Fin de cycle – « Modèle québécois » et souverainisme – compte-rendu

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Rémi Tremblay pour Présent, samedi le 8 avril 2017 – N° 8838 – www.present.fr

Mathieu Bock-Côté est de loin le sociologue le plus lu au Québec, ce qui est fort heureux, car il amène un point de vue brisant avec la monotonie du discours ambiant marqué par la rectitude politique et la pensée unique. On peut espérer que la récente réédition de Fin de cycle soit lue et comprise par le chef péquiste actuel, Jean-François Lisée, qui après s’être fait porter à la tête de la principale formation souverainiste avec un discours identitaire sans ambigüité a fait un volte-face complet en s’en prenant aux nationalistes et sympathisants du Front National, confortant ainsi l’opinion des pires cyniques qui considèrent les élites politiques comme des traîtres de profession. Alors qu’il tente de faire les yeux doux à l’extrême gauche désormais incarnée par Gabriel Nadeau-Dubois, Lisée tourne le dos à ceux qui défendent depuis toujours la nation, perpétuant ainsi l’erreur dénoncée par Bock-Côté d’assujettir le souverainisme à un progressisme anti-nationaliste.

Ce n’est pas d’hier que les forces souverainistes font cette erreur de préférer la social-démocratie à l’avènement de la nation ; le Parti Québécois, principale formation souverainiste moderne, la portait dans son ADN depuis sa conception et le Bloc à Ottawa l’a simplement érigé en dogme inattaquable. Chez les nationalistes civiques d’aujourd’hui, le « modèle québécois », expression galvaudée se référant au désastre progressivo-technocrate incarné par la société post-Révolution Tranquille, prime sur tout même sur l’émancipation nationale sensée être l’objectif premier.

Cela s’est traduit de façon concrète par un abandon des thématiques liées à l’identité allant même jusqu’à nier l’existence même du peuple dont on devait à l’origine préserver l’identité propre via l’indépendance. Les utopies soixantehuitardes vinrent remplacer la défense de ce que les anciens appelaient encore la « race canadienne-française » et le peuple commença lentement à délaisser ces politiciens qui l’ignoraient volontairement, ce qui explique l’extinction programmée d’un parti qui parvint pourtant à mobiliser des générations entières derrière l’idée de liberté. Ce n’est qu’une question de temps avant que le Québec ne tourne la page du Parti Québécois, celle du Bloc a belle et bien été tournée, le livre s’est refermé à jamais à cause du manque de vision de ses auteurs.

La réponse du sociologue à ces dérives, c’est un conservatisme identitaire un peu frileux, ce qui ne va pas de soit dans le pays des hivers interminables. Cette demi-mesure également amenée en conclusion de son opus Le multiculturalisme comme religion d’état, semble être une façon confortable de ne pas franchir la ligne qui le classerait définitivement comme un infréquentable. Question de ne pas choquer outre mesure et de vouloir faire consensus, il ne souhaite rien de moins que réconcilier le passé et marier la Révolution Tranquille, notre mai 68, au Canada français catholique de nos ancêtres, un mariage contre-nature digne de l’esprit du Mariage pour tous. La lecture de cet ouvrage n’en demeure pas moins essentielle ; le docteur analyse bien les symptômes et donne le bon diagnostique, seulement question de ne pas trop déplaire, il se refuse à prescrire le traitement choc qui permettrait la rémission du patient.

 

Mathieu Bock-Côté. Fin de cycle : aux origines du malaise politique québécois, Boréal Compact, 2017, 175 p.

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