Quel monde! – Robert Rumilly

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Quel MondeQuel monde! Robert Rumilly, 1965, 96 pages.

Quel monde!, ce court mais percutant ouvrage de Robert Rumilly écrit en 1965 se veut principalement une critique de la société de l’époque, mais reste une lecture des plus intéressantes encore aujourd’hui qui nous démontre que l’on n’a pas à chercher sur le vieux continent pour trouver des auteurs qui sont à mille lieues de la rectitude politique. Sans réviser l’ensemble de l’œuvre, nous allons nous concentrer sur les éléments les plus intéressants pour le lecteur d’aujourd’hui.

«Races»

Rumilly commence son ouvrage avec un véritable coup de poing littéraire en abordant le thème de la « race » et poursuit avec un rejet total de l’égalitarisme moderne.

« Les hommes sont égaux devant Dieu, sans doute. Ils ne sont pas égaux en aptitudes, ils ne sont pas égaux devant la vie. Dans la même race, les uns sont grands, d’autres petits, les uns sont forts, d’autres faibles; les uns sont intelligents, d’autres le sont moins; les uns sont doués pour le commandement, d’autres sont nés pour exécuter, pour obéir. Il serait absurde et catastrophique d’attribuer les postes de commande aux hommes les moins doués. Tout le monde le reconnaît, je pense. »

« Il y a des races plus vigoureuses, des races plus intelligentes, des races plus industrieuses que d’autres. Qu’il existe peu de races pures, comme les anthropologues nous le diront, ne change rien à l’affaire. »

Le racisme pour Robert Rumilly est présenté comme un sentiment sain et naturel si celui-ci, comme le nationalisme, ne verse pas dans les excès ou la déformation. Pour lui, il s’agit d’un simple refus du métissage et du désir d’un peuple de conserver ses « traits originaux » et son « génie propre ».

Fait intéressant, Rumilly critique également l’État d’Israël pour son hypocrisie.

« Des Juifs sont animateurs de toutes les ligues et de toutes les manifestations antiracistes. Or il n’est pas de racisme plus caractérisé que celui des Juifs. Non seulement par leur habitude, et sans doute leur volonté, de se maintenir en groupe à part, un corps étranger, un État dans l’État, dans tous les pays où ils se dispersent. Par l’active solidarité en vertu de laquelle la moindre persécution ou prétendue persécution d’un des leurs en un point de la planète déclenche un orchestre mondial de protestation. Mais encore par la constitution et les coutumes les plus racistes de tous les États, celui d’Israël. »

« On a beaucoup reprocher à Hitler de proscrire les mariages entre Aryens et Juifs. C’était de sa part une odieuse manifestation d’intolérance. Mais ces mariages ne sont pas moins proscrits aujourd’hui dans l’État d’Israël. Le mariage d’un Juif (ou d’une Juive) avec un conjoint non-juif n’y est pas reconnu. »

Il en vient à dire que « le racisme n’est pas l’apanage des Blancs » et poursuit avec des exemples concrets du racisme inter-tribal africain ou encore du système de caste indien.

Politique américaine

La politique étrangère américaine est aujourd’hui fortement critiquée pour son financement opportuniste, d'un camp une certaine année à de son opposant l’année suivante, les alliés d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui. Ce fut le cas en Afghanistan, au Kosovo et lors des révolutions arabes.

Chose intéressante, Rumilly nous apprend que cela n’est pas chose nouvelle…

L’auteur dresse d’abord une différenciation entre les guerres d’antan entre princes, qu’il nomme les « guerres en dentelles » et les guerres de religion qui ont été les plus atroces. Fait notoire, il classe les guerres idéologiques dans la même catégorie. Dans la guerre de religion comme dans la guerre idéologique, il y a l’existence de ce que l’on nomme une « cinquième colonne » et les adhérents s’opposent à l’intérieur d’un même État.

Le livre étant écrit en pleine guerre froide, Robert Rumilly explique l’incohérence de l’État américain et canadien dans les termes suivants :

« Les États-Unis veulent lutter contre le communisme tout en restant "de gauche", tout en soutenant les éléments de gauche et en combattant les éléments "de droite" dans le monde entier. C’est une contradiction, une absurdité. »

« C’est le penchant "de gauche" qui conduit l’administration du président Roosevelt et l’administration du premier ministre canadien King à confier des postes-clés, dans nos capitales respectives, à des communistes qui émargeaient à notre budget pour nous espionner au profit des Soviets. »

Pour soutenir ses propos, il cite Rafael Trujillo, gouverneur de la République dominicaine, dont l’administration du président Kennedy a réussi à faire chuter en faveur du gauchiste Dominigo Bosh, un allié des castristes. Il continue en expliquant comment les Américains ont financé l’anti-colonialisme dans l’espoir de « s’accaparer l’influence économique détenue par les puissances coloniales ». Le mouvement s’est bien sûr retourné contre eux. Tout comme en République dominicaine, les États-Unis ont contribué à la chute du roi Farouk d’Égypte en faveur de Nasser, à grand coup de millions – ceux-ci ont ensuite acheté leurs armes en Russie. Les Soviets ont par la suite réduit fortement l’influence américaine dans la région. Même scénario en Indonésie contre l’influence des Pays-Bas. Les Américains ont financé l’anticolonialiste et gauchiste Soekarno, en plus de fournir de la technologie nucléaire à l’Indonésie. Soekarno a ensuite pillé l’ambassade américaine à Djakarta. La menace dans la région s’est avérée assez importante pour que l’Australie se sente forcée de rendre le service militaire obligatoire. La longue liste d’exemples se poursuit avec la chute financée de Tschombé au Congo en faveur du communiste Lumumba, pour ensuite changer d’idée et revenir sur leur décision. Au Vietnam, c’est le communiste Thich-Tri-Quang qui a reçu la protection américaine à Saigon avant que les communistes se retournent contre eux. Le président Diem, déchu grâce à la complaisance américaine, fut accusé d’être « fasciste » et de « droite » par le gouvernement américain… Même scénario dans plusieurs autres pays comme l’Angola et le Mozambique, départements d’outre-mer du Portugal contre lesquels s’est opposé également le gouvernement canadien (Pearson).

Les conséquences sont inévitables, l’expulsion du « monde libre » de l’Asie et de l’Afrique en faveur de la Chine et de l’URSS communiste (mais impérialiste quand même), le tout grâce à la politique irresponsable du gouvernement américain ! La « gauche » occidentale de l’époque, tout comme d'aujourd’hui, se garde bien de critiquer l’impérialisme communiste. Mais le communisme n’est pas le seul à profiter de la situation; Rumilly remarque l’émergence de « l’islamisme » et cela, dès 1965! L’auteur y voit un front commun contre « le monde blanc », un renversement de la balance du pouvoir en défaveur de l’Occident.

Socialisme et franc-maçonnerie

Dans nos recherches, nous avons noté la pesanteur de l’État canadien et québécois qui s’apparente de plus en plus à une dictature « douce », avec sa rectitude politique étouffante qui se camoufle sous la bannière de la démocratie, alors que tous partis confondus offrent la même idéologie sous un signe différent. Les chartes des droits et libertés sont modifiées sans contestation, sans couverture médiatique et sans consultation publique pour permettre les cours multiculturels, les quotas ethniques et l’imposition de la théorie du genre dès la maternelle. L’immigration massive est imposée de force de la même manière. La constitution, avec son multiculturalisme, a été imposée avec le même procédé. Cette bureaucratie et ce « gouvernement des juges » noient ensuite le citoyen qui ose contester l’idéologie officielle.

Un parallèle se dresse donc facilement avec le socialisme décrit par Rumilly et l’état actuel des choses.

« Le socialisme, c’est l’État seul propriétaire, seul patron, seul instituteur, c’est la dictature de l’État, la plus dure, la plus impitoyable de toutes les dictatures parce qu’elle est anonyme et proprement inhumaine. C’est le triomphe de la bureaucratie, le règne de l’irresponsabilité. Le pays socialisé se transforme en une vaste caserne, les citoyens deviennent un troupeau. Les loges maçonniques qui favorisent un peu partout le socialisme voit dans ce régime une étape vers la domination mondiale d’une bureaucratie qu’elles contrôleraient. »

Le Québec n'est pas né en 1960…

Robert Rumilly, tout comme nous aujourd’hui, s’opposait à la propagation du mythe de la « Grande noirceur » toujours mis de l’avant 50 ans plus tard par une majorité d'intellectuels et de « bien-pensants ». Dans un chapitre, l’auteur tente de remettre les pendules à l’heure face à la montée du dénigrement collectif que nous connaissons encore trop bien aujourd’hui. Il se concentre tout particulièrement sur le mythe voulant que la Révolution tranquille a permis pour la première fois au Québec de « s’ouvrir sur le monde », alors qu’auparavant elle était supposément renfermée sur elle-même – rien de plus faux.

Pour appuyer ses dires, Rumilly s’appuie sur l’abbé Pierre Gravel qui avait déjà fait cette démonstration auparavant. En voici quelques exemples.

En 1880, Adolphe Chapleau, premier ministre prestigieux du Québec, établissait des relations économiques avec la France, en commençant par la négociation d’un emprunt français et par l’établissement du Crédit foncier franco-canadien. L’année suivante, Chapleau est reçu par le président de la République, le Pape, et il reçoit la Légion d’honneur et devient commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand.

Le premier ministre Mercier ira à son tour en Europe où il fut invité par des sociétés savantes, des réunions académiques, des cercles littéraires, économiques et agricoles, des instituts techniques, des cercles catholiques, etc. Nommé commandeur de la Légion d’honneur par le président de la République française et commandeur de l’ordre de Léopold par le Roi des Belges, il reçut même le titre de comte palatin par le Pape à Rome ! Il fut reçu partout en chef d’État.

