Saguenay: Des syndicats pour les intérêts nationaux et la doctrine chrétienne

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Une époque qui nous semble bien lointaine lorsque l'on regarde nos différents syndicats promouvoir le marxisme culturel et les progressistes s'approprier le syndicalisme. Michel Rioux nous fait une belle surprise dans l'édition du mois d'octobre du magazine syndical "Perspectives CSN". Il nous dresse un petit portrait historique du syndicalisme régional, un éphémère retour aux sources pour la classe ouvrière saguenéenne..

Voici donc le texte de monsieur Rioux:

Il y a 70 ans au Saguenay-Lac-Saint-Jean: «On veut des syndicats catholiques et français!»

La chose peut avoir l’air quelque peu surréaliste au moment où l’on discute des valeurs québécoises, mais ce cri du cœur des ouvriers du papier du Saguenay-Lac-Saint-Jean, entendu au printemps de 1943, ne traduisait pas autre chose qu’une réaction viscérale contre une forme d’oppression et de mépris: une compagnie anglaise, Price brothers, voulait imposer à des travailleurs canadiens-français des syndicats américains, qui ne parlaient pas leur langue et qui avaient la même religion que leur boss. la réplique fut celle de toute une région. et cette résistance devait conduire, un an plus tard, à l’adoption de ce qui est considéré comme le premier code du travail québécois, la loi des relations ouvrières.

En mars 1943, en pleine guerre, trois syndicats déposaient une requête dont l’objectif consistait à faire résilier les conventions collectives signées avec des syndicats américains, les seuls que la compagnie Price acceptait de reconnaître. Cette entreprise anglaise refusait obstinément d’admettre dans ses usines les syndicats catholiques, pourtant fortement majoritaires tant à Riverbend, à Jonquière qu’à Kénogami.

La requête fut déposée chez un notaire, aucune loi du travail n’étant alors en vigueur. Les signatures en faveur des syndicats catholiques étaient éloquentes  : Riverbend  : 235 sur 380, Jonquière  : 124 sur 192, Kénogami  : 480 sur 720, Dolbeau  : 264 sur 278 ouvriers. Refusant de payer les cotisations à l’union américaine, sept travailleurs furent l’objet d’une suspension. Le 6 avril, à Riverbend, les ouvriers quittaient le travail. Le lendemain, une grève dite illégale éclatait à Kénogami et à Jonquière. À partir de ce moment, une formidable solidarité régionale devait se développer. Gens d’afaires, syndicats, associations, clergé, c’est la population tout entière qui s’est retrouvée derrière ces ouvriers qui se battaient pour choisir leur syndicat.

La région était en ébullition. Une semaine plus tard, le premier ministre Adélard Godbout lançait un ultimatum à la compagnie Price  : « Cette Chambre est souveraine. Elle ne permettra pas qu’on afame une partie de la population du Québec  ! »

Une commission d’enquête fut créée, présidée par le juge Alfred Prévost. Déposé quatre mois plus tard, en août, le rapport ordonnait que soit tenu un vote d’allégeance syndicale. Ce vote se tint le 10 septembre. 
Assurées de perdre ce vote, les unions américaines appelèrent au boycottage. Ce fut peine perdue. Les syndicats catholiques sortirent grands gagnants de ces scrutins.

Dans un article du journal de la CTCC, Le Travail, on avait bien sûr applaudi à cette victoire. «  Jonquière, Kénogami et Riverbend, ces noms seront désormais glorieux dans l’histoire du syndicalisme, basé sur le bon sens, les intérêts nationaux et guidé par le principe de la doctrine sociale chrétienne. »

C’est au moment de l’adoption de la Loi des relations ouvrières, quelques mois plus tard, que le résultat de ces votes se traduisit en accréditation syndicale. 

 


Extrait de Perspectives CSN d'octobre 2013

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