Sur la question du métissage

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La critique du métissage est aujourd’hui un sujet politiquement suicidaire que personne n’ose entreprendre. Par contre, le sujet va de soi si l’on débat sereinement de l’identité et de la survie des Canadiens-français en Amérique du Nord. Lionel Groulx aborda la question dans son livre L'appel de la race, le sujet étant moins scandaleux à l'époque. Nous allons oser briser le tabou.

Sans embarquer dans la dérive du culte de la pureté raciale ou encore dans la peur de « l’autre », il va de soi de se poser quelques questions concernant notre survie qui méritent d’être répondues. 

  • Qu’adviendra-t-il du Québec lorsque la majorité de la population ne sera plus issue  de France et d'Europe mais plutôt d’Asie et d’Afrique ?
     
  • Quel sera notre rappot à l’Histoire ? Pourra-t-on forcer une population majoritairement issue d’ailleurs d’apprendre l’histoire d’un peuple avec lequel celui-ci n’a que peu de liens ? Faudra-t-il la changer, l’adapter ? En oublier une partie en faveur d’une autre ?
     
  • Que restera-t-il de nos traditions comme Noël, Pâques et l’Halloween, lorsque la majorité de la population proviendra d’une culture religieuse autre que chrétienne ? Ou lorsque ceux-ci seront partagés au sein d’une même famille grâce au métissage?
     
  • Qu’en est-il des patronymes de nos rues, villages et lieux si la majorité de la population possède partiellement un héritage hindou, musulman ou autre ? Vont-ils longtemps reconnaître et s’identifier à des lieux d’origine catholique ?
     
  • Que se passera-t-il avec notre drapeau et nos symboles, si la majorité de la population est dorénavant descendante de partout dans le monde? Faudra-t-il les remplacer ?
     
  • Que se passera-t-il avec les Québécois de souche restants lorsque le processus d’intégration et d’assimilation sera inversé ?
     
  • Qu’arrivera-t-il de nos intérêts une fois minoritaire chez nous? À la défense de la langue française? Ceux issus de parents parlant d’autres langues, ignoront-ils la richesse de leur langue maternelle au profit du français ? Comment vont-ils faire pour en promouvoir une plus qu’une autre ? N’ayant plus uniquement de racines historiques et culturelles avec le français, qu’est-ce qui va les empêcher d’adopter une langue plus universelle comme l’anglais ?
     
  • Les partis politiques serviront-ils nos intérêts alors que nous aurons perdu notre poids démographique et notre cohésion ?

Force est de constater que nous ne pourrons pas occulter une histoire et une culture venues d’ailleurs une fois celles-ci majoritaires et plus présentes que la culture d'origine dite « de souche ». Le faire serait nier l’importance et la participation des autres peuples à notre société. Si ces origines sont majoritairement diverses (vu l’immigration venant de tous les coins de la planète), nous assistons à la mort de la « nation » et du « peuple » ainsi que de sa culture, pour plutôt remplacer celle-ci par un concept de citoyen du monde n’ayant pas plus de lien avec l’histoire québécoise qu’avec celle des autres continents. Sommes-nous prêts à s’effacer pour voir naître une agglomération de citoyens du monde déracinés ?

Nous osons dire non, le métissage à grande échelle n'est pas souhaitable malgré les foudres que cela nous attire, car nous méritons de vivre en tant que peuple et en tant qu’entité, autant que tous les autres peuples sur Terre.

Pourquoi est-il politiquement incorrect de le dire alors que dans la vaste majorité des pays s'applique le droit du sang et que se multiplient dans la région montréalaise les caisses, centres communautaires, cours de langue, groupes de jeunesse et écoles ethniques propres à chaque communauté, une barrière contre l’assimilation et le métissage. Le tout lourdement subventionné et encouragé par le gouvernement. Des institutions exclusives qui nous sont niées. Certains groupes méritent-ils de s’épanouir, vivre et perdurer plus que d’autres ?

