Les origines de la tolérance occidentale

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La rectitude politique est devenue omniprésente au Québec et s’est tellement normalisée que les gens censurent même leurs idées avant même de les verbaliser, question de s’adapter à cette nouvelle réalité sociale de tolérance occidentale. Il est désormais impossible de parler d’homosexualité, de minorité sexuelle ou d’immigration, à moins d’en parler favorablement. En médire mènera nécessairement à l’ostracisation sociale et peut-être même à la perte d’emploi ou à une condamnation des Tribunaux des droits de l’homme, organe paralégal qui a fait de la rectitude politique sa religion suprême. Tout le monde semble constater la perte de liberté d’expression et de pensée associée à la domination de la rectitude politique, mais très peu de gens se sont intéressés à son origine au début du XXème siècle.

Marxisme

1974285_889732077716493_2365716526224284894_oAlors que les révolutionnaires marxistes s’organisaient en Europe avant la Première Guerre mondiale, les théoriciens marxistes prédirent que la guerre entre les nations n’aurait pas lieu, car les travailleurs européens, au lieu de se battre les uns contre les autres, prendraient conscience de leur état de prolétaires et se rebelleraient contre les élites nationales plutôt que de s’entretuer. Le pronostic s’avéra faux et seule la Russie connut une révolution marxiste. Devant un constat d’échec, les théoriciens marxistes se remirent en question pour chercher à comprendre pourquoi en 1914, les ouvriers avaient préféré s’entretuer au nom de leur nationalité plutôt que de s’unir autour de bases économiques. Deux penseurs marxistes, Antonio Gramsci et George Lukacs, affirmèrent donc que la cause de cette guerre, la raison pour laquelle les travailleurs ne s’étaient pas soulevés, était la culture occidentale et plus particulièrement la religion chrétienne.

 

 

 

 

Création de l'école de Francfort

C’est suivant cette philosophie qu’en 1923 fut créé un institut marxiste en Allemagne, l’Institut de Recherche Sociale, mieux connu sous le nom d’École de Francfort, à cause de son association avec l’Université de Francfort. Au départ, cet institut dirigé par l’économiste autrichien Carl Grunberg souhait traduire en terme culturel les notions marxistes. Aussi, le nom d’Institut pour le marxisme avait été proposé, mais les gens associés à l’idée avaient réalisé que toute référence ouverte au marxisme ne serait pas à leur avantage.

Théorie de la critique

Les recherches originelles furent plutôt conventionnelles, mais l’arrivée de Max Hokheimer en 1930 vint donner un souffle nouveau à l’École de Francfort. Intéressé par les théories de Freud, Hokheimer constata que les Occidentaux ne se rebelleraient pas contre l’ordre établi principalement à cause de la culture occidentale qui les opprime. Ainsi, si on souhaitait un jour émanciper les travailleurs, il fallait appliquer une psychanalyse à la société occidentale, rééduquer les masses occidentales. Il élabora donc une théorie, la théorie de la critique (aujourd’hui encore enseignée dans certaines universités comme l’UQAM). Selon cette théorie, nul besoin de proposer un modèle de société nouveau, il suffit simplement de critiquer la société actuelle et de démontrer à quel point elle est oppressante. Toute critique est bonne; la société occidentale est une société machiste, rétrograde et raciste dont il faut s’émanciper. En littérature, cette théorie est appliquée dans de nombreux départements universitaires où une relecture des classiques occidentaux est faite pour démontrer à quel point les stéréotypes véhiculés (par exemple dans les contes pour enfants ou dans la Bible) promeuvent l’oppression. C’est cette théorie qui a récemment donné naissance aux « études féministes » dans les universités du Québec, les écoles « afro-centristes » à Toronto et les « études noires, homosexuelles et hispaniques » dans les grandes universités américaines.

Pour en revenir à l’École de Francfort, c’est également au début des années 30 que Theodore Adorno, Erich Fromm et Herbert Marcuse se joignirent à l’Institut. Fromm ajouta un volet sexuel à la théorie de la critique, intégrant le sexe comme facteur d’oppression et affirmant que le sexe n’était qu’un stéréotype, une construction sociale. Ainsi, d’après lui, pas de différence génétique expliquant les rôles et comportements différents entre les hommes et les femmes. Tout cela ne serait que le fruit de l’oppression de la société patriarcale occidentale. Fromm fut donc le précurseur de la théorie du genre, qui devient aujourd’hui de plus en plus populaire auprès de nos élites.

