Saint-Apollinaire, le point final

0

C’est un fait assez rare que d’entendre le Premier ministre canadien, le Premier ministre québécois, le maire de la Capitale-Nationale et l’archevêque s’exprimer en même temps pour dire exactement la même chose et ce, sans même s’être consultés préalablement. Il fallait que l’heure soit grave et que les enjeux soient limpides pour qu’ils atteignent une telle symbiose intellectuelle. Il s’agit bien évidemment ici du cas de Saint-Apollinaire, devenu un nouvel Hérouxville, suite à un vote référendaire contre un dézonage qui aurait permis la création d’un cimetière musulman. La démocratie s’exprima par les voix de 19 résidents contre le changement de zonage et par 16 en sa faveur.

C’est justement cette démocratie que dénoncèrent d’une seule voix nos quatre bien-pensants Trudeau, Couillard, Labeaume et le cardinal Lacroix. La démocratie n'est seulement légitime que si elle donne les bons résultats: le multiculturalisme et les revendications des minorités. Pour un petit rappel, le Brexit fut considéré comme antidémocratique, tout comme le premier tour des présidentielles françaises et l’élection de Trump. Par contre, le second tour des présidentielles françaises qui permit l’accession de Macron, l’homme de la haute finance, fut quant à lui un exemple parfait de démocratie. Il y a le bon vote et le mauvais vote.

Cette façon d'exercer la démocratie de la part d’élus est pour le moins paradoxale ! Trudeau, Couillard et Labeaume ne basent-ils pas leur légitimité sur le fait qu’ils ont été choisis par les urnes ? Et d’ailleurs, s’ils contestent la légitimité d’un tel vote qui serait non-représentatif, peuvent-ils se targuer d’avoir eu une majorité claire des voix comme le camp du non qui a obtenu plus de 50% du suffrage ? Couillard et Trudeau n’ont pas atteint ce niveau de légitimité. En s’attaquant au résultat, ils sapent les fondations mêmes de leur pouvoir !

Et il faut garder à l’esprit qu’il n’y a rien de plus démocratique qu’un référendum où les citoyens s’expriment sur un sujet spécifique avec une question simple. On sait véritablement ce que les gens veulent alors qu’avec le parlementarisme, les gens votent pour de multiples raisons, parfois franchement ridicules, pour un représentant qui agira à sa guise, parfois contre la volonté de ses électeurs, jusqu’au prochain scrutin. La démocratie directe, avec les référendums, reste le système le plus démocratique qui soit.

Question de brouiller encore plus les esprits, le même consort de bien-pensants dénonça l’implication de la Meute dans le scrutin. Faut-il rappeler que plusieurs Apollinairois font partie de la Meute et plusieurs comptent parmi les supporteurs de la Fédération des Québécois de souche ? N'ont-elles pas droit de participer à l’exercice démocratique ? Qu’en est-il de la liberté d’association ? Mieux, le CCIQ, qui était le promoteur du projet et du camp du « oui », ne semble pas implanté à Saint-Apollinaire et ne semble y avoir aucun membre. Ça, personne ne l’a décrié.

Cette accusation d’ingérence, qui est en fait une remise en cause du droit de s’associer, est des plus hypocrites venant du Premier ministre canadien qui, d’après Élections Canada, doit en partie son élection à l’action d’ONG américaines ayant agi en illégalité au Canada, à l’encontre de nos lois électorales. Dans le cas de Saint-Apollinaire, aucune accusation de ce genre ne peut être retenue. Les Apollinairois se sont impliqués dans le dossier en tant que citoyens, mais leurs opinions sont jugées irrecevables par le pouvoir politique et médiatique.

Certains dénoncent aussi le fait que seule une quarantaine de citoyens aient eu à se prononcer. C’est ici une procédure standard lors d’un dézonage. Il n’y a que les résidents avoisinants qui peuvent se prononcer, car c’est eux qui seront directement touchés. Si Wal-Mart veut ouvrir un magasin dans un quartier résidentiel de Québec, à Sillery par exemple, il va de soi que ce sont les résidents du coin et non ceux de Beauport qui puissent voter. Ce sont eux qui vivront les désagréments de la chose.

Pour avoir été présent sur les lieux avec un autre militant la veille et le jour du scrutin, la population semblait unanime à dénoncer le projet, hormis ceux qui n’étaient même pas au courant de la controverse. Il s’agit de fiction de penser qu’un vote à grande échelle aurait eu un résultat différent. En poussant cette logique des bien-pensants plus loin, exigera-t-on que les Ontariens et Néo-Brunswickois votent lors d’un éventuel référendum sur l’indépendance du Québec ? Pourquoi pas les gens du Maine et de Vermont ?

Mais tout ça ne concerne que les dénonciations portant sur la démocratie adressées par nos grands démocrates. Qu’en est-il du projet de cimetière comme tel ?

Alexandre Cormier-Denis le soulignait bien dans un article mis en ligne sur Vigile : « Il existe des sections pour enterrer les musulmans dans des cimetières proches de Québec. La volonté d’avoir un cimetière spécifiquement islamique relève de la mentalité ségrégationniste d’intégristes musulmans ne voulant pas être enterrés avec des "infidèles". » Ils avaient d’ailleurs fermé la porte à un projet de cimetière multiconfessionnel. Le multiculturalisme et le vivre-ensemble ne s’appliquent pas à eux. Si les Apollinairois ne veulent pas des morts musulmans, c’est du racisme, si les musulmans ne veulent pas des morts non-musulmans, c’est un souhait légitime. Le double standard est dur à rater, même pour les plus aveugles de la gauche inclusive.

Le président d’Horizon Québec Actuel en rajoute une couche stipulant que « l’association qui a fait la demande de changer le zonage en vue de faire un cimetière exclusivement musulman est proche des réseaux islamistes », notamment les Frères Musulmans. 

Que les salafistes soient considérés comme un groupe légitime au Canada est en soit un scandale. Les grands démocrates appuient les revendications d’un groupe islamiste radical qui honnissent cette même démocratie est une autre des multiples contradictions dans ce dossier.

La palme de l’hypocrisie revient par contre au cardinal Lacroix qui se mouilla dans ce dossier, appelant à plus de tolérance et faisant du cimetière un dossier personnel, alors qu’il restait coi quant au vandalisme que subissait en même temps un cimetière catholique de l’Outaouais. Le cimetière Saint-Grégoire-de-Nazianze, situé à Buckingham, fut vandalisé pour la seconde fois la même fin de semaine que le vote de Saint-Apollinaire. Il s’agit ici d’un acte réel visant les catholiques. Pourquoi un prélat de l’Église défend-t-il un cimetière musulman inexistant, alors qu’il refuse de défendre un cimetière catholique bien réel victime d’abus, eux-aussi bien réels ?

Partager.

Donnez votre avis

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.