Dollard-des-Ormeaux

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Extrait tiré du livre "La réponse de la race" écrit par Lambert Closse (Pseud.) en 1936.

Les premières heures furent faites de pur héroïsme. A cause de sa situation géographique, Montréal, centre du pays et à cent quatre-vingts milles de Québec, sera toujours le premier point d'attaque des Iroquois, Montréal se pose en sentinelle de toute la colonie.

Toujours à ldol01'heure du sacrifice, Montréal ne s'est jamais soustrait à la lutte et répandra son sang sans compter; toujours aux aguets et dans la crainte du carnage, Montréal a travaillé à sa formation entre les fréquentes escarmouches que venaient lui offrir les Iroquois comme pour désennuyer les colons et entretenir leur bravoure de Français. Mais survinrent des heures sérieuses ou le sort de la colonie dépendant de la qualité du sens social de chacun, de l'appréciation et de la compréhension du sacrifice. Pour le bien commun, avec la certitude de n'avoir pour soi aucun autre profit que le mérite et l'honneur de courir vers une mort certaine, pour sauver la patrie et l'Église, en passant par les raffineries les plus cruelles qu'ait pu inventer le génie païen dans les cerveaux panachés des Iroquois.

Les cinq nations iroquoises complices tentaient de réaliser le plan diabolique d'anéantissement de la chrétienté naissante au Canada. Dès 1660, l'Iroquois avait organisé la disparition complète de Montréal pour ensuite descendre à Québec et en finir avec ces chrétiens à peau blanche ou rouge.

Mais la Providence veillait. Un jeune homme, averti l'ange protecteur de chez-nous, ne compta pas ses forces, mais les offrit toutes à sa patrie pour la sauver d'un massacre sans merci. Ne comptant que sur Dieu qui l'avait conduit à Montréal, que sur ce qu'il pouvait lui offrir en sacrifice pour ce qu'il sait être son devoir, il se mit à la recherche de jeunes Français qui n’avaient pas peur de mourir. II en trouva seize comme lui et les conduisit dans la pauvre chapelle de bois rond ou ils tombèrent aux genoux d'un missionnaire pour se confesser. Après la veillée d'armée ils entendirent la messe, reçurent l'Eucharistie pour la dernière fois et firent le serment solennel de n'accepter aucun quartier et de combattre jusqu'à leur dernier souffle de vie.

Le brave major Closse, l'intrépide Charles LeMoyne et le courageux Picoté de Bélestre, informés d’une si noble et si audacieuse résolution, s'offrirent pour être eux-mêmes de l'entreprise. Mais Dollard ne voulut pas attendre jusqu'après leurs semences, qu'ils se préparaient à faire alors. L'ardeur brillante de Dollard d'aller attaquer l'ennemi montra bientôt que cette apparente précipitation ne fut pas sans quelque dessein de la divine Providence, qui, par là, voulait sauver tout le Canada.

Dollard quitta Ville-Marie dans l'intention d'aller attendre les Iroquois sur leur passage à leur retour de la chasse. Ils avaient à peine donné quelques coups d'aviron, qu'ils entendirent un cri d'alarme dans l’Ile Saint-Paul. Sans hésiter, ils fondirent sur eux avec tant de vigueur qu’ils les auraient tous pris; mais les Iroquois sacrifièrent leurs canots et leurs bagages pour se sauver dans les bois. C'était le 19 avril 1660. Dollard perdit trois compagnons: Nicolas Duval, serviteur au fort, qui périt par le feu des Iroquois; Blaise Juillet dit Avignon, habitant et père de famille, qui laissa quatre enfants en bas âge, et Mathurin Soulard, charpentier du fort; ces deux derniers, qui n'étaient pas accoutumés à la navigation du canot, se noyèrent dans l'attaque.

Dollard retourna à Ville-Marie avec les siens pour assister au service funèbre de Nicolas Duval et ses deux compagnons. Après un adieu général à leurs amis et à tous les colons, les braves s'embarquèrent de nouveau avec une grande quantité de munitions de guerre, pleins de cœur et d'intrépidité.

Ils durent passer huit jours au bout de, l‘ile de Montréal avant sauter les rapides de Lachine, puis le premier mai, ils étaient au pied du Long-Sault, sur la rivière des Outaouais. II y avait un petit retranchement construit l'automne précédent par les Algonquins. C'était un mauvais réduit, non flanqué, mal défendu par de mauvais pieux et même dominé par un coteau voisin. Dollard se vit encore restreindre l'espace en admettant dans sa troupe une partie de Hurons et d'Algonquins venus de Ville-Marie pour combattre avec lui.

L'attente des Iroquois fut assez courte et l'avant-garde, composée de deux canots chargés d'ennemis, descendait, précédant un corps d'armée de trois cents hommes qui allaient se joindre à cinq cents autres aux Iles Richelieu, pour attaquer tous ensemble les Trois-Rivières et Québec, et ensuite Ville-Marie. Dollard posta ses hommes à leur rencontre et, aussitôt que l'ennemi eut un pied à terre ce fut une décharge meurtrière, mais trop précipitée pour les tuer tous; quelques-uns s'enfuirent en toute hâte pour avertir l'armée que les Français et des sauvages les attendaient au petit fort non loin de là.