Alors dites-nous en quoi devrions-nous avoir honte de vouloir perdurer et assurer notre avenir ici, le seul endroit au monde où les Québécois sont majoritaires et que l’on peut appeler « chez nous », alors que tant d’autres ont un « chez eux » qui n’est pas submergé par des populations étrangères ? En quoi devrions-nous avoir honte alors que le gouvernement encourage financièrement les communautés immigrantes à se replier sur elles-mêmes ?

Le métissage est un phénomène qui se produit naturellement, puisque l’homme évidemment ne contrôle pas son environnement, les gens avec qui il est en proximité, ni ses sentiments. Par contre, encourager le métissage par des publicités, des politiques gouvernementales ou des discours officiels, comme c’est le cas en France, sous-entend une obligation morale au métissage. C’est l’intervention de l’État dans le domaine privé et la vie sentimentale et affective des citoyens. Nous osons même dire qu’il y a derrière cela une similitude inquiétante avec le culte de la pureté raciale, mais cette fois-ci il s’agit du culte de la mixité. Ceci laisse croire à un besoin au métissage, comme si le fait de ne pas avoir d’origines diverses est un tare, une erreur, une faute reprochable.

Vouloir perdurer n’implique pas le mépris de l’autre, ni un sentiment de supériorité. Comme disait Lionel Groulx:

« Canadiens-français, si nous ne pouvons l'être que d'une façon qui équivaut à ne pas l'être, qu'attend-on en haut lieu, qu'attendent nos chefs pour le dire et pour nous commander de disparaître ? 
 

Les études universitaires donnent raison à nos préoccupations…

En voici quelques extraits :

« Avec l’arrivée  de  l’enfant,  une série  d’interrogations nouvelles se pose. Le prénom, le baptême, la circoncision, les principes d’éducation, la langue, la religion et la nationalité font tous l’objet de négociation. Les choix effectués, qu’il s’agisse de valeurs  ou  de marqueurs  concrets, jouent  un rôle  dans l’identité  de l’enfant  en  orientant ses projets futurs et sa socialisation. En ce sens, pour les auteurs, les décisions sont des révélateurs des projets, des désirs et des intentions des parents concernant l’identité des enfants (StreiffFenart, 1989a; Varro, 1995a; Barbara, 1993a; Varro et Lesbet, 1986; Philippe et Varro, 1994; Muller, 1987) »

Le choix des prénoms :

« Dans les unions entre Québécoises et Haïtiens ou Africains, le prénom est toujours donné par le père (Passerieux, 1994). Cette tendance semble plus forte lorsque le père est d’origine musulmane (Varro et Lesbet, 1986). »

« Les stratégies de compromis et de partage sont pratiquées grâce à l’attribution de prénoms neutres,  internationaux,  passe-partout,  bilingues  ou  doubles (Barbara,  1993a;  Streiff-Fenart,1989a;  Varro  et  Lesbet,  1986;  Muller,  1987;  Marcoux,  1993).  Dans  les  couples  francomaghrébins,  les  parents  évitent  des  prénoms  très  fortement  christianisés  ou  à  connotation fortement islamique. C’est aussi la solution majoritaire choisie par les parents franco-américains (Varro et Lesbet, 1986). Dans les familles francophones/anglophones de la région d’Hull/Ottawa, la stratégie consiste à donner des prénoms bilingues (Marcoux, 1993) »

La Transmission de la religion :

« Abdouh (1989) indique que les couples maghrébins/québécoises n’ont pas connu de conflits dans le choix de l’éducation religieuse de leurs enfants et qu’une majorité d’entre eux ont donné  une  éducation religieuse musulmane  à  leurs  enfants. Dans son  étude sur  des femmes québécoises converties à l’islam et mariées à des Algériens, Martin (1995) montre l’importance de la religion musulmane dans la socialisation des enfants. La motivation pour l’homme de la conversion de sa partenaire consiste à transmettre des valeurs musulmanes aux enfants sans qu’il y  ait  conflit  d’allégeance  pour  eux. »

« Varro (1995a) observe que la majorité des familles mixtes se donnent pour non pratiquantes. »

La langue :

« Les couples ne privilégient pas toujours qu’une seule langue et la socialisation dans les deux langues est aussi observée, principalement dans les études canadiennes. Par exemple, dans les couples maghrébins/québécoises, les enfants s’exprimant uniquement en français sont rares (Abdouh, 1989). »

