'eau doit couler à l'année longue et ne doit pas être stagnante. L'eau d'un ruisseau, d'une rivière ou d'une source peut convenir. Il faut la cueillir dès l'aube avant le lever du soleil le dimanche de Pâques. Selon les endroits, la façon de puiser l'eau comporte tout un rituel. Certains la ramassent en silence depuis le lever, d'autres en priant, mais la plupart s'entendent pour qu'elle soit recueillie à contre courant, c'est-à-dire dans le sens inverse d'où elle coule sous peine qu'elle ne se conserve pas. La croyance affirme que cette eau miraculeuse ne se corrompt pas d'une année à l'autre. Tout comme les rameaux et les cierges bénits, l'eau de Pâques semble remplir aux yeux des croyants la fonction de protection contre certaines maladies et certaines catastrophes naturelles. Il suffit d'en boire ou d'en asperger les objets. Une fois les bouteilles et les seaux remplis, on en profite pour regarder le soleil se lever. Selon la luminosité du jour, on dit que le matin de Pâques le soleil danse pour souligner la résurrection du Christ.

« La coutume de cueillir l'eau de Pâques est un rituel en perte de vitesse depuis que la religion est moins importante dans la vie des Québécois. Cette cueillette a été transmise par les ancêtres français de la Bretagne et de la Normandie mais son origine remonte à d'anciens rites païens autour des fêtes du printemps. »

Selon les lois de l'Église, chaque fidèle a l'obligation de communier au moins une fois l'an. Le temps de Pâques semble tout désigné pour accomplir ce devoir. Pour pouvoir participer à la communion pascale, il faut cependant être «pur» et bien préparé, c'est-à-dire s'être confessé de ses péchés et avoir obtenu l'absolution du prêtre. L'expression «faire ses pâques» désigne cette obligation de l'Église qui accorde toutefois aux chrétiens la chance de s'exécuter entre le mercredi des Cendres et le dimanche de la Quasimodo, soit celui qui suit le dimanche de Pâques. La locution «Pâques closes» est une autre appellation de la Quasimodo qui, comme son nom l'indique, termine le cycle de Pâques. Parfois des retardataires ne trouvent pas le temps de faire leurs pâques pendant ce laps de temps ou sont de grands pécheurs. On dit de ceux qui attendent la Quasimodo pour se confesser qu'ils font des «pâques de renard» par analogie à la finesse et à la ruse de l'animal. In extremis, ces catholiques peu empressés pensent obtenir l'absolution plus facilement car le confesseur ne saurait leur refuser. On a aussi émis l'hypothèse que l'expression «pâques de renard» avait un certain rapport avec les mots «retard» et «remords» dont ils seraient dérivés. Malgré tout, une croyance bien québécoise est née comme châtiment divin autour de ceux qui négligent quand même de faire leurs pâques. Après sept ans consécutifs, ils risquent de se transformer en loup-garou. Au Québec, l'imaginaire religieux s'est emparé de cette croyance et on compte de nombreuses anecdotes ou légendes sur ce thème. Le malheureux ou la malheureuse atteint par cette malédiction est condamné à «courir le loup-garou», c'est-à-dire à errer la nuit à travers la campagne sous la forme d'un grand chien noir, d'un veau ou d'un cochon. Pour délivrer le loup-garou de sa métamorphose, il s'agit de lui faire couler une goutte de sang au moyen d'un outil en le blessant. En général, le loup-garou ainsi délivré est reconnaissant envers son bienfaiteur et lui demande la plus grande discrétion sur son identité. Les écrivains québécois Pamphile Lemay et Louis Fréchette ont immortalisé cette légende de tradition orale au début du XXe siècle quand la croyance encore vivante servait d'avertissement aux chrétiens. De nos jours où la religion occupe une place moindre, la métamorphose en loup-garou n'est plus une menace.

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