« L’exode » de Paul Collier : prédicateur de conflits sociaux ou réflexion lucide sur l’Immigration.

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Le texte qui suit est une traduction libre d’un article de l’économiste australien Wolfgang Kasper portant sur le livre de Paul Collier « EXODUS: How Migration is Changing Our World ».

Le livre décrit les effets de l’immigration de masse sur la société d’accueil, sur les immigrants en tant que tels ainsi que sur leur société d’origine. Le livre a été publié en 2013 par l’Oxford University Press.

L’immigration de masse est un phénomène en forte croissance, particulièrement en provenance de pays pauvres et souvent à l’économie dysfonctionnelle, vers les pays riches. En 1960, quelque 20 millions de personnes provenant de pays pauvres habitaient dans des pays développés. En l’an 2000, ils étaient plus de 60 millions et la tendance s’accroît de plus en plus rapidement. L’apport de ces gens ayant des compétences limitées et provenant de cultures fondamentalement différentes cause un ressentiment généralisé dans la population de souche des pays riches. Cet apport rend également les politiciens mal à l’aise, la majorité d’entre eux préférant éviter de prendre de réels engagements contre l’immigration légale et illégale.

Dans son nouveau livre intitulé Exodus, Paul Collier, économiste à l’université d’Oxford et auteur du bestseller « The Bottom Billion » sur les pays pauvres, clarifie objectivement et sans aucune partisanerie le phénomène de l’immigration de masse. Il analyse ses effets sur la société d’accueil, sur les immigrants en tant que tels ainsi que sur leur société d’origine. Il vulgarise ses propos de façon à rendre les enjeux clairs pour les lecteurs.

Lors de la rédaction de ce livre, Collier fut inspiré par son grand-père, Karl Hellenschmidt, qui immigra au 19e siècle d’un village pauvre de Bavière en Allemagne vers la ville de Bradford dans le Yorkshire, l’une des villes les plus prospères d’Europe à l’époque. Bien qu’ayant bâti une entreprise florissante, marié une citoyenne locale et fondé une famille nombreuse en Angleterre, Hellenschmidt fut emprisonné au commencement de la Première Guerre mondiale. Son fils évita le même sort au commencement de la Deuxième Guerre mondiale en changeant son nom pour celui de Charles Collier.

Le livre de Collier s’attaque aux problèmes causés par l’immigration de masse en provenance de pays dysfonctionnels vers les pays développés.

L’argument mis de l’avant par Collier sur les effets de l’immigration de masse en provenance de pays pauvres ne devrait pas être pris à la légère par les législateurs et la population en général puisque l’immigration en provenance de pays pauvres à l’heure actuelle n’a rien à voir avec celle du passé, puisque les immigrants d’alors arrivaient en nombre limité et avait un bagage culturel compatible avec celui des pays d’accueil.

Quelles sont les probabilités pour que l’immigration de populations sous-qualifiées du Tiers-Monde reste constante?

Depuis quelques années, les projections démographiques sont devenues plus fiables que les projections météorologiques, nos politiques à long terme devraient se baser sur les tendances démographiques des diverses populations. En 1950, 29% de la population mondiale vivait dans les pays considérés développés. Par contre, en 2050, seulement 12% de la population vivra dans ces mêmes pays et cette population sera âgée à cette période.

La pression sur les systèmes d’immigration, qui est déjà élevée, augmentera significativement. Par exemple, la loterie annuelle pour 50 000 visas d’immigrants aux États-Unis attire l’application d'environ 14 millions d’individus. Un sondage Gallup révèle que 40% des résidants de pays en développement émigreraient s’ils en avaient la possibilité. Même si les chiffres semblent exagérés (Collier pense qu’ils reflètent la réalité, p.167), un nombre élevé d’Africains, de personnes provenant de l’ouest de l’Asie et d’Indiens seront à nos portes d’ici le milieu du siècle.

Les diasporas de ressortissants de pays pauvres facilitent la migration vers les pays riches. Elles ont toujours servi de facteur accélérant à l’immigration. Le transport international devient de plus en plus abordable pour des immigrants de classe moyenne provenant de ces pays pauvres. Ces facteurs accélèrent la migration de populations sous-éduquées en provenance de pays pauvres vers nos nations développées vieillissantes.

Il est donc nécessaire d’informer la conscience politique à cette problématique qui doit être adressée d’urgence. Collier rejette l’explication économique :

« L’immigration modérée amène des bénéfices sociaux, par contre l’immigration rapide et soutenue est une source de coûts substantiels pour les résidants des pays développés. » (p.63)

Collier démontre de façon juste — juste selon mon opinion — que les effets de l’immigration de masse suivent la courbe d’un U inversé. Il y a des gains lorsque l’immigration est modeste, mais des pertes grandissantes lorsque le l’apport d’immigrants est élevé, une conclusion viscéralement plausible pour les citoyens ordinaires. Collier pose donc la question suivante :

« Quel niveau d’immigration nos politiques devraient-ils encourager ? Combien d’immigrants de plus avons-nous de besoin ? » (p.58)

Il contredit la panoplie d’économistes qui plaident en faveur d’une mobilité internationale sans restriction. Cette pensée universaliste utilitaire voudrait que l’humanité profite de la productivité et des revenus engendrés par cette idéologie. Mais tout cela est inapplicable, puisque l’immigration de masse engendre également son lot de problèmes sociaux.

