Notre patrimoine agricole

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Les Canadiens-français, étant à l'origine des colonisateurs et des bâtisseurs, se sont d'abord spécialisés dans l'agriculture, la base même de tout établissement durable dans un "nouveau-monde." Au fil des années nos ancêtres ont, comme plusieurs autres peuples, créé leurs propres races d'animaux d'élevage, parfaitement adaptés au climat et aux besoins de la Nouvelle-France et du Québec d'aujourd'hui. Ces espèces ont grandi et accompagné nos ancêtres à travers les âges leur permettant de subvenir à leurs besoins et à la grande tâche du défrichage.

De nos jours ces races, tout comme la nôtre, ont leurs hauts et leurs bas, et certaines recommencent à être réutilisées et revalorisées. Elles demeurent une partie intégrante de notre patrimoine mais néanmoins méconnues.

Voici donc la poule Chanteclerc, la vache Canadienne et le Cheval canadien.

La Poule Chanteclerc

chanteclerEn l'an 2000, la poule Chantecler a été officiellement reconnue comme race du patrimoine. C'est une poule parfaite pour la production familiale. Cet oiseau peut fournir viande et oeufs car les coqs adultes pèsent de 9 à 10 livres. Les poules sont de bonnes pondeuses sans excès, ce qui permet une plus longue carrière de pondeuse. Ces poules sont également reconnues pour résister au froid et pondre en condition hivernale, sans chauffage dans un simple poulailler.

La poule Chanteclerc, longtemps menacée d'extinction, sera commercialisée en 2009. L'oiseau avait été développé au début du 20e siècle par un père trappiste de manière à supporter les hivers rigoureux.

La Vache Canadienne

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Historique

Lvachecanadiennea race de bétail canadienne est unique au Canada. La fondation de la race est basée sur des animaux importés de la région de la Normandie en France, de 1608 à 1610. Les importations subséquentes ont été effectuées à partir de la Bretagne et de la Gascogne. On ne possède aucune indication sur le type de bétail qui a été importé et aucun effort n'a été fait pour élever les différentes races séparément. L'effet de « melting pot » a dominé. Alors que la population restait largement fermée aux autres races, elle a éventuellement pris une apparence et une conformation qui lui était propre et a elle été désignée comme la race « Canadienne » ou « Canadienne noire » ou « Canadienne française ».

En 1850, le Parlement canadien a été avisé que les bovins de race Canadienne étaient les seuls au Québec, sauf pour quelques troupeaux de sujets Ayrshire et Shorthorn. En 1653, le Conseil de l'agriculture a commencé à décourager les éleveurs d'élever ces bovins. C'est ainsi que vers 1880, « il y avait à peine un Canadien français dans la province qui considérait assez sa vache pour lui donner plus d'attention qu'à son chien ». C'est à ce moment que deux ou trois personnes ont décidé de sauver la race d'extinction en mettant sur pied une nouvelle association de race. En 1886, un livre généalogique a été ouvert. En 1895, l'Association des éleveurs de bovins canadiens français a été fondée. La nouvelle race « La Canadienne » demeure aujourd'hui la seule race laitière à avoir été développée dans le continent nord-américain.

Récents développements dans la race

Le gouvernement provincial du Québec a toujours démontré un vif intérêt pour la race Canadienne et, en fait, a conservé son propre troupeau jusqu'à ce qu'il soit détruit lors d'un incendie survenu en 1983. Au début des années 1970, le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) s'est inquiété du niveau de consanguinité à l'intérieur de la race Canadienne et aussi du fait qu'elle était dépassée par les autres races laitières en matière d'amélioration de la qualité du pis et de la production. La décision fut prise d'introduire la génétique de la race Suisse Brune dans la race. Au début, les éleveurs ont été très divisés quant à cette décision. Toutefois, à mesure que les résultats ont été connus, de plus en plus d'éleveurs ont adopté cette pratique. En rétrospective, l'on peut dire que l'introduction du sang de la race Suisse Brune a résulté en des améliorations significatives en matière de performance mais que l'absence de mesures de contrôle a mené jusqu'au point où la race Canadienne est devenue à risque d'être complètement dominée par l'utilisation incontrôlée de la génétique Suisse Brune.

Heureusement pour la pureté de la race, un frein a été mis à cette pratique et un taureau doit avoir un degré de pureté de 15/16 pour être enregistré et utilisé comme géniteur. Pour y arriver, le MAPAQ a donné un soutien financier à un programme connu sous le nom de Projet Embryon Plus. Ce projet avait pour objet d'identifier des vaches pures à 100 % et de les utiliser dans des programmes de récolte d'embryons en utilisant pour les accouplements des taureaux eux aussi purs à 100 %. Le but était de développer une banque d'embryons avec un degré de pureté de 100 % et de les rendre disponibles périodiquement. En 2000-2001, 30 embryons ont été mis à la disposition des troupeaux membres pour être implantés chez des receveuses dont les veaux étaient élevés dans ces troupeaux. Les veaux mâles étaient évalués et les meilleurs étaient sélectionnés pour la récolte de semence et leur utilisation comme géniteurs à l'intérieur de la race. Les femelles étaient aussi inspectées et évaluées afin d'être utilisées comme vaches donneuses dans le cadre du programme. Une fois que les engagements vis-à-vis des animaux avaient été rencontrés, ils devenaient la propriété du membre à qui appartenait le troupeau où ils étaient nés.

l'Avenir de la race

Les éleveurs québécois démontrent de l'enthousiasme vis-à-vis de la race et une association de race bien organisée et active amène des effets positifs. Cette race donne des bons résultats dans des systèmes de gestion peu exigeants en matière de production, ce qui la rend attrayante dans un contexte de pâturage. Son profil s'est élevé grâce à son statut patrimonial officiel qui lui a été accordé par le gouvernement provincial en 1999.

