Le Québec bientôt unilingue?

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100832_340Le Québec bientôt unilingue est le quatrième et dernier livre politique écrit par Raymond Barbeau. Ses ouvrages subséquents ne traiteront plus que de naturopathie, branche dans laquelle ce pionnier de l’indépendance québécoise s’engage après avoir délaissé la chose publique.

Après s’être intéressé à l’avenir politique et économique du Québec dans ses ouvrages précédents, Barbeau s’intéresse ici à la langue et dresse un réquisitoire pour un État unilingue français. Au moment d’écrire cet ouvrage, le Québec est la seule province bilingue, les autres étant unilingues anglaises. Depuis, évidemment, le Québec est devenu unilingue français et le Nouveau-Brunswick est désormais la seule province bilingue canadienne, ce qui va dans la logique de ce livre, dont plusieurs demandes ont été réalisées.

Selon l’auteur, la langue serait le marqueur premier de l’identité, passant devant l’ethnie, la culture et la foi. Il ne nie pourtant pas ces autres marqueurs comme les néonationalistes le feront après lui, affirmant que le Québec n’est qu’une histoire de langue.

Professeur de français en plus de politicien, Raymond Barbeau réclame des mesures législatives (comme la loi 101 et la création de l’Office de la langue française) pour protéger le français qui recule tant dans le reste du Canada qu’au Québec. Il le note, ce n’est pas une explosion démographique des communautés anglophones historiques qui explique ce recul; c’est avant tout l’immigration.
Même chez les francophones l’usage du français recule, notamment en raison de l’emploi d’anglicismes, voire de termes anglais et d’une syntaxe qui n’a rien de française. D’ailleurs que ce soit à l’armée ou dans les industries montréalaises, nombre de Québécois doivent parler en anglais sur leur lieu de travail, le français n’étant alors parlé qu’après la journée terminée. 

Le bilinguisme à la canadienne n’est qu’une fraude monumentale. De un, cela laisse supposer qu’il n’y a que la langue qui sépare les Canadiens-français des Anglo-Saxons, alors que c’est faux; il n’y a aucune culture commune à l’ensemble du pays. De plus, le bilinguisme mène surtout à l’assimilation des communautés francophones hors-Québec, l’exemple des Acadiens est particulièrement révélateur. Le Québec est en fait le seul endroit où le bilinguisme est imposé, le reste du pays est unilingue. Ici, les droits des minorités anglaises sont respectés. Dans le reste du pays, les francophones doivent se débrouiller en anglais pour obtenir les services auxquels ils ont droit, notamment la justice et l’éducation.

Si ce constat et ces demandes sont parfaitement justifiés, Barbeau demande aussi que cesse l’enseignement d’une langue seconde à l’école, ce qui nuirait au développement cognitif des jeunes Québécois. Si l’enseignement du français peut être bonifié pour en arriver à une meilleure maîtrise de notre langue, il ne faut certes pas abandonner l’étude d’une langue seconde qui ouvre de nombreuses possibilités aux Québécois.

Depuis cette époque, le Québec a drôlement avancé et même s’il n’est pas devenu indépendant, une condition que Barbeau posait pour pouvoir se déclarer unilingue, notre province est devenue officiellement française. La résistance linguistique reste un élément important de notre lutte, mais sur ce tableau, de nombreuses victoires ont déjà été remportées.

FQS
Pour la reconquête de notre peuple 

BARBEAU, Raymond. (1965) Le Québec bientôt unilingue? Les Éditions de l’homme. 157 p.

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