Les Saints martyrs et la repentance

0

D’après plusieurs historiens, si l’aventure de la colonisation de la Nouvelle-France parvint à obtenir certains appuis dans la métropole malgré un désintéressement quasi total, c’est à cause du projet d’évangélisation qui intéressa plusieurs mécènes. D’ailleurs, pour l’anecdote, la fondation de Montréal fut faite pour faciliter la christianisation des « Indiens ». Dès les débuts de l’implantation française en Amérique, des missionnaires Récollets et Jésuites se lancèrent au péril de leur vie dans la conversion des âmes amérindiennes. Et ils le firent avec un zèle et un dévouement qui tranchent avec l’esprit petit fonctionnaire de plusieurs ecclésiastiques actuels. 

De nos jours, il est de bon ton de se référer aux autochtones comme étant les bons sauvages imaginés par Rousseau. Avant l’arrivée des méchants Européens, ces gens vivaient en harmonie avec la terre et leurs frères, un état des choses qui prit fin avec l’arrivée des corrupteurs venus d’outre Atlantique. 

Cette vision aussi fausse qu’infantilisante domine aujourd’hui le monde intellectuel nord-américain. Au nom de ce point de vue, nous avons même occulté certains de nos héros dont les Saints Martyrs Canadiens qui ne sont plus ni enseignés ni promus, malgré le fait qu’ils sont depuis 1940 les patrons secondaires du Canada.
Ces huit martyrs, ce sont six prêtres jésuites, un frère et un laïc qui moururent, souvent dans d’atroces souffrances, aux mains de sauvages autochtones. Ils furent canonisés le 29 juin 1930 par le Pape Pie XI. Voici leur histoire :

  • Jean de Brébeuf (16 mars 1649)
  • Gabriel Lalemant (17 mars 1649)

Jean de Brébeuf est né en 1593 en Normandie. Il fut un des premiers Jésuites à venir s’établir en Nouvelle-France pour évangéliser les Indiens. Il s’installa avec les Montagnais avant de se rendre chez les Hurons, où il établit plusieurs missions. 

Le père Lalemant est quant à lui né dans la capitale française en 1610. Âgé de 20 ans, il s’engage dans la Compagnie de Jésus et est ordonné prêtre à 38 ans. Il demanda à aller dans les missions huronnes, un souhait qui ne sera exaucé qu’en 1646. Il devint alors l’assistant du père Brébeuf. 

À cette époque, les Iroquois, alliés des Anglais, étaient en guerre contre les Hurons et multipliaient les pillages et massacres. En 1648, les missions de St-Michel et St-Joseph avaient été pillées. Le 16 mars 1649, c’est au tour de St-Ignace et St-Louis d’être attaqués par une horde de 1000 Iroquois. Les pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemant sont alors faits prisonniers.

Le père Jean de Brébeuf subira dans le village iroquois des tortures inimaginables : après avoir été battu à coups de bâtons, sa chair avait été arrachée de ses bras et de ses jambes, et pour ridiculiser le baptême, de l’eau bouillante avait été versée sur son corps. On lui avait également placé un collier de têtes de haches chauffées autour du cou et ses lèvres, qui ne cessaient d’implorer Dieu, lui furent arrachées. Il fut finalement scalpé et son cœur fut arraché de sa poitrine avant d’être mangé. 


Noël Chabanel (8 décembre 1649)

Noël Chabanel naît le 2 février 1613 près de Mende. Il se joignit à la Compagnie de Jésus en 1630 et enseigne alors à Toulouse. Il arrive à Québec le 15 août 1643 pour y devenir missionnaire. C’est le seul à ne pas apprécier le contact des Hurons et sa tâche, mais homme de foi, il continuera et ne s’en plaindra jamais. Le 8 décembre 1649, alors qu’il est en déplacement entre les missions de St-Jean et Ste-Marie, il est assassiné par un Huron apostat, Louis Honerreennha, qui lancera son corps dans une rivière. Le coupable dira avoir agi par haine de la foi. 


Antoine Daniel (4 juillet 1648)

Antoine Daniel est un Normand né à Dieppe le 27 mars 1601. Il commence des études de droit auxquelles il met fin pour se joindre aux Jésuites. Il devient alors professeur de grammaire à Rouen avant de reprendre ses études à Clermont et de retourner à l’enseignement. En 1632, il arrive au Cap Breton où il reste peu de temps : il se dirige vers Québec, qu’il atteint le jour de la Saint-Jean Baptiste 1633. Il apprendra la langue des Hurons malgré la maladie qui l’afflige les premières années. Apprécié par les Indiens, il se fera surnommer le père Daniel Announen. Seulement, les Iroquois, eux, sont en guerre contre les Hurons. Leur rêve est de dominer cette partie de l’Amérique et d’exterminer les autres tribus.

Le 4 juillet 1648, les Iroquois attaquèrent donc les missions de St-Joseph et de St-Michel où la plupart des habitants furent massacrés. Terminant sa messe à St-Joseph, plusieurs Hurons veulent se faire baptiser durant l’attaque et constatent le courage du Jésuite qui refuse de quitter et de fuir. Suite à ces conversions, il sortira de la chapelle et se dirigera vers les assaillants qui furent impressionnés de ce courage. Ils le criblèrent pourtant de flèches avant de lui tirer une balle qui le traversera, et de brûler son corps dans sa chapelle. Ils prirent aussi 700 malheureux prisonniers lors de ce raid.

