Les médecins étrangers, une remise en question s’impose

0

Les médecins étrangers, une remise en question s’impose
Par Jérémie Plourde

Dans un article publié en avril 2013 (Vol. 1 Num. 4), il était question du danger potentiel de la reconnaissance des diplômes de médecins étrangers. Le mythe tenace du médecin immigrant devenu simple chauffeur de taxi revient périodiquement dans nos médias, souvent avec un appel au gouvernement pour la reconnaissance des diplômes obtenus dans des pays du Tiers-Monde. A l’époque, l’article parlait de morts liées à une mauvaise pratique médicale et du nombre alarmant de médecins britanniques nés à l’étranger qui avaient été radiés de leur ordre pour avoir eu des pratiques pour le moins douteuses.


Tout n’est pas noir et certains médecins étrangers se démarquent dans leur domaine, devenant de véritables sommités dans le monde de la médecine moderne. C’est le cas de Ranjit Kumar Chandra, un docteur originaire de l’Inde diplômé de l’Université de Penjab, qui devint rapidement une figure incontournable dans la médecine néonatale. Engagé à la fin des années 80 par des compagnies de lait pour nourrisson comme Similac et Nestlé, celui-ci devait vérifier si les formules étaient appropriées pour les enfants victimes d’allergie. Basé à l’Université Mémorial à Terre-Neuve, Chandra parvint à trouver des recettes miracles pour les préparations pour bébés avec de nombreux bienfaits. Pour cela, le Canada n’hésita pas à lui décerner l’Ordre du Canada. 


Seulement, dès le début des années 2000, « le père de l’immunologie nutritionnelle » perdit de sa superbe. Le British Medical Journal n’hésita pas à remettre en question ses recherches, affirmant que les enquêtes scientifiques n’étaient justement pas scientifiques. En 2002, alors que de plus en plus de ses pairs doutaient de la validité de ses recherches, il prit une retraite anticipée de l’Université Mémorial et se rendit en Inde où il dirige apparemment un institut de recherche en immunologie nutritionnelle. 


Seulement, lors de son procès en divorce, il fut découvert qu’il possédait plus de deux millions de dollars répartis dans une douzaine de pays, soit l’argent qu’il aurait dû utiliser pour effectuer les recherches qu’il n’avait jamais réalisées et pour lesquelles il avait inventé des données. Aucun cas d’empoisonnement ne semble avoir été rapporté dans le cas des formules non-testées, mais de produire des formules vitaminiques pour nourrisson sans réellement les tester relève non pas de la négligence criminelle, mais de l’acte criminel délibéré. Pourtant, la justice canadienne ne l’a jamais poursuivi pour fraude et aujourd’hui, il continue de travailler en toute impunité dans un pays dont on nous urge d’accepter les diplômes. Heureusement, plus de 10 ans après avoir connu les faits, le gouvernement fédéral lui a retiré l’Ordre du Canada en décembre, ce qui est la moindre des choses.

Partager.

Donnez votre avis