L’Ordre des B’nai B’rith n’aime pas l’hymne national du Canada (1994)

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Gilbert Gendron
Confidentiel, n° 14-15, juillet-août 1994, p. 21.

Moment de triomphe, le 18 février dernier (ndlr: 1994), pour les forces qui cherchent à détruire l’identité euro-chrétienne du Canada pour faire de celui-ci un pays multiculturel : la prière récitée habituellement avant les travaux de la Chambre des communes a été modifiée de sorte que le Christ soit désormais passé sous silence. Pour plaire aux quelques députés fédéraux qui ne sont pas chrétiens, on se contentera d’invoquer «un Dieu Tout-Puissant», comme l’a dit le député réformiste Elwin Hermanson. 

Quelles furent les voix du Québec qui se firent entendre sur cette question? La tâche de se prononcer au nom du Bloc québécois (BQ) échut en premier à… Louis Plamondon – le député de Richelieu qui s’est déjà fait surprendre en compagnie d’une dame de petite vertu et qui, en raison de cela, a été dûment jugé et condamné. M. Plamondon a d’abord déclaré : «le consentement unanime, nous sommes heureux de le donner». Il insista cependant pour formuler quelques commentaires. «Il me semble que la façon de faire traditionnelle était dépassée», affirma-t-il, pour ensuite critiquer le nouveau texte : «Je suis en désaccord avec la référence qu’on fait à Sa Très Gracieuse Majesté dans la prière». M. Plamondon finit quand même par dire : «je me rallierai au fait que nous devons moderniser la prière». 

Gaston Leroux, également du BQ (Richmond/Wolfe), se félicita du texte retenu «où les éléments confessionnels étaient largement éliminés.» 

Le chef du groupe parlementaire du BQ, Gilles Duceppe (Laurier/Sainte-Marie), a signifié l’assentiment de l’Opposition officielle en badinant : «nous sommes prêts à donner notre consentement unanime et à voter sur la prière. Nous ne nous ferons pas prier plus que cela.» 

À la suite de cet acte du Parlement dont la portée symbolique n’échappera à personne, la section canadienne de l’Ordre des B’nai B’rith (OBB) a fait connaître son intention de réclamer le remaniement du texte français de l’hymne national canadien. Cette idée de l’OBB a été divulguée par The Suburban, journal qui a également informé ses lecteurs du fait que l’Ordre avait récemment incité le Parlement à prendre enfin une décision quant à la prière. 

«Le texte français de l’hymne national canadien, qui en constitue la version originale, mentionne l’épée et la croix; l’hymne favorise spécifiquement les valeurs catholiques», déplore Joel Goldenberg du Suburban. Interviewé sir cet état de choses, le vice-président exécutif de l’OBB-Canada, Frank Dimant, a exprimé sans équivoque l’opinion qui prévaut au sein de son très puissant organisme : la version française d’Ô Canada «ne correspond pas à la réalité actuelle de la société canadienne». «L’hymne devrait dire la même chose en anglais et en français», a-t-il dit. Et d’ajouter : «Nous avons reçu plusieurs doléances – environ une douzaine – qui allèguent que l’hymne national ne devrait pas avoir de connotations religieuses.» Les personnes qui ont adressé des plaintes à l’OBB estiment que le texte français de l’hymne a un caractère chrétien trop marqué.

Qu’entendait faire l’OBB-Canada? «Notre conseil d’administration national a inscrit le sujet à l’ordre du jour. Par la suite, le dossier pourra être remis à l’un de nos bureaux spécialisés, qui s’en occupera.»

La secrétaire d’État au Multiculturalisme, Sheila Finestone, ne cache pas qu’elle est mal à l’aise quand elle chante Ô Canada en français : «Je ne peux jamais chanter ces rimes [« Car ton bras sait porter l’épée / Il sait porter la croix! »], je m’étouffe.»

Il est difficile de croire que l’hymne national soit radicalement modifié à court terme. Cependant, l’idée lancée par l’OBB-Canada jouit d’un certain courant de sympathie. La secrétaire d’État au Multiculturalisme, Sheila Finestone, ne cache pas qu’elle est mal à l’aise quand elle chante Ô Canada en français : «Je ne peux jamais chanter ces rimes [« Car ton bras sait porter l’épée / Il sait porter la croix! »], je m’étouffe.» Mme Finestone a révélé que l’hymne national a déjà fait l’objet de discussions impromptues parmi les députés du Parti libéral du Canada : «J’ai expliqué à mes collègues francophones que [les mots]suscitent à mon avis un malaise et qu’ils constituent dans certains cas une faute de goût. Aux yeux du poète qui composa l’hymne, celui-ci était tout à fait convenable.» 

Mme Finestone n’a jamais pris position officiellement sur cette question. De plus, elle hésite à partir en campagne : «Ce serait agir comme ceux qui font du révisionnisme historique. Voilà un des facteurs qui militent contre l’examen d’un changement de cette nature.» En dépit de ces réserves, le député de Mont-Royal soutient que l’hymne, décidément, n’est pas politiquement correct : «Il n’est pas aussi neutre que je le souhaiterais, il n’exprime pas les valeurs de non-violence dont on voudrait croire qu’elles sont le signe distinctif du Canada. […] De nos jours, dans une société multiculturelle où nul ne croit que la violence soit la manière de manifester sa foi dans un pays, je pense qu’il s’avère encore plus déplacé, mais ce n’est pas facile de changer des mots qui eurent un sens particulier à une époque donnée.»

Une collègue de Sheila Finestone, Shirley Maheu (Saint-Laurent/Cartierville), a été quelque peu surprise par les questions du Suburban. Néanmoins, elle ne s’oppose pas a priori à un Ô Canada revu et corrigé. Bien qu’elle doute que cela se fasse de sitôt, elle n’écarte pas la possibilité de modifier les paroles françaises de l’hymne national. «Nous devrions envisager tout ce qui peut faire en sorte que tous les Canadiens se sentent qu’ils font bel et bien partie du pays.»8


1. Débats des Communes, 18-2-1994, p. 1564. Il a conclu en disant: «je crois que la nouvelle formule proposée pour la prière jouit de l’appui généralisé des députés réformistes».
2. Même source, pp. 1563-1564.
3. Même source, p. 1565.
4. Même source, p. 1565.
5. Au sujet de l’OBB, organisme maçonnique réservé aux personnes de confession juive, lire CONFIDENTIEL n° 5, ainsi que Mystères et secrets du B’nai B’rith (en vente à DPF, B.P. n° 1, Chiré-en-Montreuil, France; prix : 221 FF franco).
6. Vol. 32, n° 51, 23-2-1994, pp. 1+29.
7. Selon The Canadian Jewish News (24-2-1994, p. 3), le president de l’OBB-Canada, Gabriel Nachman, a adressé une letter à ce sujet, à la mi-février, au président du Parlement, Gilbert Parent.
8. The Suburban, 23-2-1994, p. 29.
 

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