Adorno, de son côté, utilisa la psychanalyse pour démontrer que la système occidental menait à la répression des esprits et qu’à cause du modèle familial et sociétal, les Occidentaux cherchaient une personnalité autoritaire pour les dominer, comme ce fut le cas pour les fascistes espagnols et italiens (pour une critique des théories d’Adorno, lire Culture of Critique par K. MacDonald). En 1949, il alla même plus loin dans « The Philosophy of Modern Music », affirmant que la beauté devait être combattue dans les domaines artistiques pour laisser place à ce qui dérange et bouleverse, puisque la beauté de l’art rendait plus supportable le système capitaliste. Ses théories permettent donc de comprendre le pourquoi de nombreuses œuvres modernes dont regorgent nos musées.

L’arrivée des Nazis au pouvoir en 1933 chamboula les plans de l’École de Francfort, qui dût déménager aux Etats-Unis après un court passage à Genève. L’Institut s’installa alors à New York et s’affilia à l’Université de Colombia. Leur arrivée aux Etats-Unis les inspira et ils décidèrent de s’intéresser davantage à la société américaine en y appliquant la théorie de la critique. C’est à cette époque que les travaux de l’Institut se transformèrent radicalement en critique de la société occidentale plutôt qu’en critique du système capitaliste. Quelques années après la guerre, Adorno et Hokheimer retournèrent à Francfort, mais les autres restèrent aux Etats-Unis et élaborèrent les idées qui évoluèrent en Nouvelle Gauche.

Toujours aux Etats-Unis, Herbert Marcuse écrit un livre, « Eros et civilisation », dans lequel il expliqua que l’ordre capitaliste réprimait les pulsions, notamment les pulsions sexuelles. Pour s’émanciper, il fallait donc briser les chaînes de l’oppression occidentale et se libérer sexuellement. Exit la famille traditionnelle. De façon anecdotique, c’est Marcuse qui inventa le slogan aujourd’hui bien célèbre : « Faites l’amour et non la guerre. » Pour s’émanciper, Marcuse expliqua que tout ce qui permettrait l’émancipation et la libération (bref, tout ce qui était contre la culture occidentale) devait être toléré, mais tout le reste devait être réprimé. C’est donc lui qui jeta les bases de la rectitude politique comme on la connaît. Tout ce qui est supporte la société traditionnelle occidentale est aujourd’hui réprimé par la rectitude politique, alors que ce qui va à son encontre – féminisme radical, homosexualité, libération sexuelle, immigration massive, multiculturalisme, etc. – est encensé.

En fait, Marcuse réalisa que les masses occidentales ne seraient jamais des adeptes du marxisme et c’est la raison pour laquelle celui-ci se tourna vers les minorités marginalisées et « opprimées » pour en faire les fers de lance du marxisme culturel. Démontrant la coupure entre le marxisme qu’il représente et le marxisme ouvrier, Marcuse déclara : « Moi, en tout cas, je préférerais, si c’est là le choix, la dictature des intellectuels, s’il n’y a pas l’alternative d’une véritable démocratie libre. Il est nécessaire, pour une société civilisée, que des gens éduqués aient des prérogatives politiques pour combattre les sentiments, les attitudes et les concepts des masses non-éduquées. » S’appuyant sur les concepts élaborés par les autres penseurs de l’École de Francfort, Marcuse voulut donc savoir comment transformer et rééduquer ces masses qui tournent le dos au marxisme et pour cela, il fallait l’émergence d’un homme nouveau, « libéré de tout préjugé. » Il élabora donc la théorie de la « tolérance répressive », terme synonyme de rectitude politique, pour expliquer qu’il fallait être intolérant de tout ce qui était intolérant. Etait donc née officiellement l’idéologie qui dominerait un jour le monde occidental.

Du pareil au même

Au Québec, la rectitude politique fut ironiquement véhiculée et promue par des groupes anticléricaux, voire antichrétiens. Ces adeptes du politiquement correct et de la libération du peuple ne voient pas qu’entre le modèle clérical « très oppressif » et le modèle libéral actuel « très ouvert », absolument rien n’a changé, sauf ceux qui dictent ce qui est moral de dire, penser et même lire. On reproche aux prêtres des années 40 et 50 d’avoir mis certains livres à l’index, banni certains discours et ostracisés ceux qui luttaient contre l’Église. Force est d’admettre qu’aujourd’hui, certains livres sont bannis au Canada, certains discours sont illégaux et certains mots sont mêmes tabous, et ceux qui luttent pour les enseignements traditionnels de l’Église sont ostracisés. Prenons par exemple l’homosexualité. Il est vrai que dans les années 50, un politicien n’aurait pu se déclarer homosexuel. Aujourd’hui, on se félicite du grand pas franchi en terme de liberté. Pourtant, un politicien ne pourrait se déclarer contre les lobbies homosexuels. La libéralisation des années 60 et l’anticléricalisme n’ont donc pas donné au peuple plus de droits, mais n’a fait que les redéfinir.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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