Le Québec est-il une colonie ? Raymond Barbeau (1962)

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Si les Québécois comprenaient la position du Québec au sein de la Confédération, ils se sépareraient. C’est du moins le postulat de Raymond Barbeau qui dresse avec une multitude de chiffres un portrait réaliste de la situation réelle du Québec au sein du Canada. 

Tout d’abord, il faut se rappeler qu’à l’origine, la Confédération n’était pas une projet unanime au Bas-Canada, la moitié des députés canadiens-français s’y opposant. En fait, on s’en rend compte aujourd’hui: nous sommes loin de l’entente binationale présentée en 1867, nous sommes plutôt une colonie annexée au Canada. Cet état de servitude, le lion anglais sur notre emblème et notre sceau, ainsi que l’annexion unilatérale du Labrador à Terre-Neuve nous le rappellent. 

Selon Barbeau, le Québec pourrait être considéré comme une simple administration municipale. Le gouvernement canadien a le pouvoir de désavouer une loi passée par notre législature, droit dont elle a usé plus d’une centaine de fois et qui est maintenant exercé par la Cour suprême du Canada. Celle-ci a d’ailleurs renversé les lois québécoises contre la propagande anti-communiste, pour le respect des fêtes religieuses et contre la littérature obscène. 

Mieux, même le partage des champs de compétence prévu par la Confédération est violé impunément par Ottawa qui ne respecte pas les champs des provinces. On peut penser notamment à la taxation directe qui relève des provinces et non du fédéral. Aussi, se surprend-on en 2015 d’entendre la libérale Lucienne Robillard « découvrir » que le fédéral et le provincial font ce travail en double, et que le gouvernement du Québec devrait abandonner ce champs au fédéral, bien que l’impôt soit du ressort des provinces ?

En fait, non seulement Ottawa empiète-il dans nos domaines, mais les lois fédérales ont toujours préséance sur les législations provinciales. 

Nous sommes donc loin de la confédération présentée à l’origine et de plus en plus, le Canada devient un État unitaire centralisé. Cette volonté de centralisation est palpable dans le domaine économique, culturel, linguistique et politique.

Il n’y a pas que nos droits politiques provinciaux qui soient malmenés par les politiques d’Ottawa. Notre existence en tant que peuple est menacée par l’anglicisation, les chiffres concernant le recul démographique des Canadiens-français, tant au Québec que dans le reste du pays, le prouvant clairement. 

Premièrement, l’anglicisation est un fait, tant ici que dans les autres provinces. Au moment de l'écriture de ce réquisitoire, le bilinguisme est exigé des francophones s’ils veulent obtenir un poste dans la fonction publique, ce qui n’est pas une exigence pour les anglophones. Barbeau dénonce aussi l’utilisation de manuels anglais dans les universités francophones, les nombreux appels d’offre qui doivent être réalisés dans la langue de Shakespeare, etc. Il note aussi que les Canadiens-français sont sous-représentés dans les postes de direction, les emplois les mieux rémunérés et dans les rangs des officiers de l’armée. 

C’est au niveau démographique que le danger est le plus imminent et là-dessus, Raymond Barbeau est visionnaire. Déjà il se plaint d’une baisse de la natalité (2.9 enfants par femme à l’époque, ce qui est nettement plus haut qu’aujourd’hui) et explique que cette faible natalité, combinée avec une immigration souhaitée par Ottawa, fait que les Canadiens-français reculent au pays. Il prophétise notamment qu’à Montréal, nous risquons de devenir une minorité. 

Il fustige la politique d’immigration canadienne dans des termes on ne peut plus clair : « Sa politique d’immigration n’a pas d’autre but que de noyer la population française et elle a réussi à réduire la proportion de Canadiens-français au Canada et même au Québec. » Il remarque que nombreux sont les Québécois forcés d’émigrer vers les Etats-Unis pour se trouver un emploi et que parallèlement, Ottawa fait entrer des millions d’immigrants. Rappelons qu’au moment de la rédaction de ce livre, bien qu’une minorité des immigrants venait de France (moins de 10%), la presque totalité est tout de même d'Europe.

La survie de notre peuple est donc menacée au sein de la Confédération et s'il doit survivre, il se doit de s’émanciper d’Ottawa et surtout de ne pas continuer dans la voie tracée par ceux qui veulent nous assimiler. Malheureusement, ceux qui portent aujourd’hui le projet d’indépendance souhaitent s’émanciper d’Ottawa pour reproduire le même modèle. 

 

BARBEAU, Raymond. (1962) Le Québec est-il une colonie ? Les éditions de l’homme. 158 p.

 


 

Voir aussi: BARBEAU, Raymond. (1961) J’ai choisi l’indépendance. Les éditions de l’homme. 127 p.

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