Laurier, aussi bien accueilli en France, brilla surtout en Angleterre ou il fit plusieurs voyages. Lors de la conférence de 1907, il y joua un rôle d’importance.

À la veille de la Première Guerre mondiale, en 1914, au congrès eucharistique de Lourdes, deux des orateurs les plus acclamés furent Henri Bourassa et Mgr Grégoire Gauthier, archevêque coadjuteur de Montréal.

Le sénateur Dandurand, un lieutenant de Laurier, remporta de très gros succès personnels à la Société des Nations à Genève en 1925.

Édouard Montpetit a représenté le Québec à plusieurs congrès internationaux à Oxford, à Gênes, à La Haye, et donna des cours sur le Canada-français à Bruxelles en 1928 et à la Sorbonne en 1925. L’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique élut Montpetit comme membre.

La longue liste se poursuit par de nombreuses visites ecclésiastiques en France et au Mexique dans les années vingt, en plus des congrès de langue française tenus au Québec en 1912 et 1937, qui attirèrent des délégations étrangères prestigieuses, ainsi que le centenaire de la découverte du Canada en 1934.

Les professions, corps de métiers, chambres de commerce et médecins ont tous également organisé de nombreux voyages et échanges avec leurs homologues à l’international. En 1935, l’école de Hautes Études Commerciales (HEC) est reçue de manière spectaculaire par l’école HEC de Paris.

Comme le dit si bien Rumilly;

« il faudrait vingt fois plus de place pour épuiser le sujet. Pour mentionner les succès remportés à l’étranger par des Canadiens-français comme la cantatrice Albani ou le savant Frère Marie-Victorin, entre bien d’autres. Wilfred Pelletier n’a pas attendu 1960 pour devenir chef d’orchestre du Metropolitan Opera de New York… »

Cessons alors de raconter que la province de Québec, en 1960, est sortie du néant, d’une sorte de Moyen-Âge pour entrer dans l’ère des relations interplanétaires, ce sont des balivernes!

Séparatisme!

Dans ce chapitre, Rumilly critique sévèrement le mouvement indépendantiste pour son virage socialiste et à gauche, une critique intéressante considérant l’état du mouvement indépendantiste aujourd’hui qui renie le peuple canadien-français.

« Les socialistes prétendent substituer le social au national. On s’applique à substituer la conscience de classe à la conscience nationale, la lutte des classes à la défense de la nationalité. Le camionneur canadien-français devient, dans cette conception, plus solidaire du camionneur de Colombie-Britannique que du bourgeois ou du commis canadien-français de sa propre province. L’antinationalisme faisait partie intégrante du climat gauchiste. »

Alors le courant gauchiste prit « subitement » un virage… rien de plus suspect.

Il explique les débuts de l’infiltration gauchiste dans le milieu séparatiste avec la Revue socialiste, Parti Pris et Révolution québécoise. « Pour nombre d’entre eux, l’indépendantisme n’est qu’une étape vers le marxisme, un palier dans le processus révolutionnaire » – ils ne sont pas nationalistes.

Rumilly rejette également l’idée que l’échec des Canadiens-français dans les milieux industriel et financier avant 1960 soit dû aux Anglais. Cette réalité sert si bien aux marxistes de l’époque! Il dénonce plutôt un manque de formation dans ce domaine et une mauvaise préparation de nos élites. Il cite en exemple le cas des Juifs.

« Voyez les Juifs, encore une fois. Voyez les Juifs, arrivés ici après les Anglais et les Français et plus démunis que personne, et qui se taillent une place considérable. Ils ne prononcent pas de discours, ils ne revendiquent pas d’autonomie, ils ne réclament pas une planification sous l’égide de l’État. Ils retroussent leurs manches, travaillent, recommencent quand ils ont échoué. Ce que Steinberg a fait dans le commerce de l’alimentation, rien n’empêchait les Canadiens-français de le faire, sous le régime de la Confédération. Quelques Canadiens-français, tels Joseph Simard de Sorel et les frères Miron de Montréal, ont bâti de très grandes entreprises. Eux non plus n’ont pas prononcé de discours, n’ont pas lancé de revendications. Ce qu’ils ont fait, d’autres auraient pu le faire. Encore conviendrait-il de ne pas céder ces entreprises à des étrangers dès qu’elles prennent des proportions imposantes. »

L’opinion de Rumilly sur le sujet se résume à cette phrase :

« La réforme intellectuelle et morale me paraît plus urgente que la réforme politique. Elle est la condition de toute réforme politique féconde ».

Conclusion

De nombreux autres sujets sont abordés dans cet ouvrage, tels que la jeunesse, les catholiques de gauche, la rivalité russo-chinoise et Maurice Duplessis. Nous encourageons fortement nos lecteurs de lire ce court, mais percutant ouvrage de Robert Rumilly!

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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