Marc Termote: L’immigration n’est pas la solution démographique et économique

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Le colloque de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) sur le thème « Le Québec face à ses pénuries de main d'œuvre » a réuni le 11 avril 2010 plus de 80 personnes issues de tous les horizons. Dans une des conférences, le démographe Marc Termote a tenté de dégonfler l'idée selon laquelle l'immigration est une clé de cette prospérité future. Citons le communiqué de presse de l'IRÉC :

Le démographe de l'Université de Montréal, Marc Termote, a affirmé que toutes les études démontrent que l'impact économique de l'immigration internationale sur l'amélioration du niveau de vie et de prospérité est à peu près nul. Il a également souligné que tous les scénarios démontrent que pour contrer un éventuel déclin démographique ou atténuer le vieillissement, ce sont l'augmentation de la fécondité et le redressement du solde migratoire interprovincial qui sont des facteurs plus déterminants. "Le poids relatif de l'immigration est trop faible pour infléchir les courbes. Pour le faire il faudrait hausser les seuils d'immigration à des niveaux franchement irréalisables socialement et économiquement dit-il.

Benoît Dubreuil, chercheur postdoctoral à l'Université du Québec à Montréal, nous apporte quelques précisions :

L'impact sur la démographie

Les immigrants reçus au Québec sont, à leur arrivée, plus jeunes (27 ans) que la moyenne québécoise (40 ans) ; on pourrait alors penser qu'une immigration plus nombreuse permet de rajeunir considérablement la population du Québec. La réalité est plus nuancée. Recevoir 10 000 immigrants de plus, par exemple, ne fait diminuer l'âge moyen du Québec que de 0.02 an par année. L'impact de l'immigration sur l'âge moyen est donc très faible. Dans un récent article paru dans les Cahiers québécois de démographie, le démographe Guillaume Marois a calculé qu'il faudrait recevoir 200 000 immigrants par année, soit quatre fois plus qu'actuellement, pour éviter que la part des 65 ans et plus ne dépasse 25 % de la population totale au cours du XXIe siècle.

L'impact sur l'économie

Depuis quelques années, le gouvernement insiste sur les formidables occasions créées sur le marché du travail par le vieillissement de la population. Selon Emploi-Québec, près de 700 000 emplois seront à pourvoir au cours des prochaines années. Ces évaluations sont fréquemment utilisées pour justifier nos politiques et recruter des candidats à l'immigration. Mais l'immigration permet-elle vraiment de satisfaire les besoins du Québec en main-d'oeuvre ? On peut en douter.

D'abord, il faut noter que l'immigration ne fait pas qu'augmenter l'offre de main-d'oeuvre, elle accroît également la demande. Les immigrants ne sont pas seulement des travailleurs, mais aussi des consommateurs. Si, par exemple, l'immigration vient accroître la population du Québec de 10 % en quinze ou vingt ans, elle risque également d'accroître les besoins de main-d'oeuvre de plus ou moins 10 % dans le commerce, les soins de santé, etc.

Dans le même ordre d'idées, le prestigieux Institut Fraser affirmait récemment que l'immigration massive nuit au bien-être des Canadiens en général et que les politiques d'immigration doivent être revues :

L'immigration massive qui a eu lieu récemment a nui au niveau de vie canadien et pose problème en ce qui a trait à l'identité nationale, à la culture et au tissu social du pays. C'est la conclusion d'un nouveau livre publié par l'Institut Fraser, le chef de file des organismes de recherche économique au Canada.

Fondé sur une série d'essais présentés lors d'une conférence sur l'immigration à Montréal en 2008, le livre The Effects of Mass Immigration on Canadian Living Standards and Society recommande l'adoption de changements substantiels à la politique canadienne en matière d'immigration, notamment quant au processus de sélection afin de limiter le nombre d'immigrants.

"Depuis 1990, le taux annuel d'immigration du Canada est le plus élevé au monde, menant à une hausse de la population de 3.9 millions de personnes entre 1990 et 2006. Cette immigration massive a eu des conséquences profondes sur les conditions économiques, démographiques, sociales et politiques du Canada, nuisant au bien-être des Canadiens en général, y compris les immigrants des vagues précédentes », a affirmé Herbert Grubel, senior fellow de l'Institut Fraser et co-auteur du livre.

" Malheureusement, la plupart des Canadiens sont insuffisamment informés quant à ces conséquences en partie à cause d'un code de rectitude politique qui tend à associer au racisme tout examen des politiques d'immigration et également parce que le système électoral canadien récompense les politiciens qui appuient le taux élevé d'immigration actuel." [dit-il.]

Le livre offre au public canadien des renseignements bien documentés et solides sur le plan analytique à propos des conséquences […] négatives substantielles que l'immigration massive a eues sur le pays.

L'ouvrage est divisé en cinq sections qui offrent une analyse en profondeur des aspects suivants :

* Les conséquences économiques et sociales des politiques d'immigration sur les habitants du Canada, des États-Unis et de la France.

* Les conséquences économiques de l'immigration massive au Canada.

* Une analyse des conséquences démographiques de l'immigration et de l'aide que l'immigration est censée apporter afin de contrer les projections de financement insuffisant des programmes sociaux canadiens.

* Les défis sociaux auxquels mène l'immigration massive, tels que des menaces à l'identité nationale, à la culture, à l'unité et à la sécurité.

* Une analyse des obstacles politiques et autres qui empêchent des changements aux politiques d'immigration actuelles au Canada et au Royaume-Uni.

Dans un chapitre traitant de l'immigration récente et du niveau de vie canadien, M. Grubel souligne que les données officielles montrent que les immigrants récents gagnent un revenu substantiellement moins élevé que les personnes nées au Canada. Le système en place leur fournit des subventions à travers les taxes payées par ceux qui gagnent un revenu plus élevé.

M. Grubel estime que les immigrants qui sont arrivés dans les douze années précédant 2002 ont imposé aux Canadiens un fardeau fiscal de 18.5 milliards $ en 2002 seulement.

Sur le plan démographique, les collaborateurs Marcel Merette, Robin Bannerjee et William Robson évaluent dans quelle mesure il est faisable de financer les programmes sociaux du gouvernement en haussant l'immigration. Ils montrent qu'il faut actuellement cinq contribuables pour assumer le coût des prestations de retraite d'un récipiendaire et calculent que pour maintenir cette proportion, le nombre d'immigrants devrait augmenter à un point tel par rapport au niveau actuel que l'économie et la société canadienne ne pourraient pas les intégrer avec succès.

"Selon une estimation, il faudrait que la population du Canada soit de 165.4 millions de personnes d'ici 2050 pour atteindre cet objectif, le nombre d'immigrants admis devant être de 7 millions cette année seulement. Les raisons de base expliquant ce résultat sont que les immigrants vieillissent au même rythme que tout le monde et, comme les autres Canadiens, sont admissibles à recevoir des prestations lors de leur retraite", selon M. Grubel.

Le collaborateur Stephen Gallagher discute des implications du fait qu'un nombre croissant d'immigrants récents ont conservé leur loyauté et leur attachement envers leur pays d'origine, plusieurs au point où ils vivent dans leur pays d'origine tout en étant citoyens du Canada. Ils jouissent ainsi des privilèges découlant de ce statut, y compris la détention d'un passeport canadien et la protection à l'étranger.

L'étendue de ce phénomène est devenue claire pendant la période d'hostilités entre Israël et le Hezbollah en 2006, lorsque des milliers de titulaires de passeports canadiens vivant au Liban ont demandé que le gouvernement les évacue sur la base de leurs droits en tant que citoyens canadiens.

Gallagher suggère que les immigrants ayant un passeport canadien et vivant à l'étranger ont transformé le Canada en "banlieue du monde", une résidence secondaire où une personne retourne seulement lorsque les conditions à l'étranger le justifient.

Salim Mansur se concentre sur la manière dont l'immigration massive et les politiques de multiculturalisme affaiblissent la culture et l'identité canadienne. Son chapitre aborde ce qu'il voit comme une haine de soi-même largement répandue dans les sociétés occidentales. Il anticipe des conflits incessants entre la société canadienne et un grand nombre d'immigrants de différentes cultures.

"Les efforts des citoyens d'Hérouxville pour protéger leur culture témoignent d'un conflit grandissant et des efforts visant à résister à l'affaiblissement de la culture québécoise et canadienne", a déclaré M. Grubel.

Le livre conclut que le Canada a besoin d'un meilleur processus de sélection des immigrants, puisque les coûts et les problèmes de l'immigration sont une conséquence directe du système de sélection actuel. […]

"L'immigration est sans aucun doute l'un des enjeux politiques les plus importants auxquels le Canada doit faire face. Afin de mettre en œuvre les changements nécessaires aux politiques d'immigration et de garantir le bien-être de tous les Canadiens, les politiciens doivent entreprendre une discussion raisonnée sans craindre d'offenser certaines clientèles électorales", a affirmé M. Grubel.

Claude Picher nous apprend dans La Presse qu'un des auteurs de l'ouvrage mentionné ci-haut, Patrick Grady, étaye plus loin l'idée d'une réduction importante du flux migratoire :

Y a-t-il trop d'immigrants ?

Le marché du travail n'est plus capable d'offrir des emplois de qualité à tous les immigrants qui arrivent au Canada. Il faut donc se demander si le temps est venu de revoir les plafonds d'immigration à la baisse.

La question n'est pas posée par un quelconque groupe de pression xénophobe, mais par Patrick Grady, un économiste de grande réputation. M. Grady, ancien haut-fonctionnaire au Ministère des Finances, a notamment été consultant à la Commission Macdonald et président du Groupe de travail sur l'emploi saisonnier et l'assurance-emploi.

Dans un article publié dans la dernière livraison de Fraser Forum, la revue mensuelle de l'Institut Fraser, M. Grady rappelle qu'en 2006, plus de 250 000 immigrants se sont installés au Canada. Il propose d'introduire une nouvelle cible beaucoup plus basse, à 100 000 par année.

D'emblée, il reconnaît que sa proposition risque de faire des vagues. "Avec le système de sélection actuel, il est impossible d'intégrer harmonieusement 250 000 nouveaux arrivants par année sur le marché du travail, écrit-il, mais bien peu de gens sont prêts à l'admettre, et encore moins à faire quelque chose pour corriger la situation."

[…]

Non seulement les revenus des immigrants reculent, mais ils ont plus de difficulté à trouver un emploi. En 2006, le taux de chômage était de 5.2 % chez les hommes nés au Canada et de 9.3 % chez les immigrants récents. Les chiffres équivalents pour les femmes sont 5 % et 14.3 %.

[…]

Dans ces conditions, la situation des immigrants continuera à se détériorer. Pour M. Grady, la seule façon de corriger le problème est de rehausser les critères de sélection. Selon ce raisonnement, plus on est rigoureux dans le choix des immigrants, plus on restreint forcément le nombre de nouveaux arrivants ; en revanche, ceux qui sont admis auront de plus fortes chances de se tailler une belle place sur le marché du travail.

Mais ce n'est pas demain la veille que cela arrivera. Réaliste, l'auteur conclut : " Ce ne sera pas facile d'introduire cette réforme. Tous les partis politiques sont soumis à d'énormes pressions pour maintenir l'immigration à des niveaux élevés, sans égard pour les conséquences économiques."

Rappelons que selon le dernier rapport du Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, le gouvernement n'a pas d'indicateur pour mesurer notre capacité d'accueillir et d'intégrer les nouveaux arrivants, qu'un immigrant sur deux est accepté sans justification par les fonctionnaires, et que 40 % des demandes sont accordées sans entrevue. Pire encore, seulement 9 % des candidats sélectionnés ont un profil qui correspond aux domaines privilégiés par le Québec ! Même le gauchiste Jean-François Lisée est d'accord que c'est un fiasco.

À ce sujet, le Parti Indépendantiste veut réduire l'immigration " au moins de moitié " et l'ADQ veut revenir au seuil d'immigration pré-2008 :

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, estime pour sa part que le Québec n'a pas les moyens accueillir autant d'immigrants et qu'on devrait rétablir le seuil de 45 000 nouveaux arrivants par an. " Ces gens-là deviennent des victimes de notre système, croit-il. Le Québec ne gagne pas et les immigrants, surtout, ne gagnent pas."

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