Un Québec «métissé», vraiment ?

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Presque toute la population du Québec véhicule encore aujourd’hui cette croyance populaire selon laquelle nous serions tous, de près ou de loin, métissés aux Amérindiens. Ceci est dû au fait supposé que nos ancêtres colonisateurs auraient cru bon dès le début de mélanger leur sang à celui des « sauvages » afin de fraterniser leur alliance. Tout le monde connait quelqu’un qui connait lui-même quelqu’un qui à réussi à s’inscrire comme étant des premières nations en prouvant sa généalogie au gouvernement fédéral. L’homme qui à vu l’homme qui a vu l’ours ! 

Les dernières données de Statistiques Canada disponibles nous font part de la présence de 27 985 Métis présents au Québec sur une totalité de 108 425 ayant une identité autochtone. Les métis inscrits représentent donc actuellement 0,37% de la population Québécoise. En effet, beaucoup qui adhèrent dur comme fer à ce mythe du peuple Québécois majoritairement métissé seraient surpris, après avoir pris connaissance de leur généalogie, de n’y retrouver aucune trace de métissage Amérindien.

Voyons maintenant, avec notre grand historien le chanoine Lionel Groulx, la source de cette légende et les raisons qui ont poussé à la perpétuité du mythe. Voici un extrait tiré de la 3ième édition parue en 1938 de La naissance d’une race, ouvrage historique sur les fondations de la colonie. 

Fédération des Québécois de souche
Pour la préservation de notre peuple

Au milieu des établissements français, les Indiens résidents furent toujours le très petit nombre. Ce qui dispose du prétendu métissage des premiers colons de la Nouvelle-France avec les Peaux-Rouges du Canada, métissage dont la légende continue de courir en des milieux fort savants. L'étonnant c'est que la légende ait obtenu et garde un si grand crédit, même en France.

Pour beaucoup, et, sans doute, un peu par notre faute, « Canada » se décline comme « Caughnawaga ». Depuis qu’un savant de la réputation de M. De Quatrefages a pris la légende du métissage à son crédit et a écrit dans son Histoire générale des races humaines (2e partie, page 47) une affirmation catégorique comme celle-ci: « (Tous) savent que dans l'Amérique septentrionale les métis de Français et de Peaux-Rouges forment la très grande majorité des habitants de la province de Québec au Canada », cette fantaisie historique a fait son chemin. Quelques apologistes catholiques, à la suite de M. de Quatrefages, ont repris l’argument pour démontrer l'identité essentielle de l’espèce humaine… qui heureusement s'appuie sur des preuves plus solides. Et la citation se retrouve dans un ouvrage aussi grave que Le traité de Psychologie R.P.A Castelein de la Compagnie de Jésus. 

Samuel de Champlain conçut l'illusion généreuse de fusion des races. « Nos garçons se marieront avec vos filles et nous ne ferons qu'un peuple », avait-il dit aux Algonquins. Plus tard, Colbert, Louis XIV, nourrirent ardemment la même utopie. Ils se flattaient d'aider par là au peuplement de la colonie. « On voudra unir les peuples par l’intérêt du sang comme ils le sont par le commerce ». Talon gourmandera les Jésuites qui, après cinquante ans de travaux, n’auront encore su apprendre aux barbares du Nouveau-Monde ni la langue française ni la politesse de Versailles. Colbert et avant lui Richelieu n’hésitent point à prononcer 1' assimilation légale des Indiens baptisés aux colons et même aux métropolitains. Bien plus, pour obtenir la fusion des deux races, Louis XIV ne cesse d'exhorter les intendants.Il y aura le « présent du roi » de 150 livres aux filles rouges qui épouseront des Français. Le roi entend même que, dans la distribution des dots aux jeunes mariées, les Indiennes aient préséance sur les Françaises. 

On a beau faire, c'est peine perdue. Les colons de la Nouvelle-France n'entendent point ces pressantes invites, pas plus d'ailleurs que les Indiens. La francisation des sauvages aboutit à un brillant échec; aucune cohabitation des deux races n'a pu vraiment se réaliser. En 1685 il y avait, en chiffres bien comptés, 1 528 indigènes domiciliés dans la colonie et moins de 1 300, trois années plus tard. En 1752, l’ingénieur Franquet dresse un état de la même population indigène en état de porter les armes. En comptant tous les postes, depuis l'Acadie jusqu'à Michillimakinac et ses environs, il atteint à peine le nombre de 3 200.
Là dessus, les Hurons de Lorette peuvent seuls s'aboucher avec les Français sans interprète. Encore est-ce un des postes les moins populeux.

Les Indiennes elles-mêmes, autre fait bien établie, se montrent absolument réfractaires aux mariages avec civilises, en dépit de leur éducation à la française chez les Ursulines ou chez Marguerite Bourgeoys. Malgré tous les efforts, M. de Meulles doit écrire au ministre le 12 novembre 1682: « Je crois vous devoir donner avis qu'à peine s'en marie-t-il une ou deux par an ». Faut-il apporter un document décisif ? Mgr Tanguay, ce bénédictin de notre histoire, a pu compulser 2 226 232 actes de nos registres. Sur ce, dans l'espace de deux siècles, il a relevé 94 mariages entre Français et Indiennes, et quatre alliances exactement jusqu'à l'année 1665. Il y a plus: ces métis n'ont laissé aucune descendance, leurs enfants étant décédés avant la fin du dix-huitième siècle.

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