« Dans les quelques recherches sur le sujet, la langue parlée retient davantage l’attention. Williams (1992)  a  montré  que  la  plupart  des  jeunes  Américains-Asiatiques rencontrés sont bilingues et qu’ils ont développé leur propre langage, un mélange de japonais et d’anglais »

Les principes d’éducation :

« Plusieurs sujets peuvent être source de  divergences  au sein  des  couples : la  différence de traitement fait  aux filles  et  aux garçons,  la  permissivité  ou  le respect  de  l’autorité,  etc.  Par  exemple,  dans  les  unions  entre Québécoises  et  Haïtiens  ou  Africains,  les  confrontations,  en  ce  qui  a  trait  à  l’éducation, proviennent  surtout  des  débats  autour  du  concept  d’autorité  (Passerieux,  1989).  Dans  ces situations, le rôle des femmes apparaît déterminant (Muller, 1987; Passerieux, 1989). »

La nationalité :

« La  quasi-totalité des familles maghrébo-québécoises étudiées par Abdouh (1989) a donné une double nationalité à ses enfants. »

« Non seulement l’importance attachée à la nationalité par les adultes interviewés est des plus variables, mais qu’elle soit faible ou forte n’a guère d’incidence sur la nationalité des enfants. En outre, qu’ils se montrent ou non indifférents à cet égard ne change rien à l’attachement au pays et à la culture d’origine. »

Rapport de force et sexe du conjoint :

« Est-ce la mère ou le père qui l’emporte? Dans les situations de choix univoques en faveur d’un  groupe,  c’est  généralement le  père  qui  décide,  peu importe son  origine (Streiff-Fenart, 1990b).  Par  exemple,  chez  les  couples franco-américains,  les  pères français  transmettent  la religion. Toutefois, si les conjoints ont connu des mixités dans leurs familles d’origine, la religion demeure effacée (Varro, 1993). Le plus souvent, le choix des prénoms des enfants revient aux pères (Passerieux, 1989; Streiff-Fenart, 1989a; Varro  et Lesbet, 1986). Toutefois, le rôle des femmes ne s’avère pas négligeable, comme des auteurs l’ont souligné à propos des principes éducatifs.  Souvent,  ce  sont  elles  qui  tiennent,  plus  que  leur  mari,  à  ce  que  leurs  enfants apprennent des éléments de la culture d’origine de leur père (Passerieux, 1989). Dans son étude sur  la  transmission  de  la  judéité  dans  des  couples  mixtes,  Judd  (1990)  note  l’influence prépondérante de la mère sur l’éducation des enfants. Lorsque le parent juif est la mère, l’enfant court plus de chance de se voir inculquer les principes juifs. Cette situation s’explique par le rôle principal que joue la mère chez les Juifs dans la transmission de la religion. »

« Les conjoints subissent les pressions extérieures de leurs familles et de leurs sociétés. Les groupes d’appartenance, le statut  du  pays  d’origine  des  conjoints,  l’appartenance  sociale,  le  statut  des  langues,  etc. influencent à leur tour les rapports de sexe. »

Les lignés familiales :

« Dans  une recherche sur  les  couples mixtes  entre Franco-Québécois  et  Québécois  d’autres  origines,  Fournier  (2001)  constate  une  légère prédominance du réseau familial de ces derniers sur la vie de ces couples. Pour sa part, Leblanc (2001),  dans  une recherche sur  l’identité  ethnique  d’enfants  issus  de mariages mixtes  entre Arméniens  et  non-Arméniens  à  Montréal,  montre  comment  la  famille  élargie  joue  un  rôle primordial au niveau de la transmission de l’arménité.»

