Féminisme et avortement : entre intransigeance et dogmatisme

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Féminisme et avortement, deux sujets intimement liés que personne n’ose aborder d’un point de vue critique par peur d’ostracisme. Pour ceux qui osent, une véritable excommunication sociale les attend s’ils aspirent à fréquenter la caste éduquée. Pourtant, le débat et la liberté d’expression, ainsi que la tolérance, ne sont-ils pas le socle de la démocratie si chère à nos sociétés modernes? Comment la nation peut-elle s’ajuster et se remettre en question si l’on fige ses décisions dans des idéologies nées d’une autre époque, basées sur d’autres réalités, au mépris de l’évolution des situations?(1)

Le refus du débat, pourquoi?

Il est intéressant de constater que plusieurs militantes féministes refusent tout débat en parlant des acquis de la modernité et en brandissant le spectre d’un sombre et angoissant « retour en arrière ». En agissant de la sorte, elles réussissent à sceller le débat, aussi sain et réaliste soit-il. Mais refuser le débat, c’est également refuser la possibilité de l’erreur et se cantonner sur une position définie comme vraie et rejeter catégoriquement tout réajustement. Or la situation des femmes aujourd’hui n’est plus celle d’avant la Révolution tranquille, véritable point de bascule à bien des égards, avec ses points positifs, et certainement aussi, négatifs. Les remises en question, le débat des idées, l’analyse et la méditation des concepts sont à l’origine pourtant de la pensée et du questionnement philosophique.

Derrière le féminisme moderne, le marxisme culturel

Dans le contexte de sociétés matérialistes et individualistes érigées sur des idées républicaines, l’acquisition du droit de vote et l’égalité devant la loi pour les femmes étaient inévitables. Mais nous sommes loin aujourd’hui de ces luttes. Seul le marxisme culturel peut expliquer la continuation d’un militantisme féministe aujourd’hui.

Issu de l’école de sociologie de Francfort, comme démontré dans des articles précédents, le marxisme culturel se démarque par sa critique radicale de la société traditionnelle occidentale. Il accouple le freudisme au marxisme pour établir la psychopathologie des identités et hiérarchies reconnues et universellement respectées jusqu’alors. Il identifie des oppresseurs et des oppressés et permet d’élaborer des récits ayant recours à des entités abstraites et parfois même inconscientes pour, au final, donner n’importe quel résultat désiré. Le féminisme moderne en est largement issu, car il s’oppose avant tout à un supposé patriarcat dominant et dresse les femmes contre les hommes en adversaires, dans le déni d’une complémentarité sur laquelle reposaient au contraire leurs rapports traditionnellement. Il était en effet reconnu que les sexes avaient des intérêts communs par lesquels ils étaient des alliés, mais aussi des différences complémentaires, justifiant des comportements, des mœurs et des attentes différentes de la part de la société.

Le marxisme culturel et le féminisme se pétrissent d’égalitarisme. Là aussi, cet égalitarisme est faux puisqu’il pose toujours les femmes en victimes. Les responsabilités ne sont jamais équitablement partagées et donne ainsi une image illégitime de martyr quasi mariale aux femmes plutôt que de les présenter comme des êtres égaux. Il suppose toujours la discrimination dans les domaines d’emploi si la représentation féminine est faible, sans prendre en compte le taux d’application des femmes elles-mêmes dans ceux-ci. Mais lorsque les femmes dominent certains domaines, l’égalité n’est plus une préoccupation. Il s’agit d’une forme d’égalitarisme hypocrite qui nie les différences entre les sexes et lorsque la réalité démontre qu’il en existe, les féministes les considèrent comme une démonstration de l’oppression et de la discrimination du « système en place ». En bref, une victimisation chronique.