Les populations ne sont pas des marchandises, pas plus qu’elles ne sont des facteurs de production au même titre que les capitaux financiers ou immobiliers. Elles viennent avec des valeurs, des attitudes, des habitudes et des talents différents et cela affecte l’identité de la société d’accueil de façon profonde et permanente. Il est donc nécessaire d’étendre l’analyse au-delà de l’argument économique et de voir les impacts au niveau des politiques sociales, légales et institutionnelles. Ceci constitue la base d’une identité culturelle et crée le sentiment d’appartenance à la société (pp. 33-34 et 61-67).

Il y a un certain potentiel pour les immigrants d’enrichir la diversité d’idées et l’attitude de la société d’accueil, ce qui lui permet d’accroître sa capacité d’évolution. Cependant, il y a également des dangers que l’immigration massive et incontrôlée puisse produire une société fragmentée et conflictuelle.

Exodus a le mérite d’étendre son analyse à des points aussi critiques que la fondation des aspects communautaires et nationaux d’une société. Le capital social – la construction d’institutions, de valeurs communes et d’attitudes – ne vient pas automatiquement, c’est quelque chose qui s’acquiert par une lente progression intellectuelle et politique sur plusieurs générations. Collier, un expert des sociétés en voie de développement, démontre à quel point la confiance mutuelle et la coopération altruiste sont des valeurs de plus en plus rares et comment elles sont détruites par l’opportunisme égocentrique. Il cite des cas fascinants dans le Tiers-Monde de cruauté et d’indifférence aux droits humains qui effraieraient les bien-pensants qui n’ont aucune connaissance de ces pays.

Les immigrants qui fuient les sociétés pauvres et fragmentées, où les gens n’ont aucune confiance les uns envers les autres, vont vers les sociétés riches où la confiance est une valeur partagée. Ici, leur influence contribue à détruire le capital social de la société d’accueil.

Collier démontre son accord avec l’éminent sociologue américain Robert Putnam , qui démontre qu’un niveau élevé d’immigration contribue à faire décroître le niveau de confiance des membres d’une société. Avec l’apport de nouveaux arrivants, les habitants de souche de la société deviennent de plus en plus isolés, diminuent leur contribution envers leur société et sont moins heureux. L’apartheid multiculturel est le coût de l’immigration de masse. (pp.242-244)

Une des conséquences évidentes est qu’il y a une érosion au niveau de la loyauté envers la nation ainsi qu’au niveau de la redistribution de la richesse. Collier le regrette, pas moi. Je ne suis pas choqué par les nouvelles recherches de Toben Andersen, qui démontre que l’immigration rend le système de protection sociale moins viable dans les pays scandinaves puisque les immigrants en sont plus dépendants et sont moins éduqués.

Il faut également envisager que certains biens publics, également, ne pourront plus être financés. Lors d’une récente visite en France, je me suis demandé si ces cathédrales gothiques, maintenant entourées de bazars eurabiens remplis de jeunes hommes sans emploi, révoltés et faiblement éduqués, seront encore maintenues dans 20 ans.

Bien sûr, le taux d’assimilation des immigrants dans la société d’accueil a des répercussions importantes sur l’effet qu’a l’immigration de masse. L’apport d’Européens ayant une culture compatible en Australie, par exemple, a eu des effets positifs, créant de nouveaux Australiens. Mais Collier démontre cependant que l’apport de populations plus distantes au niveau culturel et obstinément attachées à leur culture traditionnelle et à leurs mœurs tribales dilue le capital social de la société qui les accueille. Collier démonte également la littérature sur l’immigration sur les entreprises (positif sur les profits), les salaires (impacts faibles, mais négatifs pour les gens sans diplôme), le logement social (surpopulation et manque de logements), l’éducation (classes nombreuses, réduction des standards d’éducation), l’accès aux services publics (moins d’accès), la criminalité (taux d’immigrants disproportionnés dans les prisons européennes, mais pas en Amérique) et sur le marché immobilier (hausse du prix des maisons et bulles immobilières dues à la spéculation).

Collier conclut que le consensus établi par les économistes selon lequel l’immigration est nécessairement bonne est de plus en plus difficile à supporter (pp.116-117) et met en doute l’éthique de ces individus. (p.133)

L’impact de l’immigration massive sur une société d’accueil prospère constitue la moitié du livre Exodus, les effets de cette immigration sur les immigrants et les sociétés d’origines étant traités plus brièvement.

Les immigrants et leur famille qui, généralement, paient le coût de leur migration sont enclins à récolter de multiples bénéfices économiques dans leur société d’accueil, mais vont également subir de lourdes pertes au niveau social et psychologique. Collier fait ressortir plusieurs études à l’effet que les nouveaux immigrants sont plus malheureux que les gens qu’ils ont laissés derrière eux dans leur pays d’origine. Si ce sentiment se transpose aux enfants des immigrants, le coût social et psychologique peut prendre des proportions immenses.

Habituellement, ce sont les familles de la classe moyenne dans les pays pauvres qui ont les moyens de financer l’immigration des membres de la famille. Nous pouvons donc convenir avec cet énoncé que la compassion envers les plus pauvres de la planète n’est pas un motif pour justifier les niveaux d’immigration. Les conséquences d’un exode pour les gens qui restent dans les régions affectées sont ardues à déterminer, mais elles sont considérées comme bénéfiques. (p.223)

Collier en arrive donc à la conclusion que les diasporas à l'étranger, ainsi que le retour des émigrants depuis les pays riches vers leur pays d'origine, peuvent avoir des retombées indirectes positives pour les seconds, dont la gouvernance est souvent désastreuse. Le coût de perdre les individus éduqués, jeunes et motivés, est considérable, même si les retombées économiques peuvent être mitigés cet effet. En 2012, les retombées économiques des pays riches en direction des pays d’origine des immigrants ont été évaluées à 400 G$, soit quatre fois plus que les fonds investis par ces pays riches dans les pays en voie de développement.

Les retombées économiques ne compensent que partiellement les coûts engendrés par la perte des jeunes talentueux de ces pays. Les gens qui ne sont pas en mesure d’immigrer vers la terre promise ou qui en sont déportés reviennent souvent dans leur société dans la honte et endettés.

Dans l’ensemble, il s’agit d’un excellent livre. Le livre est une belle contribution au débat sur les politiques d’immigration. Collier démontre beaucoup de courage tant en démontrant qu’il faut contrôler l’immigration de masse soutenue en provenance du Tiers-Monde qu’en défendant le droit et le devoir des nations riches de limiter l’immigration pour le bien-être de leur population.

Lorsqu’il discute d’immigration illégale en Australie, Collier dit que nous avons un devoir de porter secours aux immigrants qui naviguent jusqu’aux côtes australiennes, mais mentionne qu’il ne faut pas lier ces opérations de secours à l’octroi de visas de résidence. (pp. 249-250)

Collier plaide aussi pour l’abandon de la trinité progressive constituée de l’immigration rapide, de services sociaux généreux et des politiques de multiculturalisme. (pp. 264-265) Il souhaite des politiques qui encouragent les immigrants à sortir de leur « zone de confort de séparation culturelle ». (p.270)

Les immigrants illégaux débusqués devraient seulement avoir un droit au travail, mais aucun accès aux services sociaux. (pp.266-267) Bien que l’immigration n’a pas encore causé de dommages sérieux aux nations affluentes, Collier plaide pour avoir des politiques préventives telles que :

(1) l'établissement d'une limite sur l’admission d’immigrants;
(2) la sélection des immigrants (seulement les immigrants employables);
(3) la préséance donnée aux gens culturellement rapprochés;
(4) l'admission des demandeurs d’asile seulement en provenance de pays en conflit et sur une base temporaire.

Il évoque également que les politiques de multiculturalisme devraient être abandonnées en faveur de politiques d’intégration des immigrants. La société idéale pour Collier est multiraciale et unie par une culture commune partagée au travers d’institutions, d’aspirations et de valeurs.

Collier n’accorde pas une importance significative à l’effet que les pays développés pourraient être submergés par une avalanche d’immigrants pauvres comme cité dans le dernier rapport de l’ONU sur les statiques des populations. (voir tableau 1)

Ces bouleversements démographiques donnent raison aux questions soulevées par Exodus.

Les politiciens et le public doivent donc avoir un débat clair, rationnel et non partisan à propos des changements à venir.

Avons-nous une fierté par rapport à notre civilisation, ainsi que l’énergie et les connaissances pour faire en sorte d’adhérer les immigrants à la société occidentale?

Quels sont les ingrédients nécessaires pour construire une confiance et un ordre social permettant de défendre nos valeurs? Sur quelle base les nouveaux arrivants doivent-ils être amenés à se conformer à la moralité et aux institutions traditionnelles de leur terre d’accueil? Quelles mœurs peuvent être acceptées ou même encouragées? Il s’agit de questions difficiles que nous devons nous poser dès maintenant.


Source: Immigration Watch Canada

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3 commentaires

  1. Jessica Phaneuf le

    Ça rappel le Remède imaginaire de Benoît Dubreuil et Guillaume Marois! Votre site est vraiment un incontournable. Il choque, fait réfléchir, et apporte vraiment quelque-chose de nouveau politiquement.

    On peut ne pas vous aimer mais la perte de votre site serait très dommage pour la liberté d’expression et la diversité d’opinion.

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