Un classique revisité : On human nature – Edward O. Wilson

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Un classique revisité

WILSON, Edward O. On human nature. Harvard University Press, London, England, 260 p.

onhumannatureEdward O. Wilson est assurément un héros pour les adeptes de la psychologie évolutive comme Kevin MacDonald, dont nous avons parlé sur ce site à quelques reprises. En tant que fondateur de la sociobiologie, son approche heurte de plein fouet l'idéologie dominante dans nos sociétés et le monde académique selon laquelle l'être humain, par le biais de sa production culturelle, transcende complètement sa biologie pour rendre l'hérédité sans importance.

En 1979, il publia un ouvrage de synthèse sur cette nouvelle science intitulé On human nature. Il y expose ses conclusions les plus générales sur la nature humaine. Elles supportent une vision évolutionniste de l'homme et de sa société, matérialiste en regard de sa conscience, déterministe en rapport avec ses comportements où l'hérédité reprend le terrain perdu sur la culture. Il aborde enfin une question fort pertinente pour les lecteurs du Harfang, à savoir l'importance de l'altruisme dans le comportement humain.

Sa pensée est évolutionniste. Nous sommes un assemblage de gènes cherchant à se transmettre, sélectionnés en fonction de leur intérêt pour la survie de leurs dépositaires. L'idée originale de cette science, où la biologie rencontre la sociologie, est que nos comportements sont aussi conditionnés par nos gènes et sujets à ce même processus de sélection. Il résume ainsi: « Les religions, comme d'autres institutions humaines, évoluent de façon à favoriser la persistance et l'influence de leur pratiquants. » p.3

Pour E. O. Wilson, il n'y a pas de réalité au-delà de celle toute physique de notre cerveau. Il n'y a pas d'âme qui soit, notre raison d'être est contenue dans notre histoire héréditaire. Les instincts subissent l'influence de censeurs et de motivateurs ressentis sous forme d'émotions, conditionnant ainsi nos choix éthiques. Ces tendances émotives sont profondément enfouies au niveau du système limbique.

Qu'en est-il de la culture? Cette dernière ne put avoir d'influence que récemment, grâce à l'urbanisation qui ne date que de 10 000 ans. Des millions d'années d'évolution précèdent cette période. Nombre de comportements humains sont similaires à ceux des grands singes et suggèrent l'importance de l'hérédité. Seuls les hommes chassent, la femme cherche à s'élever socialement par le mariage, etc. De ces faits, l'auteur dira qu'ils sont « (…) défavorables à la théorie concurrente qui domina les sciences sociales pour des générations, à savoir que l'humanité se libéra de ses propres gènes au point d'être entièrement conditionnée par la culture. » p.32

Le père de la sociobiologie va très loin dans l'affirmation du déterminisme chez l'homme. La vie du moustique est entièrement conditionnée par ses gènes. L'abeille, beaucoup plus élaborée, est aussi programmée pour aller vers les fleurs et nourrir sa reine. Si on pouvait mesurer toutes les variables pertinentes de l'environnement et connaître la condition neurologique du petit insecte au départ, il serait possible de prédire sur quelles fleurs exactement elle irait se poser, affirme l'auteur. Il n'y a rien de spécial à l'homme qui le libèrerait de ce déterminisme, son cerveau est de nature matérielle, construit par les gènes hérités des parents de l'individu. Ce cerveau est seulement incommensurablement plus complexe, mais le libre-arbitre peut être jugé illusoire.

L'être humain est ainsi fondamentalement agressif, cela est son héritage. Les Maoris, dépeints de façon idyllique sous la plume de l'anthropologue Margaret Mead, furent naguère très belliqueux, mais s'étant convertis au christianisme, après s'être voués à des violences destructrices, sont maintenant totalement pacifiques. E.O. Wilson suggère que l'hérédité prédispose au développement d’une culture d’agression, qui elle répond aux besoins environnementaux.

E.O. Wilson touche enfin un thème très important de la sociobiologie, l'altruisme.

Comment le gène poussant au sacrifice aurait-il pu se transmettre? Conférant un avantage à l'ensemble du groupe, il satisfait l'hypothèse darwinienne de la sélection naturelle.

Comportement là aussi conditionné génétiquement, il est observé chez certains oiseaux qui se mettront en danger eux-mêmes pour alerter leurs semblables de la présence de prédateurs. Les insectes collectifs offrent les meilleurs exemples d'altruisme, comme les abeilles, les fourmis et les guêpes. Le requin, note l'auteur, est à classer parmi les espèces individualistes. Il en irait de même de l'homme.

Chez ce dernier, c'est un altruisme qualifié de mou qui serait surtout observé. C'est-à-dire que les démonstrations apparentes d'altruisme ont en fait pour but de faire rejaillir des avantages sur l'individu, le sacrifice total de soi ne concernant que ses relations avec la famille immédiate.

