Whiteshift (2 de 13) – L’arrivée de Trump : le nationalisme ethno-traditionnel à l’âge de l’immigration

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Dans ce chapitre, l’auteur présente, pour les États-Unis, l’avènement de l’ethno-nationalisme, de la réaction populiste face à l’augmentation de l’immigration et des facteurs ayant mené à l’élection de Donald Trump en 2016.

1. De WASP à Blanc dans l’histoire américaine
2. L’arrivée de Trump : le nationalisme ethnotraditionnel à l’âge de l’immigration
3. Grande-Bretagne : Érosion de la réserve anglaise
4. La monté du populisme de droite en Europe
5. L’exceptionnalisme canadien : le populisme de droite dans l’anglosphère
6. La gauche moderniste : De la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus
7. La gauche moderniste versus la droite populiste
8. Se recroqueviller : le recul géographique et social des majorités blanches
9. Se mélanger ou se mouler ? Le mariage interracial en occident
10. Le futur des majorités blanches
11. Est-ce que les blancs « non mélangés » vont s’éteindre ?
12. Naviguer à travers le Whiteshift : Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives
13. Résumé global, critique et mis en perspective de la FQS

Les valeurs et le positionnement au sujet de l’immigration

Le professeur Kaufman explique que Pat Dade de la firme de recherche en Marketing Cultural Dynamics a classé les individus en trois groupes selon leurs valeurs : les colons, les prospecteurs et les pionniers : « Les colons préfèrent l’ordre, la sécurité et la stabilité, et préfèrent éviter le changement. Les prospecteurs sont des hédonistes soucieux de leur statut, centré sur la consommation ostentatoire et le succès. Les pionniers s’intéressent à l’exploration de soi, à la nouveauté et à la sollicitude. L’ancienne division économique droite gauche séparait largement les pionniers des prospecteurs avec les colonisateurs quelque part dans le milieu [noter ici qu’il s’agit de l’axe économique, et non pas social ou encore sociétal]. Ce qui est nouveau aujourd’hui est que la division identitaire oppose maintenant les colonisateurs et les pionniers ; les prospecteurs consuméristes se retrouvent ainsi en observateur, en retrait ».

L’auteur stipule qu’il y a deux types de « colonisateurs ». Il y aurait le type « conservateur psychologique » (à ne pas confondre avec le conservateur politique) et le type « autoritaire ». L’auteur explique que les conservateurs (au sens psychologique) sont irrités par les changements de la composition ethnique de leur environnement. Lorsque les changements ethniques s’arrêteront, leur malaise disparaitra. À l’inverse, les autoritaires, qui recherchent de l’ordre, seront irrités non pas par les taux de changements ethniques, mais plutôt par la diversité ethnique en tant que telle.

L’auteur mentionne qu’une petite frange des « pionniers » (ouverts, autonomes et motivés par l’idéologie) est attirée par la préservation ethnonationaliste. L’auteur donne en exemple les intellectuels irlandais qui luttent pour faire revivre la langue gaélique. L’auteur les nommera « intellectuels ethnonationalistes ».

L’historique

L’auteur mentionne quelques faits d’importance. En 1965, l’immigration annuelle aux États-Unis était de 300 000 immigrants par ans; depuis les années 90s, c’est plus d’un million d’immigrants qui entrent aux États-Unis annuellement. Entre 1960 et 2010, la proportion de blancs non hispaniques est passée de 85% à 63%; les blancs non hispaniques passeront sous la barre des 50% en 2042. Le cas de la Californie est exceptionnel : en 1970, les blancs non hispaniques formaient 80% de la population et ils ont chuté sous la barre des 50% dans les années 90 et on prédit qu’ils ne feront que 25% de la population californienne en 2050.

En lien avec la hausse de l’immigration, Kaufmann explique qu’on aurait dû s’attendre à une montée rapide du sentiment anti-immigration pour les années 1965 à 1990, ce qui ne s’est pas produit. Le professeur explique que plusieurs phénomènes ont agi en sens inverse : l’individualisation de la population et l’électorat devenu plus libéral, les institutions furent donc « dé-WASPÉES » en se tournant vers un individualisme universaliste. L’auteur explique que « vous pouviez à l’époque être en faveur d’une réduction de l’immigration, mais la thématique fut rarement soulevée par les médias et les politiciens; celle-ci demeurait donc latente dans votre esprit ».

L’auteur explique  également que si la guerre civile avait amorti le sentiment anti-irlandais et que la Seconde Guerre mondiale avait calmé l’antisémitisme, on peut aussi argumenter que la guerre contre le terrorisme a rendu silencieuse l’opposition ethnotraditionaliste blanche à la croissance des populations hispaniques et immigrantes ».

On explique aussi que le conservatisme se transforma en ce que l’on appelle le néoconservatisme. « L’ethnotraditionalisme WASP s’est dissipé avec les réformes des droits civils des années 60, qui ont délégitimé les éléments raciaux et religieux du conservatisme américain. » Autrement dit, « le néoconservatisme peut aussi être vu comme une pensée conservatrice compatible avec la nouvelle culture libérale apparue dans les années soixante ». Ainsi, « le conservatisme s’est adapté aux nouveaux tabous de la thématique raciale qui fixe les paramètres du débat politique et qui ont été fabriqués par les idées radicales des libéraux progressistes. Néanmoins, cette manœuvre laisse la question de l’ethnotraditionalisme américain non réglée. »

L’auteur montre qu’il y a eu polarisation ethnique de la politique américaine. « Dès 2010, les minorités constituent la moitié de la base électorale démocrate, mais seulement 10% de la base républicaine, voire la figure 3.5 ci-dessous. De plus, le positionnement plus ferme des républicains face à l’immigration a donné lieu à un échange d’électorats : les anciens électeurs républicains riches des banlieues qui ont de l’appétit pour la classe ouvrière immigrante à faible coût se sont tournés vers les démocrates et la classe ouvrière blanche démocrate en compétition avec ces immigrants se tourna vers les républicains.

L’explication de la victoire de Donald Trump

Le Professeur Kaufmann explique la victoire de Donald Trump à l’élection américaine de 2016. L’auteur rappelle que les déclarations scandaleuses de Trump à propos des femmes et des minorités ne sont pas un obstacle pour plusieurs électeurs ; ceci est donc un important indicateur de la limite du pouvoir de la rectitude politique sur l’électorat républicain. Face aux démocrates, les républicains ont gagné le vote de 67% des blancs sans diplôme collégial (contre 28% des démocrates) et 49% des blancs avec un diplôme collégial (contre 45% des démocrates). De plus, quand on normalise par rapport au niveau d’éducation, on se rend compte que le salaire n’a pas d’impact sur le support envers Donald Trump. L’élection de Trump n’est pas une révolte contre les riches et puissants telle que présenté par certains chroniqueurs. Eric Kaufmann explique que « les valeurs sont beaucoup plus précises pour expliquer le vote [pour Donald Trump]que n’importe quelle analyse démographique, que ce soit le salaire, l’âge, le genre ou même l’éducation. Il explique que les « colons » tels que présentés plus tôt ont voté largement pour Trump. Concernant les valeurs des électeurs Trumpistes, Kaufmann affirme que c’est une copie carbone des valeurs des partisans du Brexit au Royaume-Uni (que nous présenterons plus tard).

Le professeur démontre que dans le cas de l’élection de Trump, la question de l’immigration et le fait que les blancs soient en déclin démographique sont très payants électoralement. Il évoque le fait que « la proportion de blanc qui affirme que l’identité blanche est importante pour eux a presque doublé entre les années 90 et les années 2010 au point où 45 à 65% d’entre eux disent que cela compte pour eux. » L’auteur affirme que les études montrent que « les blancs qui lisent à propos de la disparition de leur groupe s’identifieront davantage au parti républicain et supporteront plus fortement les politiques conservatrices. D’autres études montrent que les blancs qui lisent sur le déclin de leur groupe sont significativement plus portés à donner leur support au Tea Party [plus à droite que le parti républicain]. De plus, l’effet est plus prononcé pour la lecture de passage discutant du déclin démographique des blancs que ceux portant sur la perte des avantages économiques des blancs. » Ainsi, 70% des électeurs de Trump veulent une réduction de l’immigration. Et même chez les minorités on constate que « 39% des Afro-Américains et 36% des latinos veulent moins d’immigration ». Le professeur relate que lorsque l’on demande aux gens, sur une échelle de 0 à 100, à quel point ils sont tristes d’apprendre que les É.-U. perdront leur majorité blanche en 2042, les électeurs de Trump sont à 67/100, les latinos sont à 47/100, les électeurs blancs de Hillary Clinton sont à 20/100 et les électeurs de Clinton qualifié de minorité sont à 13/100. Ainsi, le professeur montre qu’« il semblerait que les minorités d’allégeance républicaine sont plus attachées aux traditions blanches de la nation américaine que les démocrates blancs ». Celui qui écrit ces lignes vous demande de relire la phrase précédente deux fois plutôt qu’une !


Référence: Eric Kaufman (2019), Whiteshift, Abrams Press, New York, ISBN 978-1-4683-1697-1

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