Cette situation limite la compatibilité du nationalisme avec une partie importante du féminisme. Le nationalisme rassemble le peuple sous une même bannière, alors que la forme dominante du féminisme aujourd’hui divise la nation par sexe avec une notion de lutte révolutionnaire contre un patriarcat haï et exécré. Voilà pourquoi le féminisme a surtout évolué dans les milieux trotskystes et révolutionnaires, puisque ceux-ci considéraient la nation comme une contrainte à l’unité du prolétariat à l’échelle mondiale, et les féministes considèrent souvent la « nation » comme l’expression d’un État quasi totalitaire au service de l’oppresseur masculin. Nous sommes toujours dans le même cadre d’analyse oppresseur/opprimé.

Le marxisme culturel, pensée hypercritique en apparence, peut être servi à toutes les sauces possibles et voulues. Il oppose les femmes aux hommes, mais aussi les minorités aux majorités, au travers la lutte contre les discriminations, le racisme et la xénophobie, les illégaux aux citoyens paisibles par la lutte pour la régularisation, les athées aux croyants par un rejet des symboles et de la culture religieuse majoritaire, les ouvriers aux patrons ou les « bourgeois » par la fameuse lutte des classes, les homos aux hétérosexuels par la lutte contre l’homophobie, et ainsi de suite. Cela provoque évidemment une société multipolaire désunie et incapable de servir les intérêts d’une majorité vu l’opposition constante entre ses groupes d’intérêts. C’est le « diviser pour régner » de la gauche sociétale.

Les erreurs du féminisme

Il y a deux erreurs du féminisme. D’abord, l’infantilisation de la femme une fois celle-ci émancipée, et ensuite le rejet de la maternité comme une composante essentielle de son identité et de ses besoins.

La femme est d’abord infantilisée et maternée par les féministes lorsque certaines refusent de se conformer à leur vision du monde. Nous assistons à l’ire des féministes contre les concours de beauté ou devant les publications et les images étalant les charmes féminins, même si les modèles payés pour se dénuder ainsi le font librement. Ce comportement refuse ainsi le fait pourtant naturel de la séduction et de son rôle essentiel dans les rapports amoureux et reproductifs.

Il y a une ironie à constater que lorsque le pouvoir patriarcal battait son plein, il y a un siècle et plus, ces manifestations opposées par les féministes aujourd’hui étaient fortement réprimées. C’est que ce libre-choix et cette libération sexuelle, parfois débridée, sont une conséquence directe des luttes féministes et, derrière elles aussi, du marxisme culturel. L’auteur français Michel Clouscard1 a bien observé comment l’hédonisme soixante-huitard était une condition sine qua non à la société de consommation, poursuivant aussi comme objectif la mort de la famille. Les féministes refuseraient-elles les conséquences de leur propre mouvement?

La femme est ensuite dénigrée par les féministes si elle choisit d’être mère à temps plein ou d’avoir de nombreux enfants, comme si l’ascension sociale et la progression professionnelle étaient une réalité incontournable de l’épanouissement. C’est le point de vue exact de Simone de Beauvoir qui, en bonne marxiste, affirme bien que sans la participation à la vie économique, un individu n’est rien socialement(2). En cet aspect, les féministes sont aussi de grandes capitalistes, car elles mettent la femme à la disposition de l’employeur, la profession et le salaire ayant préséance sur la famille et les enfants.

Les féministes appuient très rarement les avantages sociaux pour les femmes au foyer ou les politiques natalistes, ceux-ci étant vus comme un « retour à l’obscurantisme ». Elles préfèrent de loin, comme les capitalistes, avoir recours à l’immigration de masse pour stabiliser la population. Encore une fois, elles se tirent dans le pied en valorisant une immigration du Tiers-Monde nettement plus conservatrice.

Un féminisme nouveau doit cesser de brouiller la femme avec l’homme et avec sa fonction maternelle. Il doit au contraire permettre à la femme de s’épanouir dans l’un comme dans l’autre, sans jamais dénigrer l’un ou l’autre.

Et l’avortement dans tout ça?

Comme nous avons mentionné plus haut, le féminisme, par son opposition à la maternité et son positionnement catégorique en faveur de l’avortement gratuit et légal peu importe la situation, « ma vie, mon corps, mon choix » (un égotisme très moderne en effet), cadenasse et empêche toute discussion sur le sujet, tout recalibrage, toute adaptation.

