L’incohérence multiculturelle dans les Forces armées canadiennes

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Les politiques de Défense nationale répondent maintenant à la question des accommodements religieux en permettant des modifications à certains signes de conformité des Forces canadiennes, soit l’uniforme et les règles relatives à la moustache et la barbe et à la longueur des cheveux pour les hommes (ASPFC, 2005). Les membres autochtones ont le droit d’avoir des cheveux plus longs que le règlement habituel ne le permet, généralement coiffés en une ou deux tresses. Les sikhs peuvent porter un turban ou un autre couvre-chef à condition que ceux-ci soient conformes aux règlements de sécurité sur le port du casque. Les chrétiens orthodoxes (ou les juifs, musulmans ou sikhs) peuvent porter la barbe tant qu’elle est conforme aux règlements de sécurité sur l’équipement opérationnel et le matériel de travail tel que les masques à gaz. Les femmes musulmanes peuvent porter un uniforme large spécialement conçu, qui respecte les exigences islamiques de modestie. En outre, le personnel militaire peut maintenant obtenir des repas conformes à certaines restrictions alimentaires religieuses et prendre du temps pour la prière. Lentement mais sûrement, on leur offre des lieux de culte (ASPFC, 2005, p. A3).

On a créé plusieurs lieux de culte interconfessionnels sur les bases canadiennes, soit en modifiant des chapelles chrétiennes, soit en créant des espaces distincts. En 2006, la chapelle chrétienne de la base canadienne d’Halifax a été élargie pour accueillir un lieu de culte multiconfessionnel appelé « le lieu de rassemblement », orné d’images religieuses et doté d’un lieu de prière et de ressources pour les pratiquants d’un éventail de religions. Des dirigeants spirituels chrétiens, bouddhistes, hindous, musulmans, sikhs, unitariens, autochtones et bahá’is ont participé au service de bénédiction (Gilmour, 2006). Au Collège militaire royal de Kingston, les aumôniers ont répondu à la représentation croissante de membres musulmans en installant un rideau dans la chapelle chrétienne, créant ainsi une salle de prière pour eux. De plus, l’aumônier de la base a fait installer des bains de pieds dans les salles de bains, pour faciliter les ablutions (Benham Rennick, 2006). En 2007, la base des Forces canadiennes de Shilo, au Manitoba, a érigé un « centre interconfessionnel » à côté de sa chapelle chrétienne, afin de répondre aux besoins spirituels des membres qui ne sont pas chrétiens (Powers, 2007). Un « Cercle de l’unité » autochtone figure au sein du centre interconfessionnel et offre des « cérémonies d’étuves et des ateliers à l’intention des membres des FC et de leur famille » (Thiessen, 2006).

Si les Forces canadiennes sont tenues en vertu de la loi de réaliser les accommodements religieux du personnel et si les commandants sont obligés de faire respecter ces lois, le personnel issu de minorités religieuses continue de vivre certaines difficultés dans l’environnement conformiste de l’armée, parce qu’il est considéré comme ayant des « besoins particuliers » et qu’il est souvent visiblement différent de la majorité blanche. Par exemple, malgré les politiques actuelles, les sikhs végétariens font remarquer que les repas végétariens ne sont pas toujours disponibles. Les adeptes païens qui souhaitent célébrer le solstice lorsqu’ils sont en déploiement ne peuvent le faire nus, officiellement pour des raisons de sécurité (La Presse canadienne, 2007). Dans certains cas, les personnes qui demandent des accommodements religieux font l’objet d’une étude pour déterminer si leurs besoins sont réels, comme ce fût le cas pour un musulman converti qui demandait du temps pour prier et qui a été interrogé par son superviseur pour déterminer s’il en avait « vraiment » besoin (Benham Rennick, 2006).

Les traditions de longue date qui façonnent la culture militaire présentent de réels défis pour le personnel minoritaire. Par exemple, traditionnellement et culturellement, les sikhs ont depuis toujours joué un rôle important dans l’armée, ce qui les rend plus susceptibles de choisir une carrière dans les Forces canadiennes. Cependant, beaucoup de sikhs ne boivent pas d’alcool, ce qui est une composante fondamentale de la fraternité et de la camaraderie dans tous les régiments canadiens. Dans un environnement civil, la décision d’un sikh de ne pas boire d’alcool aurait sans doute peu d’effets sur le sentiment de fraternité avec ses pairs, mais dans les forces armées (comme dans les armées de la plupart des pays occidentaux), l’alcool est une composante importante de la tradition militaire. De la même façon, une Autochtone qui écrivait sur les différences entre la culture militaire et la culture autochtone remarquait que les différences culturelles créent des obstacles frustrants au cheminement professionnel et peuvent être source de malentendus entre les membres d’une unité. Elle explique par exemple que « chez les Inuits, la femme ne doit pas regarder un homme plus âgé dans les yeux, c’est irrespectueux. Dans le milieu militaire, si tu ne regardes pas ton superviseur dans les yeux, on croit que tu as quelque chose à cacher. » (Bergeron, 2006). Dans ces exemples, des restrictions religieuses ajoutées à des différences visibles de couleur de peau ou d’habitudes vestimentaires isolent rapidement les minorités, considérées comme des étrangers dans un environnement où la conformité et l’inclusion sont essentielles à la réussite. En outre, ces caractéristiques favorisent l’exclusion, la discrimination et le harcèlement.

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