Levons nos verres! L’histoire du cidre au Québec

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petitehistoireducidreL’histoire du cidre au Québec est assez longue et complexe, c’est pourquoi nous n’en exposerons qu’une partie. Si le sujet vous intéresse, il existe un livre essentiel : La petite histoire du cidre au Québec. Cet ouvrage simple et agréable, qui retrace l’histoire du cidre des débuts de la colonie jusqu’à aujourd’hui, est suivi d’un guide de la fabrication du cidre maison très pratique.

Les racines de la pomme

Pour faire une histoire courte, le pommier fut importé au Canada par les premiers colons, mais la production de cidre resta, et reste toujours, très minoritaire. C’est la bière qui fut, et qui est toujours, la boisson alcoolisée favorite des Canadiens-français, cette dernière étant beaucoup moins coûteuse à produire. Aux débuts de la colonie, c’est surtout le vin qui est importé et les premières brasseries voient le jour très rapidement : c’est le premier alcool produit en Nouvelle-France. D’ailleurs, c’est le surintendant Jean Talon qui inaugure la première brasserie de bière et qui pousse cette industrie.

Le complot de la pomme

Un épisode important est à souligner dans l’histoire de notre cidre :

« Pour le moment, à tous événement et malgré tous ces « oui, mais…», la discussion politique fut close le 19 mars 1929. Le cidre fut simplement écarté du commerce direct et même indirect, soi-disant faute de demande auprès du seul acheteur autorisé, la Commission des liqueurs du Québec, ou de structure administrative suffisante. Oui, les cidriers québécois peuvent fabriquer du cidre ; non, ils ne peuvent pas vendre au détail aux particuliers à la ferme ou à la cidrerie, ni même aux détenteurs de permis de revendeur ; oui, ils peuvent vendre du cidre à la CLQ, qui la distribuera dans son réseau de succursales en plein expansion ; mais non, ni la CLQ ni son successeur, la Régie des alcools du Québec (en 1961), n’en achèteront pour en revendre. La question reste ouverte depuis ce temps et encore aujourd’hui est sans réponse : pourquoi, véritablement ?

Toutes les sorcières sont invoquées par les défenseurs de l’industrie cidrière québécoise pour expliquer l’inaction et peut-être même l’opposition de la CLQ, puis de la Régie des alcool du Québec qui lui succèdera, toutes les raisons plus occultes les unes que les autres : puissance des intérêts hostiles au cidre pour protéger le commerce des vins importés ; contrôle de l’industrie des alcools par la finance ontarienne ; corruption de la caisse électorale par les importateurs de vin ; intérêt des brasseurs à torpiller l’industrie cidrière, et quoi d’autres ? Bien certainement, tout le monde ciblé nie fermement…

N’ayons pas peur d’affirmer qu’il y eut un complot contre le cidre. La production cidrière, d’une façon ou d’une autre, fut gravement malmenée et divers lobbies en sont probablement la cause.

La renaissance et la chute de la pomme

Dans les années 1970, l’industrie du cidre explose. De très gros producteurs envahissent le marché et se rendent jusque dans les épiceries, mais la qualité est victime de la quantité.

Mais le savoir-faire indéniable des cidriers est mis en échec par le commerce : le produit est mal ou trop peu mûri, la qualité diminue, la réputation en souffre, la clientèle fuit. Dans le Québec des années 1970, en rattrapage de l’économie nord-américaine, le cidre a été happé par le productivisme « à la coca-cola » : plus vite, moins cher, plus gros, moins bon. Les lendemains de veille difficiles, les crampes intestinales et les maux de tête se multiplient : le cidre, tout comme le jus de pomme, est de digestion difficile pour plusieurs et doit mûrir quelques mois pour perdre sa verdeur. Aussi, on emploie du métabisulfite de potassium (nommé sulfite) pour stériliser la matériel et stabiliser le produit. Le cidre étant peu alcoolisé, l’abus possible de ce composé chimique antiseptique dans la préparation, donc dans les verres, serait davantage la cause des maux de tête que le taux d’alcool.

On a beau faire, le cidre québécois est en berne, mécanisé, américanisé. L’histoire se répète : on ne l’a pas oublié, on le boude franchement, mais cette fois pour des raisons connues.

Bon, qu’est-ce qu’on boit ?

La bière est l’alcool favori des Québécois. Mais comme nous venons de le démontrer, le cidre est aussi un alcool important, historique et national. C’est aussi un alcool assez facile à produire chez soi. À chaque fin d’été, la cueillette de la pomme dans les vergers est une tradition, et c’est sur place que nous achetons jus, cidres et vinaigres de pomme.

La bière est l’alcool favori des Québécois, mais c’est aussi un lobby très puissant. Pensons seulement aux bières de consommation courante : la plupart de ces brasseries sont possédées par des intérêts américains et internationaux. Même Unibroue ne nous appartient plus : en 2004, la brasserie est achetée par Sleeman Breweries Ltd. et celle-ci fut ensuite achetée par Sapporo. Il existe une multitude de brasseries 100% québécoises de souche qui produisent de formidables bières, faciles et rafraîchissantes, ou fortes et complexes comme les bons vins. D’ailleurs, la vigne pousse mal au Québec. C’est une aberration que de vouloir faire du bon vin ici. Nous avons déjà le climat idéal pour la pomiculture, la culture du grain et du houblon, pourquoi alors se borner à cultiver la vigne ? La SAQ commet un grave erreur en vendant principalement du vin importé : notre société d’état achète et vend des bières étrangères de basse qualité alors que le Québec est reconnu mondialement pour sa production brassicole.

Comme souvent, on favorise ce qui vient d’ailleurs. Comme souvent, on rejette ce qui est local. On oublie nos légumes racines pour favoriser les fruits étrangers.

L’alcool n’est pas un aliment, c’est une célébration ; c’est la boisson de la victoire.

Amis québécois, levons notre verre !

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