Notre patrimoine musical : La Bonne Chanson

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Celui qui souhaite écouter ou fredonner des chants militants se tourne souvent vers la France. Il écoutera peut-être d’excellentes chorales comme les chœurs Montjoie St-Denis ou de la Joyeuse garde. Si ces groupes font un travail des plus admirables, il faut aussi se rappeler que le Québec a une belle tradition musicale. On peut notamment penser à La Bonne Chanson, fondée par l’abbé Charles-Émile Gadbois. L’abbé Gadbois est né en 1906 et a été ordonnée prêtre en 1930. En juin 1937, il a assisté au deuxième Congrès de la langue française. C’est lors de cette convention que Lionel Groulx a prononcé son fameux discours « L’histoire gardienne des traditions vivantes ». D’autres intervenants ont profité de l’occasion pour promouvoir la chanson canadienne-française. Quelques semaines plus tard, l’abbé Gadbois a promis à Mgr Camille Roy, grand défenseur de la langue française, de faire son possible pour la chanson d’ici. Son objectif était notamment de contraindre l’influence néfaste de la musique américaine, largement propagée par la radio de l’époque, et la chansonnette mièvre provenant de France. L’abbé Gadbois a dès lors commencé à récolter et composé des chants. Il a publié un premier recueil à l’automne 1937. Cet album a été nommé « Cahier de La Bonne Chanson ». Neuf autres cahiers et diverses compilations sont parus dans les années suivantes. Ils comprennent plus de 500 chansons. Le nom « Bonne chanson » se veut un hommage au journal de Théodore Botrel, barde breton qui avait plusieurs amis au Canada français.

En 1938, le Conseil de l'instruction publique a recommandé d’envoyer les recueils dans toutes les écoles. À la fin 1940, les chansons avaient été imprimées en près de cinq millions de copies.

La Bonne Chanson est devenue un succès presque immédiatement. Au départ, l’objectif était d’imprimer une chanson hebdomadairement et de la vendre un sou. Après quelques semaines seulement, il y avait 1800 abonnés. En 1938, le Conseil de l'instruction publique a recommandé d’envoyer les recueils dans toutes les écoles. À la fin 1940, les chansons avaient été imprimées en près de cinq millions de copies. L’Association des Amis de La Bonne Chanson a compté 180 000 membres en 1948. La Bonne Chanson a été une véritable entreprise. Plusieurs chants ont été endisqués. Il y eut en fait 68 disques 78 tours contenant chacun deux pièces. De 1939 à 1952, des postes de radio ont diffusé le « Quart d’heure de la Bonne chanson ». De grands concerts ont été organisés. Près de 10 000 personnes ont assisté à un spectacle pour les 300 ans de Montréal. Le Colisée de Québec a été rempli à trois reprises en 1943. La même année, les écoles séparées de l’Ontario adoptait aussi les chants de l’abbé Gadbois. Entre 1937 et 1955, les recueils ont été diffusés à plus de 30 millions d’exemplaires. La Bonne chanson est donc partie intégrante de la culture populaire du milieu du 20e siècle.

En 1953, Charles-Émile Gadbois a même fondé sa propre station de radio. Ses entreprises avaient cependant plusieurs dettes. En 1955, il a été forcé de tout laisser aux Frères de l’Instruction chrétienne de La Prairie qui n’ont fait que rééditer les parutions. L’abbé Gadbois est par la suite devenu vicaire et aumônier. Il est entré moine chez les Pères cisterciens, mais est tombé malade. Après sa guérison, il a vécu avec sa mère, puis sa sœur. Il est décédé en 1981. Un timbre est venu commémorer sa carrière en 1997. Une compilation est parue sur CD dans les années 2000, mais ne semble déjà plus disponible. 

Que reste-t-il de La Bonne Chanson aujourd’hui ? L’ampleur de son succès a certainement marqué l’âme des Québécois. Plusieurs chants sont des classiques du folklore. Si certaines des chansons ont mal vieillies et pourraient être considérées ringardes, d’autres gagneraient à être redécouvertes. Le répertoire de La Bonne Chanson contient de nombreux chants patriotiques que les militants d’aujourd’hui devraient se réapproprier, quitte à les moderniser un peu. On peut notamment penser à : 

• Le baiser de la langue française (chant 5)

• Ô Carillon (chant 26)

• Le doux parler ancestral (chant 38)

• Mon chapeau de paille (chant 44)

• Reviens Dollard (chant 45)

• Debout patriote (chant 50)

• Ils ne l’auront jamais (chant 103)

• La marseillaise de l’habitant (chant 126)

• Restons français (chant 130)

• Hymne à Dollard (chant 140)

• Les chants de la patrie (chant 150)

• Gloire aux aïeux (chant 251)

• Chant du tricentennaire de Montréal 

• Salut à Québec 

• Élégie acadienne (chant 276)

• Hommage à l’Acadie (chant 300)

« Ô Carillon » et « Hymne à Dollard » ont été enregistrés sur un des 78 tours de La Bonne Chanson. Ils sont maintenant disponibles sur YouTube. Le folkloriste Charles Marchand avait déjà lancé en 1924 un disque qui contenait « La marseillaise de l’habitant ». Conrad Gauthier avait fait de même pour « Mon chapeau de paille » en 1930. « Ils ne l’auront jamais » a été rédigé par Lionel Groulx. Il mériterait de reprendre sa place en tant que véritable hymne, parce qu’un foyer où l’on chante est un foyer heureux.

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