Caractères de reproduction;

La race est renommée pour sa fertilité et sa facilité de vêlage supérieures.

Rusticité;

La race Canadienne a acquis une rusticité exceptionnelle et s'est adaptée aux difficiles conditions environnementales canadiennes.

Utilisation;

La Canadienne est considérée comme une des races les plus productives parmi les races très anciennes et rustiques au monde. La vache Canadienne est une productrice très efficace, reconnue pour le niveau élevé de gras et de protéine de son lait qui possède d'excellentes qualités pour la fabrication de fromage. Elle est aussi reconnue pour sa grande capacité pour le pâturage. Cela, de même que le fait qu'elle est une des races laitières avec la plus petite taille, font de la race Canadienne un choix attrayant pour les producteurs laitiers intéressés à produire du lait en utilisant un système de gestion à pâturage intensif. La race Canadienne leur permettra d'envoyer les animaux au pâturage plus tôt au printemps et plus tard à l'automne lorsque les conditions de pâturage humide feraient en sorte que les animaux plus imposants pourraient occasionner des dommages aux champs.

Le Cheval Canadien: la plus veille race de cheval en Amérique du Nord

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Formation de la race

cheval-canadienLe cheval était inexistant sur le continent américain au moment de l'arrivée des premiers Européens. Les Espagnols débarquèrent alors des chevaux au Mexique (Cortez) en Floride (de Soto), les Anglais en plusieurs lieux des 13 colonies d'origine, les Hollandais à New York et les Français à Port-Royal (le cheval acadien) et à Québec (le cheval canadien). Il n'y aura pas de contacts entre les différents contingents avant fort longtemps.

La Nouvelle-France, qui deviendra beaucoup plus tard le Canada, était alors une province de France, comme la Normandie ou la Champagne. C'est à ce moment que Louis XIV ordonne de créer un haras royal dans chacune de ses provinces. En Nouvelle-France, la situation est plus complexe du fait de l'absence totale de chevaux sur le territoire. À partir de 1665, on envoie donc des juments et des étalons pour les y établir.

Environ 82 chevaux auraient été envoyés en Nouvelle-France entre 1665 et 1671. Ils proviendraient des haras du Roi, lequel mettait sur pieds un haras par province française, mais il n'y a aucune preuve écrite de cette provenance. La seule certitude est que tous ces chevaux envoyés par Louis XIV provenaient de France.

Les premiers chevaux sont attribués à des communautés religieuses (Ursulines …) et gentilshommes (monsieur de Saint-Ours, monsieur de Sorel, …). Un contrat était alors établi entre le bénéficiaire et les fonctionnaires de Jean Talon, l'Intendant d'alors. Ce contrat exigeait que la personne prenne soin de l'animal, le fasse se reproduire et remette un poulain à l'administration sous les 3 ans. Les poulains étaient à leur tour redistribués selon les mêmes modalités et exigences.

Ce système a eu un fort succès et a vite fait exploser la population de chevaux en Nouvelle-France. Les 82 chevaux importés entre 1665 et 1671 donnèrent naissance à 13 000 en 1763.

On peut dire alors qu'une race est née. La population chevaline s'est développée en vase clos pendant près de 100 ans. Le cheval était la fierté des habitants de cette époque de la Nouvelle-France. Le cheval était si populaire que l'administration a dû tenter de limiter le nombre de chevaux. Pendant de nombreuses années, il y avait environ un cheval par cinq habitants. Ils servaient à tous les travaux, que ce soit pour le labour ou pour aller à l'église du village le dimanche matin. La messe du dimanche était souvent une occasion d'improviser des courses pour savoir quel était le cheval le plus vaillant du village. Ce comportement amena les premières limites de vitesse dans les villes.

C'est vers 1830 que les Anglais, obéissant à leur instinct de commerçant, tentent d'angliciser le cheval canadien par l'importation d'individus des races britanniques ou écossaises. Pendant les années 1850 et suivantes, la race canadienne fait face à des problèmes de discrimination . Les anglais disent vouloir améliorer la race en la croisant avec des chevaux de races anglaises. Comble de malheur, à la même époque, les États-Unis importent beaucoup de chevaux pour leurs besoins guerriers. À la fin du XIXe siècle, la population de chevaux canadiens est très basse et la race est en voie d'extinction.

