Lionel Groulx, Présent !

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Il y a cinquante ans ce mois-ci décédait un des phares de la pensée canadienne-française, le chanoine Groulx. L’homme qui fut un jour récompensé par l’Académie française, le Gouverneur général du Canada, la Société Saint-Jean Baptiste et obtint un nombre impressionnant de distinctions, est désormais persona non grata sur cette terre qu’il défendit toute sa vie, rectitude politique oblige. Il peut être aussi récupéré de façon malhonnête par des néonationalistes sans scrupules comme Guy A. Lepage. Contrairement à d’autres grandes figures de notre histoire intellectuelle, son nom est resté relativement bien connu grâce à quelques lieux nommé en son honneur au grand désespoir des organisations juives qui aimeraient le voir rayé de la toponymie.

C’est dans une famille modeste d’agriculteurs que Lionel Groulx naquit le 13 janvier 1878 à Vaudreuil. Il n’est pas inintéressant de noter qu’un de ses ancêtres, Jean Grou subit le supplice du feu aux mains des Iroquois en juillet 1690. Ce sacrifice inspira-t-il le jeune Lionel? On peut le croire, son œuvre mettant constamment en lumière les sacrifices consentis par les colons de l’Amérique française.
Après des études couronnées de succès, le jeune et brillant homme est ordonné prêtre en 1903 à Valleyfield où il a déjà entamé une carrière dans l’enseignement. Malgré sa double vocation de prêtre et de professeur, il déborde d’énergie, poursuit des études en Europe et commence à s’intéresser à la politique. Il s’éprend des idées de Charles Maurras qui dirige en France l’Action Française, un groupe monarchiste et nationaliste.

Il monte à Montréal son propre groupe, l’Action française de Montréal qui s’articule autour d’une revue éponyme à laquelle il collabore et dont il prend officiellement la direction en 1920. On y fait la promotion d’un nationalisme canadien-français catholique qui est en continuité avec celui des romans de la terre. On y défend le protectionnisme tant économique que culturel et on y promeut la langue et culture françaises.

Homme engagé, il débute également une œuvre d’ouvrages historiques et politiques riche qui est un de ses legs les plus importants pour la postérité. En 1919, il publie La Naissance d’une race, car à l’époque on n’hésite pas à définir les Canadiens-français comme une race. Lendemain de conquête l’année suivante, Dix ans d’action française en 1926, La découverte du Canada en 1934, Histoire du Canada français depuis la découverte, Chemins d’avenir en 1964 et Mes mémoires en 1974. À ces quelques titres s’ajoutent des dizaines d’autres livres et brochures basées notamment sur les nombreuses conférences qu’ils donnent à diverses sociétés patriotiques ou religieuses.

Cet engagement en histoire est relativement semblable à celui de Dominique Venner. L’histoire n’est pas une fin en soit, mais une façon de donner une conscience au peuple, de lui redonner confiance tout en lui faisant comprendre l’importance de son particularisme. L’histoire, et l’exaltation de nos héros, permet de mettre en valeur Canadiens français et acadiens. 

Au travers ses milliers de pages, il défend l’idée de survivance et de défense des droits des Français d’Amérique, car faut-il le rappeler, Lionel Groulx ne fut jamais un Québécois limité par des distinctions géographiques triviales. Il donna des conférences tant au Manitoba que dans les communautés canadiennes-françaises établies aux États-Unis. Sa nation n’était pas une province, c’était un peuple.

D’ailleurs, il tentera souvent de faire un parallèle avec les Juifs. S’il est souvent taxé d’antisémitisme, c’est bien parce qu’il demandait aux siens d’émuler les Juifs, soit de préférer les leurs aux autres et de survivre peu importe l’hostilité ambiante. Il dénonce l’influence américaine et favorise les entreprises catholiques, plutôt que juives, ce qui finalement est exactement ce que la communauté hébraïque fait elle-même.

Malgré ou plutôt à cause de son attachement à son peuple, on ne peut parler de Groulx comme d’un souverainiste avant l’heure. Plusieurs néonationalistes lui attribuent une pensée souverainiste en réduisant sa pensée à cette phrase qu’il ne dit qu’une fois, soit « Notre état français nous l’aurons ». Cela ne signifie en rien qu’il aurait été pour un Québec souverain, car cela aurait signifié l’abandon des Canadiens-français du reste du Canada ainsi que les Acadiens. Pour lui, le Québec avec son poids politique se devait de défendre les communautés réparties dans le reste du pays, et son retrait de la Confédération aurait signifié leur mort. L’histoire dit plutôt que c’est le courant néonationaliste, ou nationaliste civique, incarné par le Parti québécois qui sonna le glas de ces communautés autrefois vibrantes et fières malgré les privations dont elles furent l’objet. En tournant le dos aux nôtres établis ailleurs pour focaliser sur la lutte pour les droits provinciaux, le Parti de René Lévesque les trahit de façon éhontée.

