Canadiens-français ou Québécois ?

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Dans sa chronique Essais de l’édition du 5 mai du Journal de Montréal, le chroniqueur Jacques Lanctôt se fend d’une étonnante confession:

« Je me demande encore si nous avons bien fait, nous, de ma génération de militants indépendantistes, de forcer le changement de vocable de Canadiens français à Québécois, au début des années soixante. Quelqu’un me disait récemment que le Québec était ainsi devenu une immense réserve, alors que les Canadiens français aspiraient à tout le territoire du Canada. Combien de millions de Canadiens français ont été forcés d’immigrer au sud parce que les Anglais du Canada les ont forcés en les privant de terres cultivables, ou en les séparant de leurs frères amérindiens, entre autres ? Un livre pour ne pas décolérer ».

L’étonnante confession de Jacques Lanctôt est propice à une nécessaire réflexion sur notre identité. Le vocable Canadiens-français avait le mérite d’être clair et d’être compris de tous. Il marquait les limites ethno-culturelles d’un peuple enraciné qui ne menaçait personne, contrairement à ce que certains laissent entendre du nationalisme « ethnique ». Nous savions qui nous étions et d’où nous venions; descendants des colons demeurés après la défaite de 1760 et de quelques proches et alliés (certains Amérindiens et les colons Irlandais assimilés).

C’est le nationalisme civique avec sa superposition de citoyens d’origines diverses qui s’avère sources de conflits. La génération des indépendantistes de Lanctôt c’est aussi celle du R.I.N.et du F.LQ., sa rupture avec le nationalisme canadien-français traditionnel, tel que l’exprimait grosso modo le chanoine Groulx, visait la religion et les structures traditionnelles de ce Québec français et se jumela à la Révolution tranquille et à l’agitation qui secouait l’Occident à l’occasion de ces « folles années » 1960.

Le Québec est-il devenu une réserve, même immense? Nous avons plutôt le sentiment qu’il est devenu un carrousel où nous tournons en rond. Les aspirations des Canadiens français à tout le Canada avaient été abandonnées de façon réaliste par les élites traditionnelles et le personnel politique de l’époque depuis l’imposition de l’Acte de l’Amérique du nord britannique en 1867. Les limites géographiques et politiques de notre État national dans la vallée du Saint-Laurent satisfaisait nos dirigeants et le cri de « Riel notre frère, est mort » ne traduisait aucun irrédentisme sur un Manitoba qui n’avait pas fait parti de la Nouvelle-France. Pour ce qui est des Canadiens français qui ont gagné les États-Unis pour y travailler, à moins que les historiens n’aient pas fait leur travail, ils n’ont pas été conduits outre-frontière à la pointe de la baïonnette, ils cherchaient du travail et un moyen de subsister à des conditions moins pénibles que celle de l’agriculture de subsistance de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour ce qui est de la séparation de nos « frères » amérindiens, Lanctôt pourrait à la rigueur parler de nos « beaux-frères » amérindiens au Manitoba et en Saskatchewan, mais dans la vallée du Saint-Laurent, les Jack Monoloy furent des exceptions.

En dépit de ces regrets, l’ancien felquiste est trop fine mouche pour ne pas comprendre que tout retour en arrière est impossible, Nous vivons et nous vivrons avec le vocable de Québécois. Il est impossible de reprendre l’appellation de Canayens qui satisfaisaient nos grand-pères ou adopter celle de Laurentien, encore possible avec l’apparition de la souverainiste Alliance laurentienne de Barbeau en 1957.

Lanctôt devrait plutôt nous expliquer pourquoi ceux de sa génération ont choisi le vocable de Québécois emprunté à la très coloniale Province of Quebec de 1763.

Fédération des Québécois de souche
Pour la reconquête de notre peuple

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