En 1895, Édouard Barnard, le surintendant du Département d'agriculture du Québec demande au Dr J.A. Couture m.v. de fonder la Société des éleveurs de chevaux canadiens. Il ouvre un livre généalogique après une inspection méthodique de chevaux candidats au statut de cheval de race canadienne. En 1908, le Parlement du Canada s'intéresse lui aussi au dossier, fait reprendre l'inspection et permet l'ouverture du livre généalogique que l'on pourrait qualifier de moderne.

Histoire moderne

Le XXe siècle se partage en hauts et en bas. La compétition avec le cheval vapeur, d'abord de l'automobile puis du tracteur vient presque à bout du petit cheval de fer. Il n'en reste qu'environ 400 vers les années 1970. Les Canadiens-Français en sont fiers, ils décident alors de sauver leur cheval. C'est la campagne de sourdine, c'est le discours de la responsabilité et de la fierté qui a cours.

Le nombre de naissances enregistrées à la SECC a été assez stable de l'ouverture du registre au début des années 1900 jusqu'en 1980. Les enregistrements sont l'ordre de 25 à 50 poulains par année. En 1981, la ferme provinciale décide de procéder à la dispersion complète du troupeau La Gorgendière à Deschambault. À partir de cette date, le nombre de poulains enregistrés par année s'est mis à grimper pour atteindre un sommet en 1999-2000 avec environ 500 poulains. En moins de vingt ans, le nombre de naissances de chevaux enregistrés est multiplié par dix. Depuis l'an 2000, les naissances se sont stabilisées entre 450 et 500 poulains enregistrés par année.

L'histoire du cheval canadien est aussi l'histoire des colons français qui sont devenus les canadiens-français pour devenir les québécois. Au départ, les chevaux exportés en Nouvelle-France étaient destinés aux classes sociales plus hautes. Il faut savoir qu'en Europe, l'usage des chevaux était presque exclusivement réservé aux nobles. Les paysans n'avaient pas accès aux chevaux et devaient se contenter de bovins pour la traction animale. En Nouvelle-France, la population de chevaux a grossi de façon tellement rapide que toutes les couches de la société ont pu y avoir accès. Il devait y avoir en moyenne un cheval par famille avec un ratio calculé de un cheval pour cinq habitants. Quand de riches visiteurs européens venaient visiter la Nouvelle-France, ils étaient scandalisés de voir que les paysans possédaient des chevaux, et que pire, ces paysans osaient dépasser la carriole des nobles. L'administration a bien essayé de contrôler la population de chevaux, d'inciter les gens à élever plus de bestiaux et moins de chevaux, mais rien n'y fit, le cheval était trop populaire.

Durant le régime anglais, il y a eu de nombreuses tentatives pour assimiler les francophones. Les chevaux étaient une grande fierté des francophones, l'administration anglophone a fit donc la promotion du croisement des chevaux canadiens avec des étalons de races anglaises et des chevaux de trait comme le Percheron. Les francophones sont tombés dans la classe sociale la plus basse et leurs chevaux aussi. La population des chevaux canadiens s'est mise à tomber. La création de la SECC a permis de sauver la race. Même aux débuts des années 1900, les cultivateurs francophones n'étaient pas riches et bien peu avaient les moyens de faire enregistrer leurs chevaux canadiens. Avec l'arrivée de l'automobile, les classes supérieures de la société de l'époque ont vite remplacé les chevaux par les voitures. Ce fut la même chose dans les champs où les cultivateurs les plus riches remplacèrent vite le cheval par le tracteur. Le cheval perd son "statut social", et sa population va en diminuant. Durant les années 1950 et 1960, seuls les paysans les plus pauvres ou les inconditionnels des chevaux utilisent encore la traction hippomobile à la ferme. Ils vivent très modestement, le cheval passe de symbole de valorisation sociale à symbole de retard social et même parfois de pauvreté. Durant les années 1970, le cheval reprend doucement ses lettres de noblesse, mais est réservé à une élite faisant du sport équestre. Le gouvernement québecois travaille à rendre le cheval canadien plus attrayant pour les compétitions équestres dans sa ferme à Deschambault. À mesure que le cheval canadien reprend ses lettres de noblesse, sa population reprend en vigueur.

Petit à petit, la race se redresse. Les hommes politiques canadiens reprennent conscience de son importance. L'Assemblée nationale du Québec vote en 1999 une loi unanime déclarant les races chevaline et bovine canadiennes ainsi que la race de volailles Chantecler Patrimoine agricole du Québec.

De la même façon, le Parlement du Canada déclare en 2002(le 08 novembre 2001), le "Cheval canadien" Race nationale du Canada.

En 2007, la race du "cheval canadien" compte environ 7 000 sujets vivants.

Standard

Jument noire Le cheval canadien a une hauteur de 14 a 16 main (une main vaut 4 pouces ou 10 cm) au garrot. C'est un cheval de trait léger et d'équitation très polyvalent. Il est utilisé dans plusieurs disciplines équestres. Ses robes ou couleurs les plus répandues sont le noir, le bai ou alezane. Depuis quelques années, des sujets de couleur blanche ou crème sont apparus.

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