Qu’est-ce qu’une nation? – Ernest Renan

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renanQu'est-ce qu'une nation? La réponse apportée à cette question est lourde de conséquences. Le politiquement correct impose la sienne depuis un bon moment et la conséquence est un nationalisme civique qui ne s'offusque nullement des politiques d’ouverture à l’immigration qui est notre lot présentement.

Dans notre quête pour comprendre le phénomène de la nation, nous rencontrons souvent des opinions desquelles ont dit qu'elles s'accordent à la notion que s'en faisait Ernest Renan. Ceci nous incita à lire la transcription de la conférence donnée en 1882 par cet intellectuel français, intitulée justement « Qu'est-ce qu'une nation? ».

Après un résumé de son allocution, nous expliquerons pourquoi sa réponse à sa propre question ne nous satisfait pas.

Résumé

Pour connaître ce qui fait la nation, l'auteur procède par élimination, un procédé repris par Fernand Dumont dans son essai «La genèse de la société québécoise».

Beaucoup de nations prirent forme par des actes dynastiques. Serait-ce là où l'on doit situer leur essence? Renan note l'exemple de pays comme la Suisse et les États-Unis qui se sont faits par ajouts successifs, non pas à partir de royaumes. Il rappelle qu'après le 21 janvier 1793, lorsque le couperet interrompit le règne des dynasties monarchiques, la France continua. Il y a donc autre chose.

Est-ce la langue? Des nations unies parlent plusieurs langues et des langues ne réussissent pas à réunir dans une nation tous ses locuteurs. Il note le divorce entre l'Angleterre et sa fille les États-Unis, que la langue aurait pourtant dû maintenir ensemble. Dans la République helvétique, trois langues sont parlées, elle demeure tout de même la plus harmonieuse des constructions nationales. Ainsi, ce n'est pas la langue.

Est-ce la religion? Non plus, croit-il. Éminemment collective à l'origine, elle perd de son importance à ce niveau pour devenir une chose privée aux temps modernes. Les nations ne cessent pas pour autant d'exister. Son propre pays est d'ailleurs à l'avant-garde de ce « progrès ».

Il serait tout simple et logique d'élire l'intérêt communautaire comme l'élément rassembleur, critique et principal. Mais la patrie tient du sentiment n'ont pas de « traités commerciaux », Renan conclut-il.

La géographie? Comme si les reliefs et les cours d'eau préfiguraient si aisément les cartes politiques. Il faut voir encore ailleurs.

La première hypothèse traitée et rejetée par Renan portait sur la race. Il lui consacre de loin le plus large espace et la réfutation la plus acharnée.

Il affirme que les nations sont des « chaudronnées des éléments les plus divers ». Il rajoute : « La vérité est qu'il n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l'analyse ethnographique, c'est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, l'Angleterre, la France, l'Italie, sont ceux où le sang est le plus mêlé. »

Renan insinue une confusion entre le mot race et le mot langue. Il postule que les tenants de la race prennent les langues pour signe de race et que rien n'est plus faux.

Ainsi nation n'est pas race; qu'est-ce donc pour lui?

Il répond le désir de vivre ensemble, né d'un principe spirituel et d'une conscience morale commune. Un passé et un présent partagés, un programme à réaliser dans l'avenir.

Le conférencier relate en effet l'exemple de la France, où les invasions germaniques y introduisirent le principe de nation à partir du 5ème siècle en fusionnant les peuples que ces tribus dominèrent. L'adoption par les conquérants du christianisme fut certainement important pour créer cette identité commune au-delà des particularismes locaux. La monarchie française est la force cristallisante d'identité commune par excellence, juge l'essayiste.

La critique

Nous croyons que malgré les nobles efforts de Renan, malgré qu'il soit le père de l'argument libéral en matière d'identité, sa dissertation n'épuise nullement le sujet et nous irrite plutôt passablement.

Renan expose d'un trait sa définition de la nation sans la soumettre au même effort critique que les autres critères énumérés et rejetés. Il est vrai que ses notions mises de l'avant sont si vagues qu'elles se prêtent mal à l'analyse, mais essayons quand même.

La France demeura la France même après la fin de la monarchie, mais le principe spirituel, la conscience morale commune, le programme à réaliser dans l'avenir, n'ont-ils pas aussi changés avec la Révolution? Ces critères ne méritent-ils pas autant d'être éliminés alors?

Un Français monarchiste en 1789 l'était-il moins qu'un révolutionnaire? Un révolutionnaire moins français qu'un monarchiste en 1815?

Puisque maintenant tous les peuples sont supposés n'aspirer qu'a la démocratie, comment les nations persistent-elles? Pourquoi l'Europe se divisait-elle en nations malgré le catholicisme qui représentait bien un principe spirituel et une conscience morale commune?

Nous remarquons cette tendance des auteurs de la Charte des valeurs dans leur texte explicatif, soit de faire commencer l'histoire du Québec avec la Révolution tranquille. La lutte de notre peuple précède pourtant 1960. Si nous acceptions cette influence française de Renan, le projet étatique de nos élites éduquées tient lieu d'identité nationale. Il s'agit là d'une insupportable méprise et d'une usurpation.

Attardons-nous aussi à ce rejet, comme élément essentiel de la nation, de ces races que l'on ne saurait voir.

Dire que l'Angleterre est faite des éléments les plus divers est abusif. Le recensement des peuplades principales qui firent Albion ne venaient pas des antipodes, (les romains étant à l’origine de race nordique venue d'Europe centrale) et n'étaient pas si éloignées génétiquement les unes des autres. Une étude moderne, celle du professeur Bryan Sykes, utilisant des tests d'ADN, montre que l'Europe fut engendrée par seulement quelques femmes il y a des dizaines de milliers d'années faisant en sorte que tous les blancs sont apparentés.

Renan dit par ailleurs que les nations les plus nobles sont faites du sang le plus mélangé. Le lecteur ordinaire voit dans le mot mélangé une matrice de diversité disqualifiant toute convergence identitaire. Or nous savons que le mélange engendre non pas la diversité mais bien encore l'homogénéité. Le commentaire de cet homme du 19ème siècle mène à dire que l'Angleterre est une nation intensément homogène, hormis que le Royaume-Uni soit composé d'au moins quatre groupes, dont trois ont des velléités séparatistes. Voilà qui est plus proche de nos perceptions.

Et encore, notre intellectuel du Grand siècle ne pouvait connaître ce que la génétique moderne nous enseigne. Au sein d'une population, au fil des générations, il y aura écrémage génétique par sélection naturelle, c'est-à-dire que des gènes disparaîtront du pool génétique. Et à la fois, il y aura « surfing », donc que certains gènes au contraire prendront leur place, car un nombre restreint de familles tend à engendrer dans le futur l'essentiel du pool présent sur un territoire.

Ainsi une étude sur le Lac-Saint-Jean menée par Damian Labuda de l'Université de Montréal, Hélène Vézina de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et Laurent Excoffier de l'Université de Bern montre un tel phénomène à l'œuvre.

Après 1066, il n'y eut plus d'invasion importante des Îles britanniques et la peste noire réduisit grandement la diversité génétique à la même époque. Rus Hoelzel, de l'Université de Durham, affirme que l'Angleterre d'aujourd'hui, pour cette raison, est moins diverse génétiquement que celle du 11ème siècle. Après cette époque, il y eut cinquante générations de reproduction insulaire. Mais un historien est aveugle devant ces réalités. Il note les traces documentaires des divers peuples de passage sur un territoire et conclut, de façon téméraire, à la reproduction égalitaire de toutes les souches.

Des populations diverses qui auraient réellement le désir de vivre ensemble en viendraient logiquement à devenir une nouvelle race sur le long terme, au fil des unions. Reniez la race, affirmez le simple vouloir vivre ensemble, vous aurez encore la race comme résultat, cette grande réalité honnie.

Mais ici une objection évidente peut être soulevée. Nous relativisons la diversité initiale des populations fondatrices des nations européennes, mais soutenons quand même que l'Angleterre est une nation bien distincte de la France.

Il n'est pas nécessaire qu'une différence soit absolue pour avoir son importance et même être déterminante. Notre rapport avec le Canada anglais nous enseigne la persistance des divisions entre deux communautés naturelles. Deux groupes qui demeurent génétiquement séparés formeront deux nations différentes. Certainement, les divergences de langues et de religions sont des facteurs de divisions qui garantissent la séparation. Il n'est pas nécessaire que la composition de ces populations relève d'une pureté raciale en effet illusoire.

Si la relativité a été adoptée en science physique avec tant d'enthousiasme, pourquoi pas en science humaine?

Nous soutenons que la nation relève d'un jeu complexe de facteurs, ceux énumérés par Renan, mais où la race est déterminante, à l'origine ou au final.

La géographie créera les barrières et l'isolement de populations, engendrant différentes races. Les divergences de langue et de religion seront toujours des facteurs supplémentaires de séparation génétique. L'intérêt n'est pas non plus à négliger, puisque par son influence, des nations artificielles peuvent réunir plusieurs peuples. Il en irait ainsi du Canada où il y a au moins deux nations distinctes. N'est-ce pas la crainte d'une ruine économique, que la propagande fédéraliste nous promet, si nous choisissons l'indépendance, qui nous retient de voter pour l'obtenir?

Le meilleur gage du bonