L’interculturalisme: un point de vue québécois, par Gérard Bouchard

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Bouchard-interculturalismeGérard Bouchard se fit connaître du grand public premièrement par sa suggestion de brûler les souches au feu de la Saint-Jean, ensuite en co-présidant la commission Bouchard-Taylor.

Son interculturalisme se veut une solution pour le Québec, mais nous croyons qu’il s’agit d’une autre lubie d’intellectuels qui se méprennent complètement sur la nature du monde et de l’être humain.

Après la lecture de son ouvrage «Interculturalisme», nous proposons ici de présenter le contenu de cette idéologie sociale et politique, puis notre critique.

Nous savons que la politique au Québec se déroule entre deux pôles principaux, soit le nationalisme (lui-même de différents courants) et une pensée libérale (elle-même très diversifiée) qui nie la légitimité de l’expression politique d’une collectivité nationale. Le système Bouchard utilise un lourd appareil de concepts pour accommoder tout et son contraire, chacun et son opposant, si incompatibles ces choses soient-elles les unes pour les autres. Il s’agit d’accommoder, pour un temps du moins, la continuité du sentiment identitaire des Québécois de souche, défini comme majorité et « société d’accueil », tout en garantissant les « droits des immigrants » et l’affirmation de la diversité qui ne saurait être remise en question. L’assimilation est rejetée, car « donnant trop à la société d’accueil », le multiculturalisme, quant à lui, ne lui en donnant pas assez. L’interculturalisme se veut un équilibre entre les deux positions.

Son caractère a de quoi effrayer ceux qui s’inquiètent de la surdimension de l’État. Ce dernier va prendre en charge, plutôt que les « moyens de production » comme dans le communisme, cette fois-ci toute la gestion de la diversité jusqu’au changement de mentalité, celle des natifs en particulier. Il doit reconnaître officiellement que l’interculturalisme est l’approche québécoise et croit en la nécessité d’un Office d’harmonisation ou de médiation interculturelle pour colliger les données pertinentes et non laisser libre cours aux craintes de la population. Les instincts et les intuitions populaires n’ont que peu de crédit chez Gérard Bouchard.

L’interculturalisme gère tous les aspects de la diversité. Il harmonise les différentes cultures, voit à l’arbitrage des droits individuels et culturels, lutte contre les inégalités et le racisme. Il en résulte une gestion, une médiation constante: « La médiation culturelle est bien établie dans de nombreux pays d’Occident. Au Québec même, elle a déjà une longue histoire, et le nombre de ses praticiens est en croissance, bien que les besoins dépassent les ressources présentement disponibles. » [p.62]

Alors que l’idéologie Trudeau ne connaît qu’une humanité internationaliste et cosmopolite, l’universitaire chicoutimien s’intéresse pour sa part beaucoup à l’identité.

À la froideur minimaliste d’une idéologie strictement libérale, fondée uniquement sur les droits individuels politiques abstraits, l’interculturalisme suggère plutôt un mode de survie temporaire des identités, pour les métaboliser ensuite dans l’alchimie interculturelle en vue de la création d’une nouvelle identité publique. La « culture historique » canadienne-française aurait le mérite d’être un ciment symbolique nécessaire à la société. Ainsi, la majorité aurait aussi le droit de s’affirmer comme les minorités. «(…) Elle assure une contribution substantielle aux fondements symboliques de la société québécoise. » [p.176] La persistance de l’identité des immigrants, quant à elle, est présentée comme une condition favorable à leur intégration. Les rapports « entrelacés » de la culture majoritaire, des cultures des immigrants et de la culture publique constitue l’interculturalisme.

Bouchard affirme: « (…) On voit par là comment le capital culturel porté par cette majorité, loin d’être sacrifié (comme certains le prétendent), peut s’investir ou se réinvestir massivement et continue à se développer dans la culture commune, dans le contact permanent avec la diversité. Cet énoncé s’appuie également sur l’idée qu’un capital symbolique qui s’isole et se soustrait au changement est condamné à s’appauvrir. » [p.69]

La langue française obtient une grande importance, puisque qu’elle sera « langue publique ». Chaque citoyen « l’investit à sa guise », l’enrichit de multiples apports. Il faut donc franciser les immigrants, cela est permis. N’oublions pas que nous-mêmes, Québécois de souche, étions devenus des « francophones d’Amérique » dans un autre ouvrage du même auteur, « Le Québec au présent et au passé ».

« L’interculturalisme se construit donc sur un pari : on s’attend à ce qu’à la longue, une dynamique d’échange donne forme à une culture québécoise originale marquée du sceau de la francophonie. » [p.71]

Tout ceci permet de surmonter le dilemme entre restreindre l’identité québécoise à celle des Canadiens français et assimiler les immigrants, et en venir à une définition strictement civique de cette identité qui mène le Québec à son extinction. Des politiques natalistes, point question.

Un intello aussi estimé par nos lettrés que Fernand Dumont considérait que les immigrants devaient se fondre à la culture majoritaire, mais cela n’est pas assez ethnomasochiste pour nos progressistes sauce bourchardienne. Cela créerait deux catégories de citoyens. Or tout le monde doit voir ses besoins psychologiques identitaires satisfaits de façon égalitaire en terre du Québec.

D’une part, l’approche libérale se voit tempérée par une préoccupation identitaire et d’autre part, l’interculturalisme veut tout de même respecter l’universalisme moral en matière de citoyenneté. La démocratie est une norme impossible à remettre en question car l’Occident, évoqué souvent par l’auteur, en a décidé ainsi.

Pour cette raison, un régime de laïcité doit être mis en place au Québec.

L’interculturalisme veut respecter l’expression des croyances religieuses comme droit fondamental en démocratie tout en maintenant la neutralité de l’État. Les symboles religieux seraient généralement permis publiquement, sauf dans les fonctions où cette neutralité se verrait compromise.

Les valeurs coutumières ou patrimoniales peuvent être régies selon un régime moins sévère. Mais il faut que ledit symbole ne veuille plus rien dire sur le plan sacré. « Enfin, les rappels de la religion au nom du patrimoine sont légitimes quand ils expriment un symbole ou un rituel incorporé à une trame identitaire ; mais ils ne devraient pas servir à renflouer une tradition religieuse en déclin. » [p.221]

Le niqab doit être toléré dans la rue. Bouchard note ceci à propos de ce symbole présenté comme celui de la soumission: « Mais pour d’autres femmes musulmanes, il est tout autre chose: un symbole librement adopté de leur foi, une marque identitaire, une pratique coutumière enracinée dans des traditions régionales ou nationales, un signe de rejet de l’hédonisme marchand occidental, etc. » [p.215]

Ici, deux principes s’opposent : celui d’égalité entre les sexes et celui de la liberté religieuse. L’interculturalisme de l’auteur refuse d’affirmer la suprématie du second, ni une hiérarchie dans les droits. Il faudra voir au cas par cas.

Un autre volet du projet consiste à reprogrammer les esprits pour les rendre conformes à l’Interculturalisme. Il faut ainsi favoriser l’enseignement obligatoire des religions dans un sens sociologique et historique, pour enseigner la diversité et montrer que les religions diverses sont des manifestations comme d’autres dans le paysage ethnoculturel et non pas sources d’inquiétudes.

Par ailleurs, il faut favoriser les échanges pour réduire les « fausses impressions, les stéréotypes qui nourrissent la discrimination. Ainsi naîtra une identité qui transcende les particularismes. »

L’histoire nationale doit participer à ce mouvement. « À propos de l’histoire nationale, il est parfaitement légitime et même nécessaire qu’elle se nourrisse largement de la mémoire de la culture fondatrice, mais d’une manière qui la rende significative et accessible à l’ensemble des citoyens, en faisant valoir ce qu’elle contient d’universel et en y intégrant les trajectoires des minorités. » [p.71]

Il faudra aussi lutter contre la discrimination, les exclusions, la xénophobie, les situations de domination. Gérard Bouchard reflète intégralement la rectitude politique.

Comme toutes les utopies, si l’on y croit et si l’on s’en tient à sa cohérence interne, l’interculturalisme peut sembler une solution. Son grand problème, c’est qu’il n’est qu’une verbologie tirée d’une matrice intellectuelle, celle du lettré occidental justement, qui se méprend sur la nature du monde et de l’être humain depuis le début. Nous entendons y substituer les lois naturelles connues par l’observation.

Avec Bouchard, la nation devient simplement un jeu de l’esprit, un agencement de symboles. La filiation est complètement ignorée comme dimension qui structure le comportement humain. C’est la négation complète de la dimension concurrentielle qui s’établit irrésistiblement entre des groupes d’individus parents, en lutte pour la possession des territoires et donc des ressources.

6a01156fb0b420970c012877186bb6970c-800wi (1)Pourtant, quand vient le temps de contrer les arguments adverses de la partie hyper-libérale qui va jusqu’à nier l’existence même d’une identité majoritaire québécoise, Gérard Bouchard concède que 70 à 80% des Québécois francophones ont au moins un ancêtre dans les quelques 10 000 colons venus de France avant 1760. Il utilise donc la donnée génétique pour défendre le concept de majorité accepté par son interculturalisme, mais s’élèvera si ce concept est pris pour fondement de l’identité. Or nous croyons malgré tout qu’elle est le fondement des peuples et c’est dans le contexte d’une lutte entre eux que chacun exprime ses habilités par le biais de réalisations, voire même de sa civilisation.

Mais dans l’univers du grand réformateur de notre identité, les réalisations des collectivités, leurs habiletés propres sont à être mises en partage (celle du monde blanc bien sûr). La majorité ne peut plus rien avoir pour elle. Son territoire est une terre d’accueil, sa civilisation une possession universelle. Des minorités n’ayant jamais contribué pour rien à l’élaboration de celle-ci seront présentées comme victimes de discrimination ayant été exclues, et si maintenant elles démontrent peu de succès socialement, même si dans leur contrée d’origine, elles ne démontrèrent là non plus que peu de réalisations, elles bénéficieront d’un détournement de ressources enlevées à la majorité fondatrice, puisque l’interculturalisme lutte contre les inégalités.

Nous croyons au contraire que les diverses cultures sont le résultat d’une adaptation à l’environnement, allant de pair avec les caractères d’une race. En s’opposant à toute hiérarchie des systèmes de valeur, sur un territoire donné, seront mises sur le même pied toutes les cultures et traditions concurrentes de la culture et donc du peuple vernaculaire. Par exemple, pour supporter de fortes densités, les Chinois ont une culture très axée sur la conformité. La mise sur un même pied avec d’autres cultures sur son territoire voudrait dire la disparition pure et simple de cette nation, puisqu’elle serait privée de son adaptation à son environnement propre.

Cette réduction de toute chose à un jeu de l’esprit s’exprime bien dans l’attitude de l’auteur face au religieux. Sa fonction naturelle de rassembler des gens apparentés (la religion consacre les mariages, donc favorise la préservation des caractères raciaux de la nation) se voit complètement occultée. Elle devient une valeur culturelle, reléguée à la sphère privée, alors qu’elle supporte manifestement l’intensité psychologique des hommes en vue de la conquête.

Le port du niqab, qui nous deviendra de plus en plus familier si la perversion immigrationiste continue, a une valeur de conquête territoriale. Tout le monde le sait, mais pas notre éminence universitaire.

