La tornade du curé de Saint-Médard

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L’histoire que je vais vous conter s’est déroulée au petit village de Saint-Médard à l’automne 1864, un automne si sec que, de mémoire de curé, il n’avait jamais été égalé. Les animaux cherchaient, l’air hagard, quelque goutte d’eau entre les pierres des ruisseaux, car les fontaines ne portaient plus leur nom depuis longtemps. L’attente des paroissiens ayant atteint sa limite, le curé Lacourcière décida d’y aller d’une collective prière. Il avait entendu dire qu’un collègue avait attiré la pluie avec des psaumes et, confiant d’en faire autant, il réunit son monde à l’église un bon soir sur le coup de sept heures.

Déballant tous les passages des deux Testaments qui évoquaient cette miséricorde de Dieu, convoquant ses ouailles à chanter et à se signer à l’unisson après chaque oraison, le plantureux curé devenu chef d’orchestre sourcilla à l’écoute des premiers volets claquant au vent. Suivit la pluie, qui martelait désormais le toit de l’église dans un bruit assourdissant. Rués sur le perron, faisant fi du cérémonial, les fidèles n’en crurent pas leurs yeux : le ciel était plus mauve que les habits de l’évêque. Le vent soufflait à écorner les bœufs et voilà que les pieux des clôtures gisaient par terre tandis que les balles de foin virevoltaient dans les airs au gré de la tornade, qui gagnait du mordant. La maison du curé décoiffé, le père Lacourcière fut aspiré avec le blé jusqu’au clocher de l’église, qu’il avait lui aussi quittée. Il le brise en deux tant il était balourd, pour finalement atterrir, vivant, entre les morts du cimetière. « Mon Dieu! », s’exclama-t-il en recouvrant ses esprits, transi par la pluie, la soutane en lambeaux. « Je te remercie, mais cette fois, c’en était trop! » 


Illustration: Françoise Pascals 

 

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