Les leçons ossètes

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Les souverainistes québécois, à défaut de s’intéresser à l’indépendance du Québec, aiment se passionner pour les combats séparatistes qui se déroulent en Europe et plus particulièrement en Europe de l’ouest. On s’intéresse donc à la cause des Catalans, celle des Basques et des Écossais, mais ce qui se passe à l’est reste peu connu. Le cas de l’Ossétie du Sud-Alanie fait partie de ces luttes d’émancipation largement ignorées du public québécois, et pourtant, il offre des leçons dont il faudrait s’inspirer.

L’Ossétie est un petit territoire géographiquement séparé et enclavé au nord dans la Russie et au sud dans la Géorgie. Nation distincte au sein de ces immenses pays, l’Ossétie travaille au maintien de sa culture et de son unicité depuis le Moyen-Age où son peuple chrétien et parlant une langue indo-européenne vivait dans les montagnes du Caucase, encerclé par des peuples hostiles.

Dominée par l’Union soviétique, l’Ossétie espérait obtenir son indépendance lors du morcellement du bloc communiste. Mais, le pouvoir géorgien tenait à garder cette région sous contrôle et fit intervenir l’armée pour subjuguer en 89 ce territoire qui voulait voler de ses propres ailes. S’en suivit un conflit violent qui poussa de nombreux Ossètes à se réfugier au nord où une certaine indépendance est reconnue.

En 1992, l’Ossétie du Sud organisa, trois ans avant nous, un référendum sur sa souveraineté. Les Ossètes voulaient se séparer de la Géorgie. Peuplé de seulement quelques dizaines de milliers de personnes, on invoquait non pas des arguments économiques ridicules comme nos propres souverainistes aiment si bien présenter, mais le droit à l’autodétermination, le droit d’assumer soi-même son destin et de faire prospérer sa nation, sa culture, en bref, d’assumer son destin.

Comme Stéphane Dion aurait rêvé de le faire si le Oui l’avait emporté en 1995, le gouvernement géorgien refusa de reconnaître la validité de ce référendum tout comme celui de 2006 dans lequel 90% des répondants s’exprimèrent en faveur de l’indépendance. L’Organisation des Nations unies, soucieuse de maintenir la paix dans cette région dépêcha en 1992 une coalition armée sur le territoire de l’Ossétie du Sud pour y maintenir la paix. Cette force n’empêcha pas la Géorgie de tenter un coup de force au 8 août 2008. L’armée géorgienne bombarda la capitale, mais la riposte fut rapide, des troupes russes traversèrent la frontière pour repousser les Géorgiens, ce qui fut fait en une semaine, mais qui causa quelques centaines de morts. 

La Russie reconnut aussitôt l’indépendance de l’Ossétie du Sud, puis d’autres nations comme le Nicaragua, le Venezuela et la Syrie le firent également, ce qui fit d’ailleurs enrager Ottawa qui ne mâcha pas ses mots pour dénoncer cette reconnaissance.

On le comprend bien, si aujourd’hui l’Ossétie du Sud est indépendante, c’est bien grâce à l’appui de la Russie. Que doit-on en tirer? Qu’il est capital de développer des relations avec des nations fortes, mais qui ont aussi des intérêts géopolitiques à défendre à travers un projet d’indépendance. Il est romantique de nouer des liens avec des séparatistes écossais ou catalans, mais dans les faits, ce dont le mouvement québécois a besoin ce sont des alliés fiables, prêt à reconnaître un état québécois et prêt à s’engager, à se mouiller pour cette reconnaissance. On peut imaginer que la France, au nom d’une souche commune serait intéressée à appuyer les revendications indépendantistes québécoises, mais d’autres alliés pourraient être sollicités. Rappelons nous par exemple que l’Arabie saoudite avait annoncer vouloir financer les souverainistes québécois pour nuire à Trudeau. Il s’agissait d’une simple bravade, mais qui devrait pousser à la réflexion. Trudeau et Ottawa au sens plus large comptent plusieurs ennemis et adversaires qui pourraient être tentés à appuyer le mouvement souverainiste. 

Le développement des relations entre l’Ossétie et la Russie ne datent pas de 2008, ni de 1992 ou même du XXème siècle. Elles furent établies dès 1749, avec l’établissement d’une première ambassade à la cours de l’impératrice. C’est cet épisode des relations osséto-russes que décrit l’ambassadeur d’Ossétie du Sud en Russie Dmitry Medoev dans son récent ouvrage paru chez les Éditions Dédicaces. Celui-ci retrace la genèse de la relation entre le gérant russe et le petit peuple ossète qui a finalement permis à ce dernier d’obtenir l’indépendance tant attendue il y a une décennie de cela.

Ce petit livre se lit rapidement, peut-être trop d’ailleurs ce qui est le principal point faible, avec cent pages dont le tiers seulement en français. On eût espéré un ouvrage sur l’évolution des relations entre les deux nations, mais pour le moment nous devons nous contenter de la description du commencement de cette relation. C’est par contre ce point qui est le plus important pour nous Québécois, car nous-mêmes devons commencer à établir des ponts avec les nations déjà établies de ce monde si un jour nous voulons faire partie à part entière de ce monde dont nous semblons exclus, ou du moins relégués au rôle de porteurs d’eau. 

Fait intéressant à noter, l’auteur et diplomate Medoev sera présent à Québec au début juin pour dédicacer son ouvrage lors du lancement du livre La société fabienne de Guy Boulianne. Les deux livres sont d’ailleurs inclus dans le prix du billet pour ceux qui seront présents lors de cet événement (1). Notons aussi que Medoev doit lancer un second livre donnant un aperçu plus complet des relations osséto-russes, L’Ossétie du Sud et la politique de la Russie dans le Caucase du Sud: problèmes et perspectives (Analyse historique et politique) », dans les prochains jours.

Rémi Tremblay pour la Fédération des Québécois de souche
Pour la reconquête de notre peuple

(1) https://dedicaces2019.eventbrite.ca.

Dmitry Medoev, La première ambassade d’Ossétie à Saint-Pétersbourg, Éditions Dédicaces, 2019, 98 p.

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