Dollard et les siens avaient mis leurs chaudières sur le feu pour le repas et priaient quand l'ennemi arriva. Les Français se ruèrent dans le fort sans pouvoir emporter leurs chaudières et les mousquets tonnèrent de part et d'autre. Un capitaine, Onnon¬tagué, s'avança sans armes pour demander aux Français d'attendre qu'ils tiennent conseil. Les Français en profitèrent pour améliorer leurs fortifications.

Les Iroquois firent leur assaut avant que les Français aient fini leur ouvrage. C'est une tuerie sans merci et les Iroquois reviennent à plusieurs reprises en laissant toujours autour de la palissade ceux qui s'en sont approchés; les têtes coupées des Iroquois bordent le haut des pieux du réduit français, ce spectacle humiliant jette les Iroquois dans des transports de rage et de furie, sans qu’ils n’en tirent aucune vengeance. Ils brisent les canots des Français et en font des torches pour tenter de bruler la palissade, mais il leur était impossible d'en approcher. Alors ils envoient un canot pour appeler promptement à leur aide les cinq cents Iroquois qui les attendaient aux Iles Richelieu.

Les Français avaient soif! La farine ne voulait plus passer dans leur gosier sec. A force de creuser, ils finirent par trouver un petit filet d’eau bourbeuse mais insuffisante. La rivière n'était cependant qu'à deux cents pas du fort. Protégés par une quantité de fusiliers qui repoussaient l'ennemi, ils passaient par-dessus la palissade pour aller chercher de l'eau à la rivière, dans des petits vases insuffisants pour tous. Les Iroquois se rendirent compte de cette terrible nécessité et invitèrent les Hurons à se rendre en leur annonçant qu'un renfort de cinq cents hommes s'en venait et que tous les assiégés seraient massacrés. Les Hurons, excepté le capitaine Anahotaha, font un sauve-qui-peut et vont apprendre aux Iroquois que les Français ne sont que dix-sept avec quatre Algonquins et leur propre capitaine.

Situation nouvelle créée par la défection des Hurons, la soif, et l'arrivée certaine d'un renfort de cinq cents ennemis!

Rien n'ébranle les Français toujours résolus de se défendre jusqu'à la mort, et même l'arrivée des cinq cents Iroquois après cinq jours de trêve qu'ils passèrent dans la prière. Avec les nouveaux arrivés, les Iroquois formaient un groupe de huit cents hommes; dès lors, ils se ruèrent sur le fort avec furie par assauts répétés d'heure en heure, mais toujours contraints de se retirer avec de grandes pertes. Aussitôt que les Iroquois faisaient une petite trêve, les Français tombaient à genoux pour prier et ne se relevaient que pour repousser l'ennemi. Les Iroquois, dans leur découragement, tentèrent d'écraser le fort en abattant dessus plusieurs arbres, ce qui occasionna un grand désordre à l'intérieur. Les Iroquois ne croyaient plus les Hurons qui leur affirmaient que les Français n'étaient que dix-sept. La honte abattait le courage des Iroquois qui avaient vu massacrer tant de leurs guerriers sans pouvoir se venger. Rassurés de nouveau que les Français n'étaient que dix-sept, les Iroquois résolurent de périr tous au pied du réduit ou de s'en emparer dans un effort suprême.

Ils tinrent conseil et résolurent de sacrifier un certain nombre des leurs qui avanceraient les premiers en servant de rempart aux autres. Les plus braves acceptèrent de courir à une mort certaine et se mirent en devoir de monter les premier à l'assaut en s'entourant d'une carapace faite de trois buches liées les unes a côté des autres, qui les couvrait depuis le haut de la tête jusqu'au-dessus du genou. Le rempart vivant s'avance sur le fort suivi de tout le reste des ennemis, résolus de l'emporter à tout prix.

C'est le coup décisif. Les Français bourrent les mousquetons jusqu'à la gueule et dirigent sur les Iroquois des décharges continues. Malgré ce feu nourri, l'ennemi a toujours de nouveaux assiégeants qui remplacent les blesses et les morts, gagne du terrain, arrive à la palissade et bientôt apparaissent les têtes barbares au-dessus du mur, tandis que les pieux s'arrachent, craquent et cassent. Armés de haches et de sabres, les Français engagent une bataille corps à corps et taillent à coup répétés dans la foule des Iroquois qui paraissent.

Dollard veut faire une trouée formidable dans les ennemis et s'empresse de charger un gros mousqueton qu'il lance comme une grenade au milieu des Iroquois; mais la barrique de poudre sur le point d'éclater rencontre une branche sur son chemin et retombe dans le fort on elle éclate et tue ou estropie à l'instant plusieurs Français. Les Iroquois font à cet instant brèche de toutes parts, mais rencontrent les survivants français qui se défendent comme des lions. C'est dans ce carnage que le brave Dollard fut tué. La mort du chef découragea les derniers défenseurs du fort qui, une fois défoncé, laissait entrer les Iroquois. Mais le peu de Français qui restaient se mettent à frapper avec une telle furie, que les Iroquois oublient de faire des prisonniers pour tuer au plus vite ces quelques braves qui menaçaient de les détruire tous s'ils ne se hâtaient de les immobiliser dans la mort.