Ainsi, pour lui, il faut maintenir la séparation de l’Église et de l’État, et favoriser la neutralité de ce dernier en cette matière. Comme les autres intellectuels d’Occident, il conçoit l’être humain comme un pur pensant autonome et la religion n’a qu’un contenu purement intellectuel, concernant que l’individu. Elle ne saurait avoir de sens dans le contexte national. Le catholicisme québécois pourtant (dans son intensité particulière) prenait tout son sens dans le soutien d’une lutte nationale, comme dans bien d’autres endroits tels l’Irlande.

Cette réalité est ravalée d’une manière assez stupéfiante lorsque nous lisons comment l’affranchissement des Québécois face au colonialisme peut rendre le Québécois universel. Et à propos de la diversité : « Pour la majorité culturelle en décroissance démographique, elle offre un horizon positif, une possibilité de redéfinition et d’expansion dans une perspective élargie, dans le sens de sa continuité. » [p.177]

Le nationalisme est une cause en faveur d’un objet, le groupe, l’identité, la nation. Changeons l’objet, l’identité même, et la cause deviendra donc plus grande, voire même universelle. Le concept a préséance sur la réalité.

Car pour nos lettrés, et ainsi Gérard Bouchard, il n’y en a que pour l’universel. Sur son autel doit être sacrifié notre spécificité.

La vie même peut être sacrifiée au nom de cet absolu (religieux ?) de nos intellectuels. Dans bien des traditions, tout comme chez bien des espèces, l’homme et la femme ont des rôles et des statuts sociaux différents. Il est évident que la vie, la procréation, était bien mieux servie par ces arrangements que par l’atomisation droit de l’hommiste d’aujourd’hui où les hommes et les femmes se doivent d’être mis sur le même plan et leur similarité être promue.

La religion de l’universalisme balaiera toutes les stratégies propres à chaque peuple avec son effet niveleur. Le groupe humain qui saura déjouer ce délire prévaudra et survivra.

Car n’est-ce pas là la vraie et seule valeur universelle : la survie. Le groupe d’immigrants qui persistera dans son caractère et sa solidarité, même s’il est minoritaire, va lui gagner la mise.

Immigrants, oui, car les partisans de l’interculturalisme, l’auteur du présent ouvrage en tête, ont un parti pris beaucoup trop monté contre le Québécois de souche et une attitude de tolérance bien affichée de bon aloi, beaucoup trop aigüe envers les minorités, pour que nous puissions espérer que ce soit nous qui survivions aux expériences toujours plus hasardeuses de nos élites.

L’interculturalisme nous est présenté comme servant tous les citoyens, les accommodements pouvant être évoqués par tous. Mais c’est notre société, c’est-à-dire notre adaptation au contexte historique qui se voit changée avec les conséquences les plus incertaines pour notre avenir. La société d’ici était selon nos traditions et fut mise sens dessus dessous par les « progressistes ». Maintenant nous viennent des immigrants encore attachés aux leurs, puisque leurs pays d’origine sont encore respectueux de ces réalités. Et c’est précisément envers ces traditions qu’il faut être accommodants.

À la fin, l’immigrant jouit de sa religion, de sa langue, de son identité, mais le Québécois de souche accommode et c’est chez lui que se produit tout ça. Le Québécois n’est pas accommodé dans le pays d’origine de l’immigrant, qui constitue un foyer national identitaire. Le Québécois sait qu’il est humilié et dépossédé, l’immigrant sait qu’il a gagné sur le territoire de l’Autre (c’est-à-dire nous). Voilà pour l’égalité.

Par exemple, comme dit précédemment, Bouchard est favorable de permettre le port du voile en public. « Encore une fois, si l’on n’y prend garde, l’offensive actuelle contre le hidjab et tous les maux qu’on lui prête risque de produire les effets qui sont redoutés, à savoir un repli et une radicalisation de certains milieux. » [p.218] Ces « milieux » sont ceux qui lui déplaisent tant, à sa caste et lui, les non-progressistes québécois, les paroissiaux non-éduqués au troisième cycle universitaire. Des gens justement en durcissement identitaire se voient permis de s’exprimer et il faut que les natifs baissent pavillon (encore) pour justement éviter que cela ne soit un durcissement et un repli.

