Charles de Montmagny

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70a3eab9f92a3b0744ff687d6d886491Né à Paris en 1601, le Chevalier Charles Huault de Montmagny fut éduqué par les Jésuites, poursuivi ses études en droit à l’Université d’Orléans, devint membre de l’Ordre de Malte en 1622 et développa ses talents militaires dans les campagnes militaires de son ordre contre les corsaires musulmans de l’Afrique du Nord. Nommé successeur du Sieur Samuel de Champlain en tant que gouverneur de la Nouvelle-France, il y débarqua en 1636.

Le défi suivant l’y attendait : Rapidement alliés aux nations autochtones commerçantes du St-Laurent, les Français avaient décidé de les appuyer dans leur combat contre leur ennemi traditionnel ; la Confédération Iroquoise. Si, avec l’assistance des mousquetaires français, les tribus alliées remportèrent d’abord un certain nombre de victoires, le décès de Champlain en 1635 laissa les jeunes colonies dans une situation précaire. Le commerce le long du Hudson avec les colonies hollandaises avait fourni aux Iroquois des armes européennes meurtrières et précises, dont l’arquebuse et le mousquet. Ainsi armés et enflammés par le désir de se venger, les Iroquois détruisirent les villages de leurs ennemis, massacrant de nombreux Algonquins, Montagnais, Hurons et Français tout le long du St-Laurent.

Dès son arrivée, Montmagny dut immédiatement faire face à la fois à cette menace Iroquoise ainsi qu’au défi de la propagation de la foi catholique parmi les tribus amérindiennes. Tel que l’expliquait un chef Montagnais à Montmagny : « Deux ennemis nous détruisent ; l’ignorance de Dieu, qui tue nos âmes, ainsi que les Iroquois, qui tuent nos corps ».

La première épreuve de Montmagny en Nouvelle-France prit peu de temps à voir le jour. En aout 1637, une bande de 500 guerriers iroquois attaqua des canoës hurons dans la région de Trois-Rivières. Pour mieux saisir l’ampleur de la menace, il faut souligner le fait que la population française du Canada à l’époque ne dénombrait que quelques centaines d’âmes. Montmagny était présent à Trois-Rivières au moment de la razzia et assura personnellement la défense de la colonie, armant les alliés Hurons d’épées, de pôles et de couteaux. Bien que formé aux arts militaires en Europe, Montmagny respectait l’efficacité des tactiques de guerre des Iroquois, qui misaient fortement sur des ruses et des embuscades. Selon le Père Paul Le Jeune, il a cependant « tout mis en si bon ordre, tant parmi les Français que les Sauvages [sic.], qu’il y avait lieu de louer le Seigneur pour la méthode et la discipline de part et d’autre. » Ouvert d’esprit, il était aimé autant par les Amérindiens algonquins, montagnais et hurons que par les colons.

Dans les années qui suivirent, les Iroquois concentrèrent leurs attaques sur des cibles plus faciles et Montmagny put consacrer plus de son temps à propager la foi parmi les Amérindiens. Ardent promoteur de leur conversion, il mit en place le programme d’instruction amérindien à Sillery. Un séminaire fut également fondé par les Jésuites en vue d’éduquer les Hurons et Algonquins et Montmagny fit autant qu’il put pour assister les missionnaires dans cette œuvre. Le Père Le Jeune le considéra « un exemple remarquable de piété ». Il alla même jusqu’à assister aux cours de catéchisme et à parrainer personnellement au moins une douzaine de catéchètes amérindiens.

Lorsqu’un nombre de Montagnais qui vinrent à s’installer à proximité des colons Français contractèrent une maladie incurable, Montmagny alla fréquemment visiter ces malades. Lorsque le fils d’un certain Noël Nagabamat mourut, ce dernier dit au Père Le Jeune : « Nikanis, dites au capitaine que je le remercie d’avoir visité mon fils durant sa convalescence. Assurez-lui que mon cœur est en paix et que je n’oublierai pas ma promesse à Dieu de le servir toute ma vie ». Le Père Le Jeune rapporta que ces paroles affectèrent fortement Montmagny, qu’il qualifia en cette occasion de « Chevalier du Saint-Esprit, tant il est prêt à accomplir des actions courageuses et empreintes de l’Esprit du Très Haut. »

Montmagny se montra également zélé dans sa défense des Amérindiens convertis contre ceux qui s’objectaient à leurs pratiques chrétiennes. Lorsque les intentions amoureuses d’un jeune guerrier montagnais païen furent rejetées par une fille chrétienne, le père du premier menaça de mort tous les habitants du village qui s’étaient convertis. Lorsqu’il dut ensuite comparaitre devant Montmagny, ce dernier lui fit comprendre qu’il était lui-même un pratiquant fervent et qu’il considérerait toute attaque sur un Amérindien chrétien comme une attaque contre sa propre personne. Le Père Barthélemy Vimont nota que « ce sermon… eu son effet ».

