L’abolition du héros

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Texte  du Dr. Max Rafferty en 1964, transcription par la FQS.

Le patriotisme se nourrit du culte des héros, et nous avons décidés d’abolir les héros. Même après les avoirs défigurés, nous avons proclamé comme trop « violents » et « brutaux » pour les oreilles enfantines les contes de fées et les rimettes de nursery qui ont enchanté des générations d’enfants. Hansel et Grétel furent affadis au rang de sages catéchistes en pique-nique, et Jacques le Tueur-de-géants devint un écolier maniant le tue-mouche. Nous avons réduit tout ce qui était terrible et merveilleux.

Dans nos manuels scolaires Dick et Jane ont remplacé Ulysse et Pénélope. La visite de Tom et Suzanne au zoo a été substituée à la recherche de la Toison d’Or. Les hauts faits des héros devant Troie sont histoire du passé, et dans les livres de lectures ont accorde page après page aux déambulations du laitier dans les rues encombrées et les ruelles infectes de bidonvilles. Bobby et Betty font une promenade insipide sans but à bord du camion-vidangeur du bon vieux toqué M. Jones, tandis que l’immortelle chevauchée de Paul Revere s’évanouit sans regret, sans honneur, sans hommage. Il est intéressant et significatif, je crois, que l’éducation ait délibérément escamoté le héros pour faire place au névrosé.

Le héros d’aujourd’hui – s’il en est un – est façonné à l’image blasphématoire de nous-mêmes.

C’est dans le deuxième livre de lecture, « papa » qui revient à la maison avec son inséparable serviette de cuir, après une journée fade passé au bureau antiseptique, juste en temps pour tapoter le chien Jip et porter sur ses épaules, bien cousinées suivant la mode, sa petite blonde Laurie vers le bungalow immanquablement blanc. C’est dans le troisième livre de lecture, « maman » toujours en bas de nylon et d’une tenue impeccable après une journée passée devant le poêle de la cuisine, sans jamais un mot déplaisant sur ses lèvres soigneusement maquillées et sans jamais une idée dans sa tête.

Ce sont toutes ces insupportables nullités qui remplissent les pages de nos manuels élémentaires avec leurs plates niaiseries sur des sujets d’une banalité qui ne pourront jamais exciter l’intérêt de qui que ce soit.

J’ai dans ma main droite un livre de lecture de troisième année présentement utilisé en Californie. Deux des principaux personnages sont Paddy Foot le petit indien et Oncle Will le cueilleur de coton. Ils sont inoffensifs, gentils, et ennuyeux comme une pluie d’automne.

Dans ma main gauche, je tiens un manuel de lecture Mc Guffey de troisième année, publiée en 1879. Il contient une description à faire frémir d’un voyage au Tibet à travers les Himalaya, une histoire toriette illustrant les horreurs de l’alcoolisme, une série de contes dramatisant les fables d’Escope et plusieurs poèmes de Wordsworth et Whittier.

Quel contraste!!

C’est émouvant. C’est étincelant. C’est intéressant.

Les garçons et les filles qui furent élevés avec ce genre de programme ne l’ont jamais oublié. Même aujourd’hui, il arrive qu’un vieux compère vienne me voir à la fin d’une causerie et récite McGuffey mot à mot – après soixante ou soixante-dix ans. Je me demande si un élève d’aujourd’hui, même après un, an pourra réciter les 15 pages et 2500 mots du livre de lecture actuel racontant comment Richard Lane et la bonne Mlle Allen plantaient des bulbes dans la boite à fleurs de la fenêtre de l’école?

Il n’est pas étonnant qu’ils soient si nombreux à ne pas savoir lire. Pendant presque une génération nous ne leur avons rien donné qui valait la peine d’être lu.

Dr. Max Rafferty, 1964.

 

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