De plus, alors que les immigrants pratiquent une intense solidarité communautaire (réseaux ethniquex, représentations, lobbies), toute tentative de notre part de nous associer de préférence entre nous, de pratiquer aussi une solidarité communautaire, sera déclarée discriminatoire dans l’esprit de l’interculturalisme.

Notre société a été minutieusement épurée de tout symbole nous représentant en propre, mais des communautés minoritaires peuvent quant à elles continuer de les porter, sous la protection même de notre société progressiste. On dira qu’il y a égalité, puisque les traditionnalistes québécois peuvent eux aussi profiter de tout cela. Mais ce progressisme se passe ici, les communautés minoritaires ont un foyer national ailleurs. Elles peuvent s’identifier à des symboles qui ne sont pas continuellement contestés, mais au contraire protégés sur des territoires où ces identités existent. L’ensemble de notre population se dénature et le résultat est quand même que nous avons perdu toute vie nationale propre.

Et même si l’immigrant perdait sa vie communautaire, malgré les encouragements de Gérard Bouchard, ce n’est pas non plus une consolation.

Il y a comme un jeu pervers où c’est toujours le natif qui perd, puisque de toute façon, on pourra toujours porter l’accusation suprême de racisme. « Au sujet du respect de l’égalité, c’est précisément le but des accommodements (ou ajustements) que de corriger les formes de discrimination qui découlent d’une conception trop formelle de l’égalité, laquelle tend à traiter l’ensemble des citoyens comme s’ils étaient tous semblables. » [p.126]

L’antiracisme nous répète pourtant depuis toujours que nous sommes tous semblables pour nous forcer à ouvrir les frontières et ne plus tenir mordicus à notre identité. Maintenant qu’il faut adapter notre société à des étrangers, exit la similitude, ils ont le droit à leur spécificité.

L’antiracisme est d’ailleurs doctrinal chez l’auteur de L’Interculturalisme. « Le racisme, par exemple, se retranche derrière des stéréotypes ou de fausses représentations qui lui servent à la fois de fondements et d’alibis – exemples: l’islamophobie, l’antisémitisme, l’intolérance religieuse. Il est donc nécessaire de les cibler pour en montrer l’inanité. » [p.87]

Notez bien que d’intolérants, il n’y a donc que les non-musulmans et les non-juifs. Il ne reste que les Blancs chrétiens, ces grands intolérants de toujours. Par ailleurs, n’y a-t-il pas des études sur les différences raciales et les caractères héréditaires des populations? Mais Gérard Bouchard refuse de confronter les arguments avancés, il les juge ineptes d’emblée.

Nous avons vu que les soi-disant valeurs universelles sont absolues pour le ponte de l’interculturalisme et, pourtant, il trouve le moyen de les relativiser en route pour être accommodant – envers les minorités, rassurez-vous. Ainsi, il écrit à propos de la préséance de l’égalité homme-femme sur la liberté religieuse. « C’est (…) ce qui nous a autorisés, dans le rapport de la commission que j’ai coprésidée avec Charles Taylor, à écrire que toute demande d’accommodement de nature à porter atteinte à l’égalité homme-femme devrait normalement être rejetée. » [p.117]

Notez ce mot: normalement!

Et il ajoute: « (…) mais l’idée d’une hiérarchisation formelle consacrant la préséance de l’égalité homme-femme sur la liberté de religion ne semble pas avoir d’avenir à cause des difficultés qu’elle soulève, même si elle est affirmée par plusieurs. » [p.119]

Les clientes du studio Curves n’ont qu’à se rhabiller.

L’Interculturalisme accepte et présente sans questionnement tout un narratif voulant que la vie nationale française et catholique, si elle persistait, serait un abus et une dérive qu’il faut corriger.

