Les jeux en Nouvelle-France

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Extrait de l'article Divertissements, du Musée virtuel de la Nouvelle-France.

L’être humain, depuis toujours, a besoin de distraction et de repos afin d’oublier, pour un moment, les difficultés de la vie quotidienne. Les habitants de Nouvelle-France ne font pas exception à la règle.Comment les habitants des colonies françaises d’Amérique occupaient-ils leur temps libre? Voilà l’objet de cet article.

Le billard

ecfccfe7b0dd6f7476f12ca8e299041aLe billard est un divertissement populaire dans toutes les villes de la Nouvelle-France. Si ce jeu a longtemps été réservé à l’aristocratie, ses variantes – toutes assez différentes du billard actuel – se popularisent en France au cours du XVIIIe siècle. Dans la colonie, les tables de billard se trouvent surtout dans les auberges et les cabarets des centres urbains. L’un des premiers établissements à en offrir une à sa clientèle est l’auberge d’Abraham Bouat, située à Montréal rue Notre-Dame. L’établissement, à proximité de l’église paroissiale, tient pignon sur rue pendant les 25 dernières années du XVIIIe siècle. Dans la ville de Québec, si au moins 12 hôteliers possèdent des billards entre les années 1690 et 1760, la ville en compte deux ou trois de façon permanente. Quelques tables de billard se trouvent également à Louisbourg et à la Nouvelle-Orléans.

Grâce à la description de l’acquisition de Pierre Petitot Desmaret, en 1743, on peut aujourd’hui avoir un bon aperçu de ce qu’était un billard  à cette époque :

« un billard de 12 pieds ou environ de longueur sur 6 ou environ de largeur avec tapis au quart usé une toile de Beaufort sous le tapis tel qu’il se trouve monté en la demeure des vendeurs, trois paires de billes neuves et 4 autres vieilles, 26 masses de billard garnies de leurs manches, huit queues, dix lustres de fer blanc avec leurs porte lustres et deux grands bancs », le tout coûtant 400 livres. Les hôteliers maîtres de billard ont sûrement besoin de beaucoup d’espace pour aménager ce jeu et accommoder joueurs et spectateurs. Lorsque Jacqueline Deleau, veuve de Jean-Pierre Daubigny, loue une maison située dans la basse-ville de Québec, rue Saint-Pierre, en 1714, le « Bailleur doit faire lever la cloison de la chambre du 3e étage pour que ladite preneuse y puisse commodément placé son jeu de billard et de faire faire une fenêtre convenable dans ladite cloison pour tirer du jour aud[it]billard du coté de lad[ite]chambre ».

Le billard se joue à deux ou à quatre. Il y a souvent plusieurs spectateurs et ce sont eux qui arbitrent, au besoin, les coups litigieux. Le témoignage suivant du marchand forain Jean Taché, en 1739, l’illustre bien. Étant entré chez Pierre Petitot « pour y jouer une partie comme il fait tous les jours avec ses amys » et, après un coup difficile, « le maître de billard recueillit les voix de la galerie qui était composé de douze à quinze personnes ». Même si l’ensemble de la population a accès au billard, ce ne sont pas toutes les couches de la société qui y jouent. Selon les créances du cabaretier et maître de billard Bachelier, 31 personnes, dont trois femmes, ont des frais de billard et toutes font partie des corporations suivantes : officiers, fonctionnaires, marchands et professionnels.

Les quilles

Le jeu de quilles d’alors est différent de celui d’aujourd’hui. Si l’on ne connaît pas les règles de l’époque, on sait que le nombre de quilles n’était pas le même – il pouvait varier de trois à neuf – et que la boule pouvait être lancée en la roulant comme on le fait aujourd’hui, ou à la volée comme dans le jeu de pétanque. C’est d’ailleurs habituellement une activité extérieure. On sait qu’en 1748, le chevalier de La Corne de Montréal acquiert un jeu de quilles provenant des biens de l’ex-gouverneur de Trois-Rivières, Claude-Michel Bégon, lequel comprend une boule et huit petites quilles de bois.

Jouer aux quilles n’est pas une exclusivité de l’élite; bien au contraire : tout le monde s’adonne à ce divertissement, jeunes et moins jeunes, domestiques et artisans. Déjà en 1674, un certain Grégoire Simon joue aux quilles vers 17 heures le dimanche avec Pierre Mathieu à la Pointe-aux-Trembles, devant la maison d’un dénommé Saint-Ange. Toutefois, il arrive parfois des mésententes qui donnent lieu à des bagarres : les quilles peuvent se transformer alors en armes contondantes et devenir dangereuses. En 1688, un procès mentionne qu’un habitant a « donné un coup de quille sur la tête » d’un soldat.

Si aucun document ne permet de donner un chiffre exact sur le nombre de jeux de quilles dans la colonie, on sait par contre qu’auberges et cabarets offrent aussi à leur clientèle la possibilité de jouer aux quilles ou aux boules. Par exemple, le traiteur aubergiste François Marseau de Québec, associé de l’aubergiste Daniel Rietmann, possède un jeu de quilles. Le cabaretier René Daniau, de Québec a, quant à lui, un jeu de boules dans sa cour de la rue Saint-Jean. À Louisbourg, le marchand Jean Pierre Grégoire dispose aussi de son jeu de quilles.

Les dés et les cartes

Bien que tout jeu de hasard fasse l’objet d’interdictions périodiques dans les auberges et les cabarets, les jeux de dés et de cartes demeurent fort populaires durant tout le Régime français. On relève de nombreux procès causés par des querelles survenues dans des auberges ou cabarets de Québec et de Montréal et qui font référence à des clients qui pratiquent les jeux de hasard. On constate la même chose dans les auberges et les cabarets de Louisbourg. Les jeux de cartes sont aussi présents dans les campagnes, comme en témoigne la vente de deux douzaines de cartes pour jouer au piquet par le chirurgien Bertier de Québec à J-F Duchesny de Sainte-Anne, près de Batiscan.

Le piquet, le jeu de cartes le plus fameux selon Antoine Furetière, célèbre lexicographe de la fin XVIIe siècle, compte de nombreux adeptes en Nouvelle-France. Le jeu se joue avec 36 cartes au XVIIe siècle, et 32 au siècle suivant. La triche est courante aussi. En 1714, Jean-Baptiste Alleou de Saint-Étienne et Monsieur De Chalus, capitaine de compagnie, jouent au piquet à l’auberge du Grand Air. Alleou insiste pour finir la partie, car il n’a plus d’argent, mais il continue quand même jusqu’à quatre heures du matin pour on ne sait quelle raison. À la fin, Chalus prétend avoir gagné la somme considérable de 300 livres, qui équivaut à peu près au salaire annuel d’un artisan. Parmi les autres jeux de cartes que mentionnent parfois les témoins d’informations judiciaires, figurent le lansquenet, le brelan, la mouche, le trut, le romestre ou romilly et la triomphe.

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