Concours sur l’identité québécoise FQS – Finaliste 2

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Moi je suis un Canadien québécois, un Français canadien-français… Un Américain du Nord français, un francophone québécois canadien… Un Québécois d’expression canadienne–française française. On est des Canadiens américains francophones d’Amérique du Nord… Des Franco-québécois…

Dans ce monologue, Elvis Gratton résumait bien ce que Mathieu Bock-Coté nomme le malaise identitaire québécois, qui n’est en fait que la peur d’appeler un chat un chat. De même que nous n’avons pas besoin de nous questionner chaque matin pour nous définir et définir ce que nous sommes en tant que personne, il n’y a pas lieu de définir notre peuple, son existence le définit très bien. Malheureusement, la rectitude politique obligeant, le terme québécois est aujourd’hui dénaturé et les idéologues comme Gérard Bouchard et Charles Taylor tentent de réinventer le Québécois en des termes universalistes sans aucune référence à notre nation, notre peuple, notre histoire.

Notre langue et l’égalité homme-femme ne définissent pas notre identité, malgré ce que les bien-pensants voudraient nous faire croire. Sinon, qu’est-ce qui nous distingue d’un Français ou même d’un Haïtien? Tout le monde le sait, mais peu osent le dire et c’est ça le véritable malaise identitaire. Le problème n’est pas de se définir – après tout, pas besoin de se réinventer, mais bien de s’affirmer haut et fort, quoiqu’en disent les autres.

Être québécois, c’est faire partie du peuple québécois, qu’on le nomme canadien-français ou québécois de souche. Nous avons une souche commune, une appartenance ethnique commune impossible à nier : européenne. Nos ancêtres furent peut-être irlandais, anglais, basques ou même écossais, mais ils se sont assimilés et ont fait leur cette culture canadienne-française commune.

Aujourd’hui on aimerait penser que la culture québécoise se résume à la musique francophone, à la poutine et aux sacres; après tout, ce sont les éléments les plus visibles qui nous distinguent de nos cousins français qui partagent les mêmes racines ethniques que nous. Ce serait faire fi de notre héritage, nos traditions que nous semblons oublier parce que nous les voyons de trop près. Impossible de définir ce qu’elles sont si on ne peut se comparer et si tout semble aller de soi.

Notre nation est une nation près de sa terre et près de la nature. Plus que n’importe où ailleurs en Occident notre vie est pondérée par le rythme de Dame Nature. Tout comme nos ancêtres, nous devons nous adapter en fonction des hivers rigoureux et des étés toujours trop courts et toujours trop chauds. Pensons-y, nulle part ailleurs dans le monde, le mois d’avril ne rime avec cabane à sucre, sirop d’érable et rassemblements. Au XXIème siècle, les saisons décident encore de ce que nous mangeons, des activités que nous faisons et aussi de notre travail. Malgré toutes les avancées technologiques, pour de nombreux Québécois, leur travail, soit-il la pêche, la construction, la ferme ou autre travail extérieur, est géré par les aléas de la nature. Cette proximité avec notre climat des moins cléments fait de nous ce que nous sommes et c’est en partie pourquoi l’identité québécoise est le plus implantée et assumée dans les régions. Après tout, nos ancêtres aussi vivaient au gré des saisons, se réunissant dans des chaumières l’hiver pour festoyer et se réchauffer, et trimaient dur durant l’été pour pouvoir survivre à l’hiver.

Ces ancêtres qui d’ailleurs ont subi les tentatives d’invasion et les tentatives d’assimilation génocidaire. Les Québécois n’ont jamais voulu aller combattre pour des intérêts étrangers, que ce soit durant la Guerre des Boers, les Guerres mondiales ou les récentes guerres au Moyen-Orient, mais ont défendu leur patrie en 1812 et contre les Fenians. Laissez-nous tranquilles et nous vous laisserons tranquilles, une très sage doctrine qui fut même appliquée et promue par le président américain Monroe. Face aux tentatives d’assimilation britanniques, lorsqu’on obligeait avec le serment de test les Québécois à se convertir au protestantisme pour accéder des fonctions importantes, les Québécois ont fait ce que Ghandi fit plus de cent ans après: de la résistance passive. Nous ne nous sommes pas rebellés ouvertement, non. Notre existence était en soi une rébellion, un affront à l’empire le plus puissant du monde. Notre petit peuple, petit en nombre, mais grand en force, opposa une résistance pacifique et passive. Nous existions et nous allions continuer à exister sans les Britanniques. Si cela signifiait ne pas avoir de fonction importante sur notre propre terre, soit. Nous étions heureux d’exister et de survivre, malgré le climat et malgré la domination étrangère.

C’est dans cette optique que le peuple canadien-français se lança dans ce qu’on appela la « revanche des berceaux ». Avoir davantage d’enfants pour qu’il soit impossible d’assimiler et d’annihiler notre peuple. Bref, nous sommes là et peu importe la menace, nous continuerons à y rester. Cette « revanche des berceaux » fut promue par le clergé catholique qui, jusqu’à tout récemment, était une partie intégrante de qui nous sommes. Dans les années 60, un anticléricalisme poussé par la franc-maçonnerie tenta avec plus ou moins de succès d’effacer l’aspect catholique de notre identité. Il faut bien l’admettre, croyant ou non, le catholicisme est une partie indéniable de notre identité québécoise. Que ce soit avec les noms de ville, qui confondent plus d’un touriste avec leurs noms de saints, aux crucifix encore présents dans de nombreux édifices publics, l’héritage catholique est omniprésent. Mieux encore, dans tous les villages vous remarquerez que l’église est toujours au centre et que le reste de la municipalité gravite autour. Les églises étaient en effet le point de rendez-vous des Québécois. Les traditions catholiques qui sont encore respectées seraient trop longues à énumérer, il suffit de prendre le temps de se questionner un instant pour se rendre compte que notre identité n’est pas laïque. Notre héritage, nos traditions et même notre langage courant pour le moins coloré prouvent à Pauline Marois que non, la laïcité n’est pas et n’a jamais été un élément de notre identité.

Vous n’avez qu’à sortir du Québec pour vous rendre compte de ce que nous sommes : vous verrez des terres qui sont séparées en carrés et non en minces rectangles comme ici, vous verrez des maisons qui n’ont pas cet air familier qui caractérise nos maisons. Vous remarquerez qu’il n’y a pas une vingtaine de villages dont le nom commence par Notre-Dame ou St-Joseph, et vous ne verrez évidemment pas notre fleurdelisé qui rappelle constamment que notre terre est catholique et française. Notre identité, nous la connaissons tous – ce qu’il faut c’est l’affirmer haut et fort.

Nicolas Leroux

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