L’ethnocentrisme n’est pourtant pas exclusif à l’homme blanc, tout le monde en est doté, car sans lui il n’y pas d’ethnie possible pour commencer.

mondialisationBouchard parle aussi de la mondialisation comme d’une réalité incontournable, toujours sans questionnement ni sens critique. Eh bien puisqu’il faut mondialiser, mondialisons! Pourquoi est-ce ici et ici seulement que se passe l’interculturalisme? Pourquoi être si local dans ses ambitions? Pourquoi les juifs pourraient-ils avoir un État juif, fait par et pour les juifs, mais pas nous? Pourquoi existerait-il de vastes États islamiques ici et là, mais ne pourrait-il pas y avoir un État catholique ou canadien-français ici par exemple? Seules les nations érigées par les Européens blancs font les frais de cette mondialisation, de l’immigration et de l’interculturalisme, appliqués à l’échelle nationale et non mondiale. Que l’interculturalisme soit lui-même global, ou qu’il ne soit pas.

Autre contradiction. Bouchard rejette du revers de la main les craintes de la population en rapport à l’islam. Mais si ce sont les membres de l’élite gauchiste et « tolérante » qui le font, ces craintes deviennent valables. « Il faut souligner que l’interculturalisme était déjà implanté dans plusieurs des pays membres, mais principalement comme pensée et comme pratique de l’interculturalité dans le domaine de l’éducation et à l’échelle microsociale. Or, à cause surtout du fait musulman, on observe depuis quelques années le sentiment grandissant que cette démarche accuse des limites, qu’elle se heurte à une altérité structurée en termes d’identité, d’appartenance, de tradition et de valeurs. S’ajoute à cela la perception d’une menace non seulement pour la culture et la cohésion des sociétés, mais aussi pour la sécurité physique des citoyens. » [p. 243-244]

Mais la perspective la plus démoralisante concerne la mainmise que doit avoir l’idéologie de l’interculturalisme sur l’éducation. L’État doit être neutre et pluraliste, mais interculturel cependant. L’éducation doit être une manière de former l’individu à cette nouvelle réalité.

Lavage de cerveau ? Non point !

« À propos de l’histoire nationale, il est parfaitement légitime et même nécessaire qu’elle se nourrisse largement de la mémoire de la culture fondatrice, mais d’une manière qui la rende significative et accessible à l’ensemble des citoyens, en faisant valoir ce qu’elle contient d’universel et en y intégrant les trajectoires des minorités. » [p.71]

Comment différentier ce projet d’un endoctrinement de la jeunesse ?

À côté de l’universalisme, Bouchard pose la diversité comme autre principe absolu. Mais l’interculturalisme, avec ses passerelles et ses échanges pour engendrer la nouvelle culture publique, va justement détruire la diversité. Cette diversité naquit du monde traditionnel fait de rancunes et de méfiances entre des populations concurrentes et adverses, qui ainsi se préservaient distinctes. C’est là le grand paradoxe de l’antiracisme que les antiracistes n’ont jamais résolu.

Le lettré occidental se fourvoie et c’est toute la matrice intellectuelle qui structure son monde qui doit être détruite. Il est impossible d’harmoniser les relations entre les peuples, de les rendre justes par le biais de concepts politiques abstraits. Le jeu est celui de la lutte et de l’hostilité entre différents groupes ou pools génétiques qui s’opposent pour le contrôle des territoires et des ressources. Dans ce contexte, nous voyons les intellos braquer notre territoire jusqu’à la définition de nous-mêmes, pour les remettre aux immigrants.

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La sociologue australienne maintenant à la retraite Katarine Betts nous aide à le découvrir : les intellectuels veulent réaliser pour eux une enceinte sociale, alors même qu’ils procèdent à la désenceinte nationale pour le reste de la population.

