Dollard Ménard : courage et fidélité

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Peu de héros modernes méritent autant notre respect que Dollard Ménard. Pourtant, cela n’empêche pas sa mémoire d’être presque totalement ignorée par les Québécois. C’est précisément pourquoi nous avons rédigé ce texte: pour remettre tout le respect que l’on doit à cet homme qui a eu plus que sa part d’épreuves.

Né en 1913 à Notre-Dame-du-lac, il fut par la suite diplômé de l’Université Laval en 1932, pour ensuite entrer au Collège militaire royal de Kingston. Au Collège militaire, il obtint une des meilleures moyennes malgré le fait qu’il soit francophmenardone et fasse de son mieux en anglais, ce qui rend son exploit encore plus surprenant. Une fois gradué en 1936, il servit au sein du Royal 22e Régiment. Il fut éventuellement déployé avec les forces armées britanniques dans le sous-continent indien (Afghanistan, Inde, Pakistan) où il combattit les rebelles pendant deux ans. Lors du déclenchement de la guerre, il prit l’initiative de revenir au pays, traversant l’Asie via le Japon, Singapour, Hong Kong, où il servit avec la Royal Navy avant son retour au Canada. Dollard Ménard fut par la suite promu au grade de lieutenant-colonel à l’âge de 29ans et mit à la tête d’un bataillon des Fusiliers Mont-Royal, ce qui fit de lui le plus jeune commandant de bataillon du Commonwealth! Il poursuivit son engagement en Angleterre où il entraîna ses troupes de 900 hommes pour partir à la guerre. C’est par la suite qu’il appreit que le premier combat sera celui de Dieppe.

« Les soldats devaient débarrasser la plage des nids de mitrailleuses allemandes et pénétrer dans la ville. Des rochers escarpés se trouvaient à droite et à gauche de la ville, avec une plage de galets au centre. Les Canadiens Français débarquèrent dans l’eau à plusieurs verges du bord. Des éclats de mortier leur tombaient dessus, et au moment de débarquer des centaines de Canadiens étaient déjà morts ou blessés. En mettant le pied sur la plage, Dollard Ménard a aperçu une poignée de soldats étendus sur le sol, la tête tournée vers les parapets, comme s’ils attendaient l’ordre de bouger. Ménard voulait qu’ils passent à l’action, leur ordonna de se lever, mais en vain. Le commandant a alors rampé jusqu’à l’un d’eux, il l’a secoué, lui a parlé, mais il ne répondait pas, il était mort. Il a recommencé avec quelques autres, en vain. Ils étaient tous morts. Les soldats n’avaient aucun abri pour se protéger du feu ennemi. On ne pouvait pas creuser de trous dans les galets. Il n’y avait vraiment aucun moyen de se mettre à couvert. Ils étaient soumis au feu croisé des soldats allemands. Mais l’avance devait continuer. Les dernières cinquante verges avant le rivage furent les pires. Ménard a sauté à terre et a ordonné à ses hommes d’ouvrir des passages à travers les barbelés. Il fut alors atteint par une première balle à l’épaule droite qui le précipita à terre. Ménard s’est relevé pour continuer à progresser, mais il fut atteint une deuxième fois. Cette fois, la balle lui déchira toute la joue droite. Malgré le feu nourri de l’ennemi, les soldats réussirent à pénétrer dans le casino et dans les rues avoisinantes, mais ils ne pouvaient rien faire sans l’appui des chars et de l’artillerie, détruits sur la plage. Aussi durent-ils, eux aussi, battre en retraite. Depuis leurs blockhaus, les Allemands continuaient à tirer et le colonel Ménard a donc décidé de tenter de les contourner avec ses hommes. En une heure, les Canadiens ont pris le contrôle de la plage. Mais il y avait encore quelques francs-tireurs allemands dissimulés et l’un d’eux a blessé Ménard à la jambe droite. Malgré tout, il voulait encore rejoindre les rues de la ville que certains de ses hommes commençaient à infiltrer. La dernière balle atteignit sa jambe droite, le clouant au sol. Plus tard, Ménard fut récupéré par ses hommes et traîné jusqu’à une barge qui fut attaquée par des bombardiers » Beaucoup perdirent la vie ce jour, le 19 août 1942, et d’autres s’illustrèrent par leur bravoure. 20 officiers et 484 hommes du régiment Fusilliers Mont-Royal sont tombés sur la plage, et seulement 125 combattants survécurent. Blessé cinq fois, évacué par ses soldats, Dollard Ménard regagne l’Angleterre, puis revient au Canada sur un navire hôpital. » (GrandQuebec.com)

Suite au débarquement, Dollard Ménard reçut la médaille de l’Ordre du service distingué et ne tarda pas à être accueilli en héros par la population canadienne. Le gouvernement du Canada s’empressa donc d'utiliser l’homme comme propagande de guerre, le comparant à Dollard-des-Ormeaux et en imprimant son visage sur des centaines de milliers d’affiches de recrutement. Peu de temps après, en 1943, notre homme commanda la 13e brigade du régiment de Hull sur l’île de Kiska, en Alaska, afin de prendre le contrôle d’un point fort japonais. La mission s’avèra sans éclat, puisque les occupants japonais avaient déserté le terrain au moment du débarquement des troupes canadiennes.

En 1951, Dollard Ménard fut déployé pour les Nations Unies entre le Pakistan et l’Inde, dans la zone qu’on appelle le Cachemire. Il retourna à la vie civile en 1965, neuf ans après avoir été promu brigadier général, mais se vit confronté à de sérieux problèmes de réintégration professionnelle. Sa transition à la vie civile ne fut pas toujours facile; il traversa plusieurs épreuves familiales ainsi qu’un épisode d’alcoolisme.

Tous ces faits d’armes sont très intéressants, mais c’est surtout en période d’après-guerre que Dollard Ménard démontre son nationalisme à tout épreuve. C’est d’ailleurs en tant que commandant de la base militaire de Valcartier qu’il prescrira les commandements en français pour les troupes francophones – auparavant, tous les ordres étaient donnés uniquement en anglais et même pour les troupes canadiennes-françaises unilingues. Il défendra également le droit de parler français sur les bases militaires dans le reste du Canada, puisque la langue était alors interdite et ce, même aux francophones! Son biographe Pierre Vennat nous indique également que lorsque Dollard Ménard a imposé les commandements en français au Québec, la plus forte résistance lui vint des autres francophones, alors que certains officiers anglophones (notamment du régiment montréalais Black Watch Royal Highland Regiment) sont venus le féliciter pour sa bravoure, lui soulignant qu'il faudrait plus de Canadiens-français comme lui! Cette situation confirme le dicton qui dit que « le pire ennemi d’un Canadien-français est un autre Canadien-français». Tout au long de sa carrière, notre héros dénonca avec détermination la discrimination faite envers les siens.

Un autre fait intéressant concernant Dollard Ménard est qu’il a prit position en faveur du camp du « oui » lors du référendum de 1980. Encore une fois, ce sont des Canadiens-français qui ont tenté d’associer sa prise de position politique avec des supposés problèmes de santé mentale mais cette fois-ci, cela venait de la part des généraux Jean-Victor Allard et Jacques Dextraze. Ménard ne se laissa pas abattre et a intenté des poursuites pour diffamation contre les deux généraux canadiens-français et gagna quelques années plus tard. Suite à ses prises de positions en faveur du « oui », le gouvernement a omis de l’inviter lors des célébrations du 50e anniversaire du raid de Dieppe en France, ce qui fut une gifle au visage de plus.

Encore aujourd’hui, Dollard Ménard reste un personnage controversé et suite à sa mort en 1997, sa famille décida de mettre ses médailles aux enchères plutôt que de les remettre au gouvernement qui lui causa tant de tort tout au long de sa vie.

La Fédération des Québécois de Souche souhaite donc souligner le courage et la détermination de cet homme qui resta fidèle à son peuple jusqu’à la fin, même s'il dut payer sa fidélité chèrement.

FQS
Pour la préservation de notre peuple

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