Faisons sauter le cadenas.

Un article du Devoir datant du 26 janvier 2013, « 100 000 avortements par année au Canada »(3) nous en apprend davantage sur les faits entourant l’avortement aujourd’hui.

Depuis 1976, le taux d’avortement est passé de 7,3 à 29,7 en 2011. 1976, c’est l’année où René Lévesque et le Parti Québécois ont décidé de ne plus déposer d’accusations pour un avortement. Aujourd’hui, la réalité nous rattrape et fait sauter plusieurs mythes. Il en est un voulant que la majorité des avortements soit le fait de jeunes femmes mineures incapables d’assumer les coûts de la procédure ou encore les responsabilités d’être mère. Ce mythe, semble-t-il, a toujours été faux.

« C’est, et de loin, parmi les femmes de 20 à 24 ans que le nombre d’avortements est le plus élevé, avec presque 7700 interruptions de grossesse en 2011, suivies des 25-29 ans avec 5600 cas. Il en est d’ailleurs ainsi depuis que les statistiques existent en 1976. Le mythe que ce soit le lot de jeunes filles précoces en amour et écervelées est donc complètement déboulonné. En 2010 et en 2011, il y a même eu plus d’avortements chez les 30-34 ans (4726) que chez les 15-19 ans (4047). L’âge moyen des femmes obtenant une interruption volontaire de grossesse était de 27 ans en 1976… et de 26,93 ans en 2011. »

Plus loin, la Dre Francoeur nous explique que le haut taux d’avortement chez les plus de 30 ans est causé en bonne partie par une insouciance personnelle.

« La Dre Francoeur note que ces femmes plus âgées sont de la "génération vasectomie". Leur conjoint est vasectomisé et lorsqu’une rupture survient, elles ont perdu l’habitude de la contraception. C’est dans le top 10 des raisons. »

Nous pouvons donc conclure que sur les 26 248 avortements au Québec en 2011, pas moins de 18 026 étaient le fait de femmes majeures qui, rappelons-le, ont maintenant un taux de diplôme postsecondaire plus élevé que les hommes(4 5 6) et sont désormais indépendantes financièrement au point de représenter pas moins de 47% des propriétaires de PME (7 8). De plus, l’accès à plusieurs types de contraceptifs (incluant la pilule du lendemain) en pharmacie ou par un médecin de famille est une réalité très loin de celle de 1976.

Pourtant, pour les féministes les femmes ne doivent pas assumer les conséquences de leurs actes ni les coûts médicaux. Presque 70 % des avortements sont le fait de femmes majeures et ne sont pas à la suite de crimes (viol, inceste, etc)(9). Autrement dit, « mon corps, ma vie, mon choix »… mais sans en assumer les conséquences financières qui vont habituellement avec l’indépendance. Si l’enfant à naître n’en est pas un pour les féministes, pourquoi le coût de l’avortement doit-il être partagé collectivement? Si l’acte sexuel ne regarde que la femme et non pas la société, qu’en est-il de la responsabilité? Si la femme, grâce à la libération sexuelle, choisit avec qui, quand, comment et à quelle fréquence elle a des relations sexuelles et que celle-ci peut profiter d’un libre accès à la contraception, en quoi le choix de ne pas y avoir recours regarde-t-il l’ensemble de la société? La question se pose.

L’homme, de son côté, n’est pas concerné par le choix de la femme d’avoir ou non un enfant, mais doit légalement prendre ses responsabilités envers celui-ci, du moins financièrement (pensions alimentaires). Pourquoi la femme, supposée être égale et libérée, serait-elle exemptée de toute responsabilité? Pourquoi l’un doit-il prendre conséquence de ses actes et non l’autre? N’est-ce pas infantiliser la femme?

La fameuse logique . . .