Comme la torture des prisonniers était pratiquée parmi les nations autochtones tant alliées qu’ennemies, Montmagny libéra également autant de captifs qu’il le put. Lorsque les Algonquins capturèrent un Iroquois après une escarmouche et que Montmagny le rançonna avant qu’il ne passe au bucher, ce dernier le loua de son sobriquet d’ « Ononthio » en guise d’appréciation. En effet, impressionnés par sa grande stature et sa grande dignité, les amérindiens le surnommaient « Ononthio » ou « Grande Montagne » -traduction de son nom Montmagny, Mons Magnus.

Peu de temps passa avant que de nouvelles attaques iroquoises ne forcent Montmagny à s’atteler de plus belle à la tâche de la défense de la colonie. En 1641, une bande imposante de guerriers iroquois apparut dans les environs de Trois-Rivières avec deux prisonniers français. Montmagny offrit à leurs chefs des couteaux, des couvertures, des mats, des robes et des haches, selon la coutume du pays, ainsi qu’un traité de paix. Lorsqu’il refusa cependant d’également leur donner les arquebuses qu’ils réclamaient, cela leur valut, selon le Père Vimont, que « Monsieur le Gouverneur se résout de leur ‘donner à manger’ des arquebuses, mais pas de la manière qu’ils espéraient. »

Lorsque de Maisonneuve et ses 40 colons débarquèrent en vue de fonder Ville Marie (plus tard Montréal) en 1641, Montmagny les hébergea d’abord tout l’hiver à ses frais et, le printemps venu, les escorta personnellement à leur destination.

Montmagny fortifia par la suite les postes français et ordonna à aux navires naviguant la rivière Richelieu de décharger leurs cannons sur tout arquebusier iroquois qu’ils y trouveraient. S’il connut quelques victoires, les Français durent également écoper la perte de plusieurs missionnaires aux mains des Iroquois, dont les pères Isaac Jogues et René Goupil en l’honneur desquels Montmagny fit ériger une grande croix.

Montmagny tenta par la suite à plusieurs reprises de conclure une paix avec les Iroquois et sembla presque y parvenir en 1645 lorsque, durant un échange de prisonniers, un captif iroquois s’exclama : « Onothio, il faut admettre que vous êtes bon… Notre colère s’est dissipée. Je n’ai plus d’ardeur que pour la paix et le bonheur ». Si les Iroquois attaquèrent bientôt de nouveau les Français et leurs alliés amérindiens de la région de Québec avec une férocité renouvelée, Montmagny avait déjà complété son troisième mandat en tant que Gouverneur et avait été rappelé à la Métropole en 1648. Il quitta la Nouvelle-France sincèrement regretté de tous pour sa prudence et sa sagesse. Avec son départ, la Nouvelle-France fut dépourvue d’un chef fort et fut plongée dans un état de crise. Les alliés amérindiens des Français, ainsi que leurs missionnaires Jésuites, furent presque entièrement anéantis par les Iroquois.

Après son retour en France, Montmagny fut envoyé à St. Christophe dans les Antilles, une possession de son Ordre, où il mourut en 1651. Il est enterré à l’Eglise de Basseterre.

Si plusieurs historiens Canadiens-Anglais accusent Montmagny de n’avoir été qu’un « pion » des Jésuites, l’indépendance de son gouvernement démentit ces accusations. En tant que gouverneur, Montmagny vit à l’extension et au renforcement des défenses du Fort St-Louis, ainsi qu’à la construction du Collège Jésuite, de l’Abbaye des Ursulines et de l’hôpital Hôtel-Dieu, dédiant les noms des rues de Fort Louis au Roi, ainsi qu’aux Saints Patrons de Paris et de son Ordre. Il construisit Fort Richelieu (Sorel) sur un lieu où il remporta une victoire sur 700 Iroquois. Il contribua grandement au développement économique de la Nouvelle-France en concédant 20 domaines agricoles à des familles coloniales industrieuses. L’Isle Jésus, parallèle à l’ile de Montréal, fut en fait d’abord nommé Isle Montmagny en son honneur. Sa prévoyance, sa diligence et son courage personnel taillèrent pour Montmagny une réputation parmi les Amérindiens qui fut cruciale à la survie des colonies françaises en Amérique. A preuve de son impact personnel parmi les Amérindiens, ses successeurs reprirent à leur tour le titre d’ « Ononthio ». Selon les témoignages et les écrits de ses contemporains, le Chevalier de Montmagny était doux de tempérament, courtois, affectueux, pieux, honnête, charitable et ouvert d’esprit. Il fit montre d’un zèle admirable pour la propagation de la foi chrétienne. Durant les dix ans de son Gouvernorat, en protégeant toutes les personnes dont il avait reçu la charge, respectant la Loi et propageant la Bonne-Nouvelle, le Chevalier de Montmagny s’illustra en tant qu’officier du pouvoir public, chef et catholique modèle.

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