The Moral Landscape de Sam Harris: un compte-rendu critique

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The Moral Landscrape : How Science Can Determine Human Values. La photo de l'auteur Sam Harris apparaissait sur le tableau d'honneur du Youtubeur québécois Gab Masson et c'est ainsi que nous avons fait sa connaissance. Une recherche sur la même plateforme de partage vidéo suggère la grande popularité de ce neuroscientifique philosophe.

Monsieur Harris serait-il en train de devenir une nouvelle coqueluche chez nos chers lettrés?

Cela serait de mauvais augure. Nous avons lu son ouvrage The Moral Landscape (TML) et avons pu constater qu'il ne s'agit que d'un autre appel à ce globalisme destructeur d'identités, source de chaos et de souffrances, pensé sur mesure pour séduire la caste éduquée, libérale, athéiste, urbaine et cosmopolite, et qui se méprend sur la nature du monde et de sa finalité. Nous nous proposons d'exposer ce projet, d'en montrer les mécanismes et ses conséquences et de démontrer son erreur.

TML suit la veine positiviste, malgré le caractère manifestement néfaste de cette philosophie sur la société depuis son introduction par Auguste Comte. Pour les positivistes, la science doit informer la morale et suppléer ainsi l'humanité par un système de valeur objectif, rationnel et donc incontestable, elle abolira les systèmes religieux, aidée par la force si nécessaire.

Il écrit:


« Il semble inévitable, par ailleurs, que la science va graduellement englober les questions les plus profondes de la vie -et cela provoquera un contrecoup. Comment nous réagirons à cette collision entre visions du monde va influencer le progrès de la science, bien-sûre, mais cela déterminera aussi si nous réussissons ou non à bâtir une civilisation globale basée sur des valeurs communes. »

C'est l'effacement des religions à l'échelle du monde. Imaginons le chantier.

Son envergure évoque Karl Marx, mais à ce dernier aussi, nous reconnaîtrons la similitude d'un procédé chez Sam Harris: l'utilisation d'une notion universelle et niveleuse. Chez l'homme du 19ème siècle, devenu demi-dieu au 20ème, c'était l'économie, seule réalité dictant l'histoire et les rapports sociaux. Furent ainsi nivelées les hiérarchies humaines appelées classes sociales en rapportant tout aux relations économiques. Chez Sam Harris ce sera le bien-être personnel, le contentement mesurable par scanner au niveau du cerveau comme étant le bien recherché et devant guider les sociétés. 

Il affirme:

«Seul une compréhension scientifique des possibilités du bien-être humain peut nous guider.»

Il pose les concepts de la bonne vie ("good life"), illustration du bien-être, et de la mauvaise vie ("bad life"). Pour illustrer cette dernière, l'auteur nous sert le sort fictif, mais vraisemblable puisque relaté tant de fois presque littéralement dans les émissions d'information, d'une innocente victime au milieu d'une guerre civile, vraisemblablement dans un pays du Tiers Monde, dont la sauvagerie est la plus extrême. La bonne vie nous reporte aussi dans l'univers des médias, puisqu'elle se calque sur la bonne pensée libérale. L'auteur évoque la vie aisée d'un couple éduqué urbain cosmopolite qui fait dans l'humanitaire. Cela baigne dans cette culture globaliste de bon-aloi, très Plateau Mont-Royal. La bonne vie aime l'aisance matérielle.

À celle-ci, s'ajoute le bien-être psychique et le confort moral, ressenti au cerveau. La connaissance du cerveau par la neuroscience va informer ce qui mène au bien-être et ce qui doit être recherché et par là, la science informe la moralité. Le bien est donc le bien-être de créatures conscientes dans une perspective individualiste. L'imagerie par scanner montre que les valeurs sont appréciées par les mêmes régions du cerveau que les vérités scientifiques. Aussi, la distinction classique entre valeurs et science ne serait plus fondée.

Harris écrit:

«Cette découverte de la dissociation du contenu, met à l'épreuve la distinction entre faits et valeurs de façon directe: car si, du point de vue du cerveau, croire que "le Soleil est une étoile" est considérablement similaire à la croyance "la cruauté est mal", comment pouvons-nous dire que le jugement scientifique et éthique n'ont rien en commun.»

Il fut observé dans le domaine cognitif que la science fait reculer les croyances religieuses. Comme les religions concernent aussi les valeurs et ont pour but, malgré tout, le bonheur de ses membres, le scientifique va les remplacer de façon globale et universelle comme système de moralité. Harris explique comment nous avons une connaissance intuitive des lois de la physique, mais que seuls les physiciens les comprennent vraiment. Nous sommes dans l'erreur pour l'essentiel à leur sujet. De la même manière, les Talibans veulent aussi le mieux-être des leurs, ils sont simplement ignorants.