En plus de ses ouvrages historiques, utilisant le pseudonyme Alonié des Lestres, il publiera trois romans, Les Rapaillages, L’appel de la race et Au cap Blomidon. Le premier est dans la lignée des romans de la terre, romans enracinés, alors que les deux autres, dont la qualité littéraire peut être questionnée, sont des romans à thèse visant à promouvoir un nationalisme canadien-français et acadien pro-actif et engagé.

Après l’Action française, devenue Action nationale suite à la condamnation papale visant l’Action française de Maurras, dont Groulx souhaite désormais se distancer, il continue son implication politique en appuyant des groupes de jeunes nationalistes qu’on qualifierait aujourd’hui d’extrême droite. Il appuie ainsi Jeunes Canada dans les années 30, de même que les Jeunesses patriotiques des frères O’Leary, une organisation ouvertement fasciste. Ces deux groupes sont les précurseurs des mouvements souverainistes actuels, mais à cause de leur position sur les Juifs et sur l’importance de préserver la race canadienne-française, ses coutumes et son identité, ils ont été gommés de l’histoire officielle.
Il faut dire que pour Groulx et une partie importante de l’élite de cette époque, les Pétain, Salazar, Franco et Mussolini sont assez sympathiques et représentent des modèles intéressants : latins, traditionalistes, catholiques, ils incarnent une alternative au libéralisme anglo-saxon négateur des peuples, notamment du peuple canadien-français.

Ses amitiés et son appui avec ces groupes pousseront le député juif communiste de Montréal Fred Rose à accuser Lionel Groulx de faire partie d’une cinquième colonne hitlérienne durant la Seconde Guerre, des accusations évidemment sans fondement provenant d’un homme qui sera incarcéré après la guerre pour avoir été un véritable espion de Moscou.

Il s’implique également à la Société Saint-Jean-Baptiste, qui à l’époque, défendait les intérêts des Canadiens français, un peu comme la Fédération des Québécois de souche de nos jours.

Durant la guerre, il emménage au 261 rue Bloomfield, maison achetée grâce aux dons de ses amis. Il est invité à l’Académie canadienne-française, groupe littéraire fondé par le nationaliste Victor Barbeau qui se veut l’équivalent de l’Académie française. Son engagement devient moins politique, et hormis les Jeunesses laurentiennes, peu de groupes peuvent compter sur son appui officiel. Il concentre ses énergies sur la promotion de la survivance canadienne-française et de son identité via des conférences, des apparitions médiatiques fréquentes dans les journaux comme Le Devoir et le Semeur, mais aussi à la radio à CKAC où il utilise ses talents d’orateurs pour enseigner l’histoire réelle de leur nation aux auditeurs. En 1956 une Fondation Lionel Groulx verra le jour, une fondation toujours active d’ailleurs.
Il continue également de récolter les honneurs, tant ici qu’en France où il est fort apprécié. Malgré toutes ces distinctions honorifiques, amplement méritées, il ne cessera jamais d’être humble et ne se détournera jamais de la cause qu’il a épousée dès son sacerdoce : la défense de son peuple.

Le 23 mai 1967, jour du lancement de son dernier ouvrage, Constantes de vie, il s’éteint. Gilles Proulx remarquait que c’était un symbole fort; peu de temps après, l’Expo 67 débutait. Une certaine conception d’un Québec enraciné s’éteignait, remplacée aussitôt par un Québec cosmopolite et moderne représenté par ce grand décor de cinéma. Le Maire de Montréal Jean Drapeau, fidèle de Groulx comme une bonne partie de l’élite de cette époque, nomma une station de métro achalandée pour être certain que le nom de ce grand homme survive. Pour le grand public, c'est malheureusement la seule chose qui ait survécu, seuls les passionnés d’histoire ou les défenseurs de la race canadienne-française voyant en ce chanoine d’origine modeste un des plus grands intellectuels du XXème siècle.

Dans l’historiographie officielle véhiculée par le Ministère de l’éducation et les universités, la vision groulxienne de l’histoire a fait place à une version ethnomasochiste caractérisée par la repentance et l’auto flagellation. Nos héros ont été détrônés, car trop peu représentatifs de la diversité actuelle qui est devenue la jalon pour tout juger et jauger. Les Dollard des Ormeaux et Lambert Closse représentent des modèles périmés. Au lieu de défendre Montréal des Iroquois, il aurait été préférable qu’ils les accueillissent à bras ouverts dans leur ville naissante tout en leur offrant l’opportunité de vivre et se développer selon leurs us et coutumes.

En 1923, Olivar Asselin rendait hommage à cet historien d’une civilisation, soulignant « sa clairvoyance », « la vie » de son œuvre et son « don d’évocation » rarement égalé. Il alla même jusqu’à dire qu’il était « le plus bel élément de l’Actif intellectuel canadien-français ». Exagération? Cela reste sujet à discussion, mais il est clair qu’aucun de nos intellectuels contemporains formés dans le moule de la pensée unique ne parvient à s’en approcher.

Rémi Tremblay
Fédération des Québécois de souche

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