L’Identité :

« Luke (1994) parle des transformations de l’identité chez des femmes australiennes mariées à des hommes de couleur. Dans une étude sur des femmes d’origine  québécoise  dont  le  conjoint  est  Algérien,  Martin  (1995)  examine  la  conversion religieuse à l’islam des femmes, plus spécifiquement son impact sur l’identité des converties. Ces femmes se montrent très critiques de la société québécoise. »

« Cottrell (1990) note que toutes les études réalisées avant 1990 sur  le  mariage  international  mentionnent  le  désir  chez  les  conjoints  de  conserver  une identité biculturelle. Toutefois, le degré d’incorporation de chaque culture dans la vie familiale semble varier fortement d’un couple à l’autre. Dans l’étude de Marcoux (1993), les conjoints se montrent souvent très fiers de ne pas être tout à fait comme tout le monde, sont très conscients des différences qui les distinguent et apprennent à tenir compte des spécificités socioculturelles de leur partenaire. Chez les Chinois-Américains, deux possibilités sont envisageables, soit une relation asymétrique, dans laquelle un des conjoints adopte la culture de l’autre, soit une relation symétrique dans laquelle chacun des partenaires abandonne un partie de sa culture et adopte des éléments de l’autre (Lee Sung, 1990a). »

« Au niveau des amitiés et des fréquentations, Williams (1992) a observé l’influence de l’origine et de la langue sur les choix des individus. Les contacts des jeunes asiatiques-américains se déroulent de façon prioritaire avec des jeunes mixtes et bilingues comme eux. Maxwell (1998) observe un phénomène similaire chez plusieurs jeunes disant rechercher et apprécier l’ouverture des personnes mixtes. »

« L’identification à un seul groupe découle du contexte, lequel limite les choix offerts. Elle serait présente chez la majorité des Noirs-Blancs aux États-Unis qui s’identifieraient au groupe Noir (Diouf-Kamara, 1993). »

« plusieurs enfants de couples mixtes turcs/américaines interviewés  par Bilgé  (1996) revendiquent  à  la  fois  leurs  identités  turque  et  américaine.  À différents moments de leur vie, les individus mixtes peuvent manifester un désir de connaître l’autre moitié de leur héritage. Cette curiosité pour leurs racines amène souvent les enfants issus de couples mixtes à apprendre la seconde langue à l’école ou à voyager dans le pays d’origine pour un séjour linguistique. C’est ce qui est observé par Lagaune (1995) dans le cas des jeunes issus d'un mariage franco-chinois. Dans une recherche sur l’identité ethnique de jeunes d’héritage mixte japonais/américains et hispaniques, Stephan et Stephan (1989) font ressortir le caractère multiple de leur sentiment d’appartenance. »

« Dans l’étude  de  Hall  (1992)  sur  les  Noirs-Japonais  à  Los  Angeles,  les  plus  jeunes  répondants s’identifiaient principalement au groupe noir et les plus âgés revendiquaient plus facilement une appartenance  multiculturelle  et  multiraciale.  Toujours  aux  États-Unis,  les  Noirs-BlancsTransmission identitaire et mariages mixtes : recension des écrits Josiane Le Gall 44 s’identifient d’abord à leur parent blanc, puis à partir de l’adolescence, à leur parent minoritaire (Diouf-Kamara, 1993). Un phénomène similaire caractérise les Chinois-Américains (Lee Sung, 1990a). Quelques individus traverseraient également une période de leur vie dans laquelle il est nécessaire pour  eux  de  choisir leur identité  ethnique. Pour Hall (1992),  cette  période  débute autour de l’âge de 14-15 ans et dure 3-4 ans. »

La mixité, un problème ?

« Encore  aujourd’hui, les  auteurs  expriment  des  craintes  à l’endroit  des comportements,  de la personnalité et de l’identité des jeunes issus de mariages mixtes. Ils font alors ressortir l’aspect problématique  de l’identité  et  de la socialisation  des  enfants issus  des mariages mixtes. Ces individus feraient face à des problèmes psychologiques et sociaux, tels que l’anxiété, l’insécurité, la dépression, le remords, les conflits d’identité et la haine (Luke, 1994; Root, 1992). »

 


Source : Transmission Identitaire et mariages mixtes : Recension des écrits, Josiane Le Gall, pour le CHSLD et CLSC Nord de l’Île et Groupe de recherche ethnicité et société du Centre d’études ethniques de l’Université de Montréal. 2003.

 

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