Il va de soi que nous cherchons tous à avoir une meilleure vie. Chez Harris, ce n'est plus chacun son destin, que ce soit au point de vu individuel ou des peuples. Le gène altruiste existe, nous avons besoin de voir aussi autrui heureux. La coopération est essentielle au bienêtre et c'est à une égalisation des destins, qui rappelle la société sans classe de Karl Marx, que nous convie TML et son appel à une civilisation globale.

L'exposé de la mauvaise vie, d'une cruauté poussée à la limite, écarte le relativisme moral dominant en cette ère moderne faite d'un athéisme représenté par beaucoup d'intellectuels d'aujourd'hui. La tendance récente aura certainement été de respecter les croyances et traditions étrangères aux nôtres, occidentaux, au nom de la tolérance et de la diversité. Il est en effet certain que les pires cruautés des guerres civiles supportent peu l'idée que l'on se fait du bien et une notion de la moralité devrait donc être universelle, du moins selon Sam Harris.

Il y a ici un mécanisme, un enchaînement de leviers, menant toujours finalement à l'effacement des frontières et des identités. Dans un premier temps, au 20ème siècle, l'école d'anthropologie de Franz Boas s'est imposée, prétendant qu'au départ nous sommes tous biologiquement pareils, les différences n'étant que culturelles. Les ouvrages de ses disciples, comme Margareth Mead, tendaient à présenter les sociétés primitives comme des paradis idylliques de pacifisme et d'entraide que l'intervention de l'Occident venait souiller et vouer à l'exploitation. Cette pensée fut si déterminante qu'elle a imposé cette culpabilité à l'Homme blanc que nous connaissons si bien. Par l'effet de notre honte, de notre perte d'estime, combinées à d'autres facteurs bien entendu, les politiques de frontières ouvertes ont été adoptées, sensées nous racheter, par une étrange logique.

Maintenant, nous voilà avec des sociétés dites de diversité et de multiculturalisme. Des sociétés chaotiques, de confrontations, d'oppositions ethniques, où la question du terrorisme peut être agitée. À l'échelle du monde en effet, le globalisme fait mal et les réactions de certains groupes sont vives. Et c'est là, dans un deuxième temps, où la philosophie de TML vient continuer de briser et de mastiquer les identités. Du respect des différences culturelles, nous repassons à leur nivellement. Mis en présence les uns les autres sous le discours de la tolérance, une nouvelle philosophie d'assimilation des groupes ethniques voit le jour et veut la disparition de ces différences culturelles, religieuses en particulier.

«Dans les faits, les différences d'opinion sur les questions morales révèlent le caractère partiel de notre connaissance; elles ne nous obligent pas à respecter la diversité des points-de-vues indéfiniment.»

Il y a une ambition totalitaire et monopolistique dans le projet M. Harris.

Tout comme le marxisme engendra des chaos quasi-apocalyptiques pour les sociétés révolutionnées, l'application du programme de TML garantit de lancer les peuples dans des marches forcées vers l'Utopie, sur des chemins jonchés de morts, avec dans l'âme le chagrin de la patrie et de son identité perdue.

Par le nivellement des identités, Harris en appel au nivellement des destins et donc des ressources. L'entraide à l'échelle globale consistera en un immense transfert d'énergie, allant des producteurs vers des bénéficiaires. Nous pouvons dire que ces bénéficiaires ont pour principale caractéristique d'avoir échoué dans l'élaboration de leur civilisation voir même, dans la lutte pour la survie.

Chaque individu a un ego et chaque peuple aussi. L'ego est un élément essentiel dans la structure du comportement, l'effacement du religieux et la création de "valeurs communes" est l'effacement de l'égo et de la distinction. La perte de l'égo mène naturellement au transfert de ressource et cela est vraisemblablement l'enjeu. Identité veut dire énergie accumulée, la perte d'identité veut dire vol d'énergie.

Le biais politique observé chez Sam Harris favorise toujours la culture politique souvent observée chez les déracinés urbains et cosmopolites. L'athéisme bien-sûre, mais aussi l'interventionnisme humanitaire et même assimilationniste, non sans rappeler aussi l'attitude des néoconservateurs. L'Occident, déracialisé et scientifique, qui reprend de sa suprématie, n'évoque-t-il pas l'exceptionnalité américaine qui justifiait les guerres pour «imposer la démocratie». Ici, il faut imposer le scientisme.