E.O. Wilson juge cet altruisme mou comme favorable à la civilisation, mais l'altruisme pur comme son ennemi. Avec ce dernier, seraient sacrifiés l'intérêt national et la famille immédiate au profit de la tribu et de la famille élargie. Il est partisan d'un égoïsme bien géré.

Il note aussi l'importance du pool génétique et comment l'Anglais d'aujourd'hui appartient à l'Europe si nous remontons à mille ans, tout comme l'Européen appartient au Moyen-Orient et à l'Afrique du Nord si nous remontons il y a 50 000 ans. Ainsi, l'ethnie est-elle dissoute dans le pool génétique.

Malgré l'estime que mérite On human nature et son auteur, nous jugeons possible d'y opposer certaines critiques.

Écrit en 1979, cette philosophie était susceptible de plaire à l'hédonisme ambiant de l'époque. L'altruisme comme contraire à la civilisation est un jugement quelque peu sommaire. Nous pouvons au contraire postuler que les sociétés rassemblant des individus voués à l'égoïsme encensé par On human nature, ne seront plus défendues par ses membres puisque cette défense demande un sacrifice et donc de l'altruisme. Cette civilisation, sans doute hautement développée pour permettre une telle relaxation des ses instincts les plus vitaux, devra s'effondrer sous l'effet des « invasions barbares », comme ce fut le cas de la Rome du 4ème siècle et aussi de l'Occident aujourd'hui probablement.

La qualification individualiste accordée à l'être humain nous paraît rhétorique. L'échelle utilisée pour cette mesure le compare à l'ensemble du monde vivant. Nous avons peu de rapport avec les abeilles, guêpes et fourmis. Moins collectif sans doute, l'être humain le demeure tout de même, une qualité source de malaise aujourd'hui alors que nous vivons sous l'autorité des prescriptions littéraires droit de l'hommistes (les diverses chartes des droits et libertés individuelles, la Déclaration universelle des droits de l'homme par exemple), reposant sur des postulats strictement individualistes. Une échelle que Wilson laisse par ailleurs complètement de côté, c'est la variabilité de l'ethnocentrisme chez les divers groupes humains. Il tente de souligner la plasticité de l'appartenance ethnique pour affirmer la proéminence du déterminisme socio-économique. Les Chinois de Jamaïque et de Guyane et certains groupes Juifs sont pris pour exemple d'assimilation sous la pression de facteurs économiques. Ce sont là en effet des peuples reconnus pour leur fidélité aux pratiques endogames. Nous pouvons dire malgré tout que sans être absolu, le collectivisme humain aura été suffisant pour ces peuples plusieurs fois millénaires de persister. Comme le note Kevin MacDonald, le taux d'assimilation observé chez les Juifs en est un à double tranchant. Ce phénomène des mariages exogames chez les peuples vivant en diaspora contribue à éliminer de la communauté les gènes n'étant pas facteur d'ethnocentrisme, menant à un renforcement toujours accru de la cohésion ethnique des fidèles.

Il est étonnant de voir un homme de science utiliser la notion de pool génétique à si mal escient. Si l'Europe se dissout dans un pool génétique plus englobant, pourquoi ne pas relativiser l'homme par le biais de ses origines simiesques? Par le même raisonnement, la génétique de toutes les espèces peut être dissoute dans l'immense génome du vivant. Pourtant, ces formes de vie se distinguent bel et bien les unes des autres et luttent pour leur survie. Pourquoi l'individualisme serait-il plus vrai alors que l'individu se dissoudra bien avant sa nation, bien avant sa race et son espèce?

Un relent d'élitisme parcourt On human nature. Évoluant dans le monde académique, E.O. Wilson peut certainement être considéré membre d'une élite. Sa philosophie est en parfaite harmonie avec le mode de vie urbain de ses gens pour qui l'enracinement est révolu et source de contraintes. Contents d'eux-mêmes et de leur fortune, ils semblent vouloir vivre libérés de leurs responsabilités envers ces masses desquelles ils sont issus, littéralement leur pool génétique.

Nous n'avons pas de problème avec le matérialisme de sa pensée et sommes favorables à son interprétation des religions comme facteur de préservation nationale. Le déterminisme et l'évolutionnisme sont aussi très compatibles avec notre défense de la nation. Le côté scientifique de ce grand observateur de la société des fourmis est certainement d'une grande valeur. Mais les conclusions éthiques qu'il avance sont sujettes à discussion. La notion de pool génétique, par exemple, l'amène au rejet du bien fondé de l'ethnie, alors qu'elle devrait au contraire le renforcir.

F.Q.S.
Pour la préservation de notre peuple

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