L’univers des Gérard Bouchard et son comparse Charles Taylor est clos : c’est celui du politiquement correct. Toutes les opinions qui en relèvent sont accréditées. Il y a du racisme, il y a du profilage racial, il faut reconnaître les diplômes du Tiers-Monde.

Il s’agit d’un corpus d’attitudes intensément identitaires.

Les opinions sont des marqueurs de statut social et le politiquement correct est une façon de se définir comme appartenant à une élite moralement supérieure et donc méritant de régner sur la masse. Les attitudes outrées et méprisantes des deux animateurs ci-haut nommées de la commission portant conjointement leur nom l’illustrent parfaitement.

Dans L’Interculturalisme, le discours populaire est méprisé. La majorité (Québécois de souche) tendrait à prendre le minoritaire comme bouc émissaire et le blâmer pour la mondialisation, les problèmes économiques et autres. Gérard Bouchard prête au peuple un discours simpliste et réducteur.

Mais l’immigration est surtout blâmée pour le résultat exact qu’elle engendre, soit le changement de caractère de la population, la destruction d’une identité génétique. Sera réalisé par elle le Glocal dont parlait Pierre Hillard. Partout sera le reflet du tout. L’immigration est aussi appréciée de la classe patronale car oui, elle tend à tirer les salaires vers le bas. Nous évoquons ici des faits, non pas l’accusation « voleurs de job », présentée comme grossière et infondée par nos élites.

Gérard Bouchard trahit que son projet est partisan et veut faire triompher une caste qui se dit elle-même progressiste. Il affirme: « Des “vides” se sont ainsi créés que les conservateurs se sont employés à remplir en encourageant, à leur avantage, les coutumes anciennes et les symboles qui leur étaient associés. M.J. Sandel (2010, p.249) a proposé une analyse du même genre à propos des démocrates américains qui, dans les années 1970-1980, ont laissé à la droite le champ des valeurs morales, des angoisses et des idéaux collectifs, ce qui a contribué à la montée du conservatisme religieux et au triomphe du reaganisme. » [p.175]

Comment l’auteur de L’Interculturalisme se permet-il de juger ainsi les dirigeants même s’ils sont élus démocratiquement comme Reagan ? La caste des lettrés, c’est bien connu, déteste Ronald Reagan, qui pourtant signa la première amnistie pour les immigrants illégaux durant son règne.

Le nouveau Moïse devant nous mener à la Terre promise de la tolérance se trahit à nouveau lorsqu’il dit : « Le Québec francophone (d’origine française ou canadienne-française) se signale par un autre héritage de son passé, à savoir un rapport difficile avec la religion catholique. Cette religion, pour plusieurs, reste associée à une histoire négative, à des expériences de domination, d’oppression même (pensons au sort fait aux femmes), qui nourrissent une mémoire douloureuse et se traduisent aujourd’hui par une sensibilité très vive à l’égard du religieux – une sensibilité où se mêle une bonne part de suspicion et même d’hostilité. (…) » Il n’y a que les intellos de gauche qui eurent ou qui ont un rapport hostile avec la religion. Les intellos ne peuvent pas blairer l’Église, car c’est eux maintenant qui ont la fonction de prêtre. Et le nouveau clergé de la Révolution tranquille est le plus oppressif qui soit. Avec son marxisme, son tiers-mondisme, son antiracisme et son racisme anti-blanc, le politiquement correct nous maintient dans la peur et la culpabilité.

Nous sommes au cœur même de cette lutte entre groupes grégaires, où l’intellectuel exprime une solidarité de caste et mène une concurrence agressive envers les autres segments de la population. Notons que Charles Taylor est un marxiste-léniniste à l’origine, une idéologie qui mena à la destruction physique de millions de « bourgeois », de paysans et de patriotes, c’est-à-dire des non-intellectuels. (voir Charles Taylor, Marx and Marxism, Ian Fraser)

Comme l’explique l’auteure australienne, les diplômés de troisième cycle en sciences humaines sont dans une situation difficile du fait que leurs habiletés sont très peu en demande. Ils doivent développer des stratégies pour détourner des ressources de la masse productive. Le communisme arrachait littéralement la richesse nationale à leur détenteur au nom de la collectivisation. En Occident capitaliste, les intellectuels supportent toute mesure susceptible d’augmenter la taille du gouvernement.

Et combien cet objectif est bien servi par l’interculturalisme! L’État gère tout, nous dit Bouchard. La société en devient une d’arbitrage. Il faut une laïcité inclusive qui tient compte des circonstances et fait l’équilibre entre les valeurs prédéfinies idéologiquement. Il faut donc arbitrer au cas par cas. Peut-on imaginer le coût astronomique de tout cela pour la société? Mais le pactole pour les lettrés, pour la caste des diplômés universitaires ?

Une autre stratégie pour aliéner le peuple de son bien, c’est l’universalisation. Katarine Betts note combien l’universalisation de la démocratie pose problème. Les peuples se sont dotés de gouvernements démocratiques pour eux-mêmes, mus par des motivations qui les concernaient. Mais que ces droits soient accordés à toute personne désirant venir s’établir, c’est une dépossession pure et simple. Les intellectuels partagent ainsi ce qu’ils n’ont pas eux-mêmes créés, c’est-à-dire les ressources matérielles de la nation ainsi que son espace même.

Qui va réaliser l’interculturalisme sinon l’État, non seulement dans sa dimension civique (de l’ordre du droit), mais aussi dans sa dimension idéologique ? Bouchard propose son Office de l’harmonisation qui n’est rien d’autre qu’un système de propagande et de lavage de cerveau. Doublée par un système d’éducation qui doit préparer le citoyen à la diversité, c’est encore un système de contrôle aux mains de la caste universitaire.

La société interculturelle réclame bien des études. Son promoteur chicoutimien veut des études empiriques sur le parcours des immigrants, leur destin une fois en sol québécois. Il faut aussi étudier le phénomène de racisme dont sont victimes les immigrants.

Énorme bureaucratie, occupée par qui ? Par des intellectuels ou des gens formés par eux. Et nous savons que leur sensibilité se veut anti-natifs pro-immigrants.

Mais le français reçoit une certaine faveur. Dans la tradition de la Révolution française, une langue nationale commune est essentielle au reformatage des masses. C’est l’instrument privilégié des intellectuels.

L’interculturalisme est le système de Ptolémée appliqué à la politique sociétale. Une utopie qui prévoit tout par l’ajout d’une clause, d’un concept, d’un principe pour préserver l’harmonie, comme l’astronome de l’antiquité ajoutait des points d’équant et des épicycles pour expliquer un mouvement planétaire inattendu.

Mais ce système est empreint de la marque d’une caste particulière de la société, celle des intellectuels. Premièrement leur déformation professionnelle, par laquelle tout relève de l’ordre de la pensée, du jeu de concepts et de symboles. Deuxièmement par le fait que le contrôle de l’État, voire même de l’Histoire, sera l’affaire des lettrés comme Bouchard, puisqu’il entend inventer une nouvelle identité, rien de moins, une nouvelle solidarité sortie de sa tête. Troisièmement sur le plan professionnel, l’interculturalisme assurera un détournement de ressources du peuple vers cette même caste.

L’interculturalisme ne sera peut-être pas aussi sanglant que le communisme, une autre utopie jadis supportée par nos chers lettrés. Il pourrait s’avérer plus pernicieux encore.

Fédération des Québécois de souche
Pour la reconquête de notre peuple



FRASER, Ian. Charles Taylor, Marx and Marxism. Political Studies, 2003, vol. 51, pages 759-774

BOUCHARD, Gérard. (2012) L'interculturalisme: un point de vue québécois. Boréal. Montréal. 286 p.

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