Québec: Les policiers doivent être ouverts à la diversité

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É. Richard et M.-C. Pacaud.
Le Devoir, 23/3/2010

Bientôt des interrogatoires serrés avant non seulement l'embauche, mais avant même l'admission des aspirants policiers à l'école ? Y aura-t-il bientôt un « Comité des comportements inattendus » dans les cégeps où se donne la formation en techniques policières ?

Une brève nouvelle publiée dans Le Devoir le 17 mars dernier nous apprenait que le «Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) entend miser sur la formation de son personnel à la diversité culturelle de la métropole pour se rapprocher de ses citoyens» et qu'il est «impératif que les policiers puissent renforcer leurs compétences devant cette diversité».

Bien que l'on ne puisse être contre la vertu de la formation continue, il nous semble que les difficultés éprouvées par certains policiers quant à la diversité culturelle et le «problème» de leurs compétences à travailler dans des contextes socioculturels diversifiés ne peuvent pas se résoudre par quelques heures de formation annuellement. Pour que des policiers soient capables de servir la population dans des contextes divers sur les plans ethnoculturels, linguistiques, socioéconomiques, religieux, etc., et les amener à se rapprocher des citoyens, ils doivent être ouverts à la diversité.

Et ça, c'est une question d'attitude; c'est-à-dire une façon favorable ou défavorable d'être par rapport à quelque chose ou à quelqu'un. L'attitude prédispose à l'action et elle est parfois révélatrice des tendances comportementales futures d'une personne. Elle peut donc, dans certaines conditions, nous informer du comportement futur d'un individu. Bien que les attitudes d'une personne puissent être apprises et se développer au cours d'une vie, elles sont toutefois reconnues comme plutôt stables et conséquemment difficiles à modifier. Alors, si l'on veut «renforcer des compétences» en matière d'intervention dans des contextes sociaux diversifiés, l'idéal est que l'attitude positive soit présente chez un policier avant son embauche et avant même sa sélection pour la formation en techniques policières.

Ouverture

Nous terminons une recherche menée auprès de 1835 étudiants en techniques policières. Cette recherche avait pour but, entre autres choses, de mesurer l'attitude d'ouverture à la diversité des étudiants et de voir l'influence de cette attitude sur leur perception de la police communautaire et du rapprochement avec la population. Les résultats sont sans équivoque: plus les étudiants en techniques policières ont une attitude favorable à l'ouverture à la diversité, plus ils ont une perception juste de la police communautaire.

De plus, nous observons que le fait d'être un garçon ou une fille, le fait d'être en première, deuxième ou troisième année de formation, le fait d'être plus jeune ou plus vieux n'ont que très peu d'influence sur les perceptions des étudiants. Hors de tout doute, les résultats montrent que ce qui est important d'abord et avant tout, c'est l'attitude favorable relativement à la diversité.

Processus de sélection

D'aucuns demanderont ce que font des étudiants qui ne sont pas ouverts à la diversité dans un programme de techniques policières. Nous répondrons que la sélection des étudiants ne se fait pas sur des critères aussi précis et que le milieu collégial ne possédait pas jusqu'à présent d'outils spécifiques et adaptés à l'évaluation des attitudes des aspirants policiers. Pour l'heure, les principaux critères de sélection sont la qualité du dossier scolaire (les notes) et la performance à des tests physiques.

Quelques établissements d'enseignement vont avoir recours à des tests d'intérêt ou de personnalité ainsi qu'à un processus d'entrevue, mais rien qui permette de mesurer rigoureusement les attitudes des étudiants. Pourtant, les attitudes sont pour nous d'une importance capitale. À titre d'exemple, et sans dénigrer l'importance de la bonne forme physique des policiers, il est extrêmement rare que la condition physique des policiers fasse la manchette de l'actualité québécoise ou qu'elle mène à des commissions d'enquête. Alors que la question des attitudes des policiers est généralement au coeur des critiques effectuées lorsqu'une intervention policière «tourne mal».

Problème à la base

Bien entendu, il est essentiel qu'un policier soit en bonne condition physique et mentale pour supporter les exigences du travail: horaires variables, travail sous pression, équipement de travail imposant à porter quotidiennement, etc. Mais pourquoi accorder tant d'importance à la forme physique lors de la sélection des recrues? Pourquoi accorder tant d'importance au dossier scolaire? La réponse: ce sont des aspects facilement mesurables et quantifiables pour sélectionner les étudiants, et ils sont une certaine garantie de la capacité d'apprentissage des étudiants dans un programme d'études où les demandes d'admission dépassent largement les places disponibles. Bien entendu, certains défendent l'utilisation de ces critères arguant que rien ne démontre qu'ils ne sont pas valables. C'est vrai, mais l'évaluation d'une telle procédure a-t-elle déjà été tentée? Soulignons également qu'évaluer et mesurer les attitudes d'un jeune de 17 ans est difficile et exige davantage de ressources…

Pour nous, il faut prendre le problème à la base et sélectionner les meilleurs étudiants possible puisqu'ils sont destinés à effectuer un métier éminemment complexe, loin d'être anodin et qui exige des attitudes particulières. Nous terminons avec les propos de Maurice Chalom (qui a travaillé plusieurs années au SPVM) tenus dans le documentaire Zéro tolérance de Michka Saäl, et qui sont tout à fait d'actualité:

«On oublie trop souvent qu'un policier ou une policière qui porte l'uniforme, au plan symbolique, représente la société et les valeurs de la société. Tolérer des policiers ayant des comportements, des propos ou des convictions racistes laisserait entendre que nous sommes une société qui tolère et accepte des comportements et des propos racistes. […] Au contraire, les policiers, puisqu'ils représentent une société, devraient justement incarner tous les jours les principes d'une société démocratique. Donc, justement c'est la crème de la crème qu'on doit rechercher et non pas l'inverse. Sinon, on fait du nivellement par le bas et ça, c'est totalement inconcevable.»

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Éric Richard et Marie-Christine Pacaud – Respectivement anthropologue et psychologue, et tous deux enseignants et chercheurs en techniques policières au Campus Notre-Dame-de-Foy

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