Le grand défi iroquois

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L’établissement de Ville-Marie, notre ville de Montréal, ne fut pas une entreprise de tout repos. L’île abritait auparavant les ancêtres des Algonquins, qui furent chassés par les Iroquois, faisant de l’endroit une île déserte bien avant l’arrivée des colons. Le choix de l’emplacement semblait téméraire; Ville-Marie allait se situer à l’intersection de la plupart des grandes rivières empruntées par les sauvages. Si l’endroit paraissait inopportun, on peut dire que le moment ne l’était pas moins: la guerre iroquoise faisait rage.

Né dans les Ardennes en 1630, Lambert Closse traversa au Canada avec Maisonneuve qui revenait, en 1647, d’un voyage en France. Bien qu’il fût greffier de notaire et colon, c’est en tant que sergent-major de Ville-Marie qu’il se démarqua parmi les héros de notre histoire. De plus, c’est pour ses talents de soldat, notamment la précision de ses tirs, qu’il fut également désigné instructeur des troupes. Dans la colonie constamment menacée par les raids des Iroquois qui attaquaient, tuant ou capturant les colons qui travaillaient au champ, le courage et le génie militaire du jeune Closse devinrent vite indispensables.

Closse était propriétaire du premier chien de Ville-Marie, une femelle du nom de Pilote. Il eut la brillante idée d’entraîner la chienne à la détection des rôdeurs iroquois. L’expérience fut un succès et Lambert et ses hommes firent venir d’autres chiens qui furent dressés en sentinelles. C’était là une innovation dans la guerre aux Iroquois.

Outre les avancées stratégiques, Closse montra l’exemple et conduisit ses hommes à la victoire dans de nombreux faits d’armes. Les missions militaires à Ville-Marie consistaient la plupart du temps au secours des colons assiégés par les Iroquois toujours en surnombre. Un jour, avec une poignée d’hommes, il forçait les assaillants embusqués à battre en retraite. L’autre jour, il vainquait, avec seize hommes, une armée de 200 Iroquois qui attaquaient l’Hôtel-Dieu de Jeanne Mance. Une autre fois, barricadé dans une cabane lors d’une escarmouche contre des hordes d’Iroquois, il attendit d’autres de ses hommes en renfort pour donner l’assaut de deux cotés différents; le groupe impressionnant d’Iroquois prit la fuite. La vie de Lambert Closse était remplie de ce genre d’exploits guerriers.

En 1655, lors d’un voyage de Maisonneuve en France, celui-ci lui confia le commandement de Ville-Marie en son absence. Il épousa Isabelle Moyen, faite orpheline et prisonnière par les Iroquois dans son enfance, puis prise en charge par Jeanne Mance après sa libération. Il fut récompensé de ses services, on lui fit don d’un fief où il construisit une maison fortifiée. Même occupé par la vie de famille, Closse ne manquait aucune occasion de se joindre aux expéditions de sauvetage. C’est le 6 février 1662, en secourant des défricheurs attaqués par des centaines d’Iroquois, que Closse connut sa première et dernière défaite. Encouragés de voir quelques hommes battre en retraite derrière notre héros, les Iroquois, pour une fois, ne prirent pas la fuite. La bataille dura une bonne partie de la journée et Closse fut tué au corps à corps.

La défaite et la mort de Lambert Closse furent tenues secrètes un certain temps, car la terreur qu’il inspirait chez l’ennemi laissait l’iroquois y réfléchir à deux fois avant de planifier une attaque sur Ville-Marie. La première fille de Closse, dont Dollard-des-Ormeaux fut le parrain, mourut après sa naissance. Sa deuxième fille fut la femme, puis la veuve, du seigneur Jacques Bizard, dont l’île de sa seigneurie porte le nom. Celui-ci lui donna six enfants. Son deuxième mari, Blaise des Bergères, lui en donna trois autres.

« Je ne suis venu à Ville-Marie qu’à fin d’y mourir pour Dieu, et si je savais que je ne dusse point y périr, je quitterais le pays pour aller contre le Turc, afin de n’être pas privé de cette gloire. » -Lambert Closse

« Montréal lui doit la vie. » -Relations de Jésuite

FQS
Pour la préservation de notre peuple

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