Charles Garnier (7 décembre 1649)

Le père Garnier, ou Ouracha pour les Hurons, est né à Paris en 1605 ou 1606. Issu d’une famille noble de Normandie, il se joindra aux Jésuites après ses études à Clermont et arrivera en Nouvelle-France le 11 juin 1636. Il fondera sa propre mission chez les Pétuns dix ans plus tard, une mission qui est florissante. 

Le 7 décembre 1649, les Iroquois prennent sa mission d’assaut. Exhortant les Hurons à fuir, il sera atteint de deux balles mais, même blessé, il continuera à offrir son soutien aux autres blessés, leur prodiguant les derniers sacrements. Un guerrier iroquois l’achèvera de deux coups de haches à quelques pas de sa chapelle, qui sera détruite. 

  • René Goupil (29 septembre 1642)
  • Isaac Jogues (18 octobre 1646)
  • Jean de La Lande (18 octobre 1646)

Originaire de Saint-Martin, René Goupil est baptisé le 15 mai 1608. Après des études ayant fait de lui un chirurgien, il fait son entrée au noviciat à Paris en 1639, mais doit abandonner ses études à cause d’une surdité précoce. Il part alors comme missionnaire en Nouvelle-France et y arrive en 1640. 

Isaac Jogues est quant à lui né à Orléans le 10 janvier 1607. Il se joint aux Jésuites en 1624 et enseigne alors à Rouen durant quelques année avant de traverser l’Atlantique en 1636 pour y devenir missionnaire. Il travailla avec le père Brébeuf et fut l’un des plus aventureux missionnaires jésuites.

Le 3 août 1642, alors que René Goupil et Isaac Jogues partent de Trois-Rivières pour se rendre sur les territoires hurons, leur convoi est attaqué par des Iroquois. Capturés, ils sont fait prisonniers et sont amenés dans le village de leurs ravisseurs. Ces derniers aperçoivent René Goupil faisant un signe de croix sur un enfant et, croyant que c’était une malédiction, le massacrent à coups de hache. 

Jogues fut quant à lui gardé en captivité plus d’un an. Considéré comme un esclave, il fut torturé à un point tel que la seule tâche qu’il pouvait réaliser était de ramasser le petit bois. On lui avait arraché plusieurs doigts. Alors qu’il devait être finalement brûlé vif, des alliés des Iroquois, des Hollandais, lui permirent de s’évader. Il partit donc avec eux à New Amsterdam (New York), avant de revenir en France où il fut considéré comme un martyr et héros.

Il insista et revint en 1644. Deux ans plus tard, il se rendit chez les Iroquois pour y négocier une paix, ce qu’il fit avec succès. Fort de cette réussite, il demanda à retourner chez les Iroquois pour les convertir. Seulement, tombés malades suite à sa dernière visite, ceux-ci le considéraient comme la source de leurs malheurs. Il fut capturé avec Jean de La Lande. Jogues fut tailladé à coups de couteaux et battu à coups de bâtons. Le 18 octobre 1646, il fut décapité par un tomahawk et sa tête fut fixée au bout d’un pieu installé devant le village. Le lendemain, Jean de La Lande connaîtra le même sort. Ce dernier, né en Normandie en 1620, avait offert ses services comme Donné aux Jésuites et n’était pas un religieux.

Le chapitre des Martyrs canadiens nous rappelle à quel point notre histoire est aujourd’hui délaissée. À l’époque de la Grande Noirceur, sous le sieur Duplessis, les petits écoliers, aussi plongés dans le noir qu’ils étaient, pouvaient aisément nommer ces huit saints. De nos jours, période de clarté s’il en est une, les jeunes ne savent même plus qu’avant leur naissance, le monde existait.

Pourquoi les élites intellectuelles ont-elles évacué les Saints Martyrs de notre récit national? Parce qu’ils sont catholiques, fervents et missionnaires, ce qui évidemment n’est plus au goût du jour, mais surtout parce que leur calvaire et les atrocités qu’ils vécurent ne cadre pas avec la lecture des Blancs toujours coupables et des minorités toujours victimes qui est promue et imposée. Il serait impossible de justifier le barbarisme de ces Iroquois qui massacrèrent ces prêtres pacifiques après les avoir torturés. Même les plus pervers des professeurs d’université ne parviendraient à effectuer un revirement de sens crédible, alors occultons simplement. Ce fut la même chose avec Dollard qui disparut de notre histoire, vilipendé pour avoir sauvé Montréal des Iroquois.

Mais la prochaine fois qu’un de nos gouvernants s’excuse aux Amérindiens pour des torts imaginés ou réels, il serait bien qu’il demande à ces pauvres victimes de faire leurs excuses pour tous les morts massacrés, torturés, violés et mangés, qui ne se limitent pas à huit! Les massacres et pillages furent tels au début de la colonie que la France pensa abandonner le pays. Le massacre de Lachine avec ses 200 victimes est une des multiples preuves de ce que les autorités surnommaient « le fléau iroquois ».

Partager.

Donnez votre avis

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.