Dans les débats aussi dogmatiques avec des enragées idéologiques et à la limite sexistes (car oui, prioriser un sexe peu importe lequel plutôt qu’un autre est du sexisme) d’un côté et des soldats de la foi de l’autre, il y a toujours un grand perdant : la logique.

Oui, le féminisme doit être déboulonné, car il est hypocrite et monte un sexe contre l’autre. Oui, la femme libérée doit assumer ses choix et ses responsabilités. Le financement de l’avortement ne doit pas être mur à mur, car la réalité moderne et actuelle ne l’exige plus. Cela dit, l’avortement ne mérite probablement pas d’être criminalisé, sauf dans certains cas où le fœtus a dépassé un certain stade de développement (le débat doit avoir lieu). D’autre part, ne devrait-il pas n’être couvert par l’assurance maladie (être enceinte est que s’il doit être pratiqué sur des mineures, lorsque la vie de la mère est en danger ou lorsqu’il est le résultat d’un acte criminel? L’avortement doit également cesser d’être présenté comme une simple intervention médicale habituelle. Les conséquences psychologiques et physiques doivent sérieusement être étudiées sans tabou et connues du grand public et non plus présenté comme une simple méthode de contraception. Réintroduire l’autorité et la responsabilité parentale pour les mineures, par une facture aux parents ou un consentement est possiblement une autre mesure à débattre. L’avortement doit devenir un geste de dernier recours.

Mais avant tout, il faut en débattre en tant que société et pour cela, il faut donner la parole à tous et faire tomber la chape de plomb et la pluie d’insultes et de clichés que les progressistes et les féministes utilisent pour faire taire le débat.

Libérons-nous des censeurs.

Autre époque, autres mesures

Le féminisme vit le jour alors que les taux de naissances étaient très élevés et où les familles nombreuses étaient la norme. Le problème du déclin démographique ne se posait donc pas, l’immigration massive, avec ses impacts sociaux et culturels, était également inexistante. La surreprésentation des femmes dans les cégeps et les universités, en plus de certains domaines, ne l’étaient pas plus. Que dire de l’éclatement des familles? Ce n’était aucunement une chose commune lors des grandes luttes féministes des années 60-70! Venons-en à la réalité: idéologiquement, le féminisme comme il existe présentement est désuet, dépassé et complètement mésadapté à la réalité nationale d’aujourd’hui.

Voilà pourquoi la matrice occidentale fait défaut sous l’analyse marxiste et féministe. La cohérence est impossible lorsqu’on oppose les sexes, alors que le bonheur de tous nécessite leur affection et leur unité pour procréer et fonctionner.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

 


Références

//www.lafauteadiderot.net/Mai-68-dans-l-oeuvre-de-Michel
2 Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, 4e partie : Vers la libération. //www.fsj.ualberta.ca/SCSOC312/De%20beauvoir.doc
//www.ledevoir.com/politique/canada/369353/pres-de-100-000-avortements-par-annee-au-canada
//www.statcan.gc.ca/pub/89-503-x/2010001/article/11542-fra.htm
//www.stat.gouv.qc.ca/salle-presse/communique/communique-presse-2014/fevrier/fev1412.html
6 Selon Statistique Canada, le taux de décrochage demeure plus élevé chez les jeunes hommes que chez les jeunes femmes.//www.statcan.gc.ca/pub/81-004-x/2010004/article/11339-fra.htm#e
//www.gazette.uottawa.ca/fr/2014/03/une-affaire-dequite-homme-femme/
8 Selon Industrie Canada «En 2012, les petites entreprises employaient plus de 7,7 millions de personnes, ou 69,7 % de la main-d'oeuvre totale du secteur privé, et les entreprises de taille moyenne comptaient 2,2 millions d'employés, soit 20,2 % de la main-d'oeuvre totale du secteur privé. En tout, les petites et moyennes entreprises employaient environ 10 millions de personnes, soit 89,9 % des employés du secteur privé».
//www.ledevoir.com/politique/canada/369353/pres-de-100-000-avortements-par-annee-au-canada

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