Ces conséquences en elles-mêmes seraient suffisantes pour nous détourner de ce projet. Mais cette "philosophie" découle de plus, d'une méprise sur la nature du monde.

L'erreur, avant celle de Sam Harris, fut celle de Boaz et de son école. Les peuples ne sont pas similaires en tout point sur le plan biologique. Chacun transmet un caractère et par leur vie commune sur des générations, ils en sont venus à former un pool génétique, avec des potentialités propres. La solidarité des individus entre eux issus d'une même population, est compatible avec la psychologie évolutive en biologie, à savoir que cette moralité au double standard intra-groupe et exo-groupe, ne peut pas ne pas exister. Seuls les groupes les mieux pourvus de cette mentalité ami-ennemi ont pu durer et se perpétuer. Notons d'ailleurs que les populations les plus vulnérables aux discours culpabilisateurs des antiracistes, seront toujours les peuples les moins enclins au racisme.

L'humanité a fonctionné selon ce système, par une reconnaissance mutuelle des nations. L'époque moderne et son universalisme, produit de 1789, vint nier la filiation et l'appartenance. Comment la dépossession des Indiens d'Amérique pourrait-elle être reconnue si l'appartenance et la filiation basée sur le sang au travers des générations, n'était pas aussi reconnue? L'étape suivante ne peut-être que la négation de la famille biologique et la fin de la passation des héritages de parents vers leurs enfants, sujet entendu à l'occasion chez les intellectuels de gauche. Il s'agit là encore d'un autre stratagème d'appropriation de ressources.

Le fruit du travail de ces populations, par exemple le défrichage et l'aménagement du territoire de la vallée du Saint-Laurent par nos ancêtres pionniers en Nouvelle-France, doit revenir à ce peuple et sa descendance. La valeur de ces héritages est à la mesure de la potentialité propre de chaque peuple et lui appartient donc. La création d'une civilisation globale universelle contrevient à cette loi.

Aussi, la finalité d'une vie humaine, n'est pas le bien-être ressenti. Il s'agit plutôt pour chacun de découvrir et d'exprimer sa nature. Mais cela ne peut être fait dans une perspective strictement individualiste, puisque cette nature de chacun est apparentée à la population de laquelle l'individu est issu. Ce dernier est une touche dans une grande œuvre collective d'expression de caractères évolutifs transmis. Loin de l'estompage de ces natures différentes, elles doivent au contraire s'exprimer de façon toujours plus claire.

Sur ce sujet, l'auteur repousse la valeur évolutive pour les peuples de leurs traditions et croyances. Les idées ne se transmettent pas par les gamètes fait-il remarquer. Les croyances, ajoute-t-il, sont peut-être anciennes, mais cela ne veut pas nécessairement dire qu'elles sont sages. Nous savons plutôt que la culture a bien une incidence sur l'évolution et la sélection naturelle. Un groupe humain encore vivant témoigne de la sagesse, passée du moins, de ses traditions. Mais sa culture est surtout l'expression de son caractère, un moyen aussi de maintenir en lui la conscience de lui-même et de lui donner cet égo nécessaire à la préservation de son intérêt. Soulignons l'outrecuidance pour les partisans de ce scientisme, de se mêler d'intervenir dans l'intimité d'une nation pour éradiquer sa culture ou ses croyances. D'autant plus indignant que l'on peut soupçonner une intention d'appropriation des héritages, territoires et ressources, bref de l'énergie des peuples.

Les intellectuels sont dans une situation où ils cherchent continuellement à opérer des transferts de ressources, dans l'espoir d'en prendre contrôle et de compenser le désavantage d'être dépourvue d'habilités en demande chez les producteurs de ces ressources. L'attaque de l'identité semble être devenue l'arme privilégiée car qui ne sait plus qui il est ne pourra veiller à ses intérêts et se laissera facilement déposséder.

On pourrait dire que TML rejoint ces idéologies relatées par Kevin MacDonald dans The Culture of critique. Pour garantir la sécurité d'un peuple vivant en diaspora parmi les autres, il s'agit de rendre immorale la solidarité communautaire des nations hôtes. Dans ce projet messianique, les lettrés occidentaux sont en parfaite symbiose.

Fédération des Québécois de souche
Pour la reconquête de notre peuple

HARRIS, Sam. The Moral Landscape: How Science Can Determine Human Values. New York, Free Press, 2010, 291 p.

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