Le dernier tombé, les Iroquois pensèrent en sauver quelques-uns pour les torturer. Trois étaient sur le point de mourir et un seul pouvait être traité. Ils jetèrent les trois mourants dans le feu. L'autre mourut dans les tourments raffinés qu’il endura avec une patience qui surpassa la barbarie et la cruauté des Iroquois. La vengeance des Iroquois sur les Français n'étant pas satisfaite, ils tournèrent leur rage contre les Hurons qui s'étaie vendus à eux. Ils les distribuèrent a leurs bourgades ou ils furent grillés. Le chef Huron et les quatre Algonquins étaient tombés dans le fort à côté des Français et avec le même courage; ces sauvages chrétiens s'étaient préparés aussi saintement que Français à la gloire de gagner le Ciel en défendant l'Église et la patrie française.

De nos jours, des avachis du journalisme ont osé refuser Dollard et à ses compagnons le titre de héros et n'ont pas voulu les reconnaitre comme martyrs. Que la nation canadienne-française sache bien que Dollard et ses compagnons sont des martyrs chrétiens qui ont donné leur vie pour sauver la chrétienté naissante en Amérique. C'étaient des Français qui ne se vendaient pas et leur épée valait bien des fois la plume de ces écrivassiers émoussés par un libéralisme gluant et affame des déchets d'une crèche ministérielle. Dollard est un héros dont les coups d'épée ont fait bien plus en Amérique pour la nation française que les quelques "asselinades" pondues de peine et de misère et dont les coups de plume dirigés a la française enjuivée contre les représentants du Christ prouvent la courte vue d'un cerveau qui demeure trop loin du cœur. Voilà jusqu'où l'ignorance et la mauvaise foi peuvent mener!

Ignorance, car voila le testament d'un de ces héros chrétiens dicte par lui-même au notaire public de Ville-Marie, le 18 avril 1660. Il y déclare que: «Désirant aller en partie de guerre, avec le sieur Dollard, pour courir sur les Iroquois, et ne sachant comment il plaira à Dieu de disposer de sa personne dans ce voyage, il institue, en cas qu'il vienne à périr, un héritier universel de tous ses biens, à la charge seulement de faire célébrer dans la paroisse de Ville-Marie quatre grand’messes et d'autres pour le repos de son âme ». Voilà tout ce que ces braves se proposaient en se sacrifiant ainsi.

A ces dix-sept héros chrétiens, on doit joindre le brave Anahontaha, chef des Hurons, comme aussi Metiwemeg, capitaine Algonquin, avec les trois autres braves de sa nation, qui tous demeurèrent fidèles et moururent au champ d'honneur; enfin les trois Français qui périrent dans le début de l'expédition, Nicolas du Val, Mathurin Soulard et Blaise Juillet.

Nous, Canadiens français, nous fêtons Dollard et ses compagnons. Nous les proclamons tous les 24 mai, comme les plus beaux héros de notre race, héros chrétiens taillés par Dieu dans le granit de la civilisation française. Le 24 mai s'appelle, dans langage de notre peuple, la fête de Dollard.

A la fête de Dollard, nous devons faire participer, plus que les autres, nos jeunes générations. Cet appel, nous l'adressons aux éducateurs de notre jeunesse, aux plus petites maitresses d’école comme à ceux qui occupent les plus hauts postes d’enseignement.

L'on se plaint universellement que notre peuple manque de sens national, que l'égoïsme des vieilles société nous envahit, que l'esprit public se meurt. A toutes ces menaces, à tous ces maux opposons les puissances de réaction que tient en réserve notre histoire. II en comptera peu à une institutrice qui ne pourra faire davantage, d'exposer à ses bambins dans la langue qu'ils comprennent, l'exploit du Long-Sault et les hautes leçons qui s'en dégagent. Et pourtant, si elle sait remuer les jeunes âmes et leur communiquer son émotion, ce jour-la, n'aura-t-elle pas accompli au plus parfait, sa noble tache d'éducatrice? Elle n'aura qu'à se rappeler le prix des émotions éprouvées aux premières époques de la vie et de quelles accumulations de sentiments, se fait la noblesse des caractères.

Dans les couvents et dans les collèges, la fête de Dollard doit prendre de l'ampleur et de la solennité. C'est l'heure pour les enfants qui ont grandi, pour les jeunes gens en voie de finir leurs études, c'est l'heure de se rappeler l'engagement sacré des jeunes héros de Ville-Marie, de se rappeler les causes qui réclament encore les grands dévouements, et, sans forfanterie, sans vaines phrases, dans la simple et calme décision de leur volonté, de faire a leur tour le serment a la patrie.

VIVE DOLLARD!

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