Breizh, le livre bleu de la Bretagne – Louis Melennec

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3fafeede0d2a7b135cab61e04966028eLe récent référendum écossais nous a démontré que les Québécois se passionnent pour les mouvements souverainistes étrangers. La Catalogne en est un autre exemple. Moins connu est le cas de la Bretagne, cette région de France où les bonnets rouges, s’opposant au gouvernement socialiste Hollande, ont ravivé un nationalisme centenaire.

Pour mieux comprendre la question, nous avons lu le court ouvrage du nationaliste breton Louis Melennec, «Breizh, le livre bleu de la Bretagne », réédité en 2013.

Tout d’abord, ce département de la côte ouest est peuplé de 4,5 millions d’habitants, un chiffre qui peut sembler modeste, mais qui est tout de même plus élevé que de nombreux pays européens comme l’Irlande (4,5 M), la Croatie (4,3 M), la Bosnie (3,8 M), l’Arménie (3,2 M), la Lituanie (3 M), la Macédoine (2,9 M), la Lettonie (2 M) et l’Estonie (1,3 M). Économiquement, cette région a une balance commerciale positive, ce qui signifie qu’elle exporte davantage qu’elle n’importe, fait non négligeable.

Le territoire breton n’a pas été altéré du IXe siècle jusqu’à l’Occupation allemande, période à laquelle la Loire Atlantique fut séparée de la Bretagne, une mesure que les gouvernements français n’ont jamais rectifiée.

Les Bretons peuplèrent l’Armorique au IIIe siècle, soit deux siècles avant l’arrivée des Francs dans cette région. La relation entre ces deux peuples fut au mieux hostile et de nombreuses guerres jalonnent l’histoire de ces deux races antagonistes.

Au Moyen-Age, la Bretagne restera indépendante et aura son propre système de gouvernement, un système où la séparation des pouvoirs est des plus avant-gardistes. Contrairement à la France qui vivait sous une monarchie absolue, le régime breton était une monarchie constitutionnelle, même si le chef d’État est duc et non officiellement roi. L’annexion à la France signifiera donc un recul politique majeur.

L’annexion de la Bretagne, quoi qu’en disent les historiens français, ne fut pas une annexion consensuelle. Elle fut imposée unilatéralement par la France. Le mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII, qui scella le destin de la Bretagne, fut un mariage contraint, et non un choix libre et délibéré. Le mariage subséquent d’Anne avec Louis XIII, successeur de Charles VIII, permettra tout de même à la Bretagne de conserver son autonomie, mais la mort de la Duchesse aura des conséquences dramatiques.

En 1532, François 1er se rendra en Bretagne avec une lourde escorte pour lui faire signer un traité que les principaux intéressés n’avaient pas lu et auquel ils n'avaient pas participé à la rédaction. Il sera au final un édit plutôt qu’un traité ce qui, nous rappelle Louis Melennec, n’a aucune valeur en droit international.

Ce fait pousse l’auteur à conclure que la Bretagne ne fait pas partie de la France, mais est simplement sous occupation militaire étrangère. Cette conclusion ne tient pas compte du fait que le droit international n’existait pas alors et que si nous devions appliquer les normes actuelles aux annexions du passé, très peu de nations auraient de statut légal.

Lors de la Révolution, la Bretagne sera ciblée par les forces révolutionnaires qui réprimeront la révolte des chouans catholiques par un génocide qu’aura orchestré Robespierre. Ce génocide, occulté par l’histoire républicaine, sera doublé de ce fait, par ce que Reynald Secher appelle un mémoricide. La Révolution française marquera également la fin de l’autonomie financière de la Bretagne, qui deviendra un simple département gouverné de Paris. La langue bretonne, considérée comme un dialecte arriéré, sera réprimée et par conséquent, l’identité de ce peuple sera oblitérée.

Le projet d’indépendance bretonne convainc et émeut tout nationaliste. Mais nous devons évoquer l’analyse de Pierre Hilare immédiatement, donc nous avons reconnu la justesse à propos même de ces indépendances incluant celle du Québec.

Le morcellement des nations européennes donnerait nettement plus de pouvoir aux mondialistes, notamment à l’Union européenne qui n’aurait plus à transiger avec ces États considérables que nous connaissons, mais avec de petites régions indépendantes beaucoup plus à même de se faire dicter leur conduite par Bruxelles ou même Washington. Le fait que ce livre fut originellement présenté comme un mémoire à la Commission européenne renforce cette idée et doit élever notre méfiance.

En conclusion de son ouvrage, le docteur Melennec affirme que la Bretagne devrait devenir un « État fédéré au sein de l’Europe ». Bref, ne plus être soumis à Paris, mais plutôt à Bruxelles, une administration peu reconnue pour son respect des principes authentiquement nationalistes.

Toujours en suivant la pensée du conférencier que nous avons pu entendre l’été dernier, les États-Unis font eux-mêmes la promotion des causes indépendantistes en Europe, suivant la politique du « diviser pour mieux régner » énoncée par Machiavel. Les régions nouvellement mises en compétition les unes contre les autres seraient beaucoup plus fragiles et dépendantes des entités supranationales. L’une d’elles se montrerait réticente aux conditions imposées par les mondialistes, elle serait alors bien facile à isoler et à briser.

De plus, un morcellement du territoire français, ou de tout autre État, ne garantirait en rien une meilleure représentativité, une moindre corruption et meilleure écoute du peuple. Après tout, le gouvernement central dans lequel les Français ne se reconnaissent plus n’est-il pas composé d’élus représentant les différentes régions ?

Dans le contexte actuel, la division des États comme le souhaite le docteur Louis Melennec tient davantage de la fragilisation collective que du rêve de l’Europe aux cent drapeaux tel qu’énoncé par le nationaliste breton Yann Fouéré.

Melennec, Louis. (2013) Breizh, le livre bleu de la Bretagne. L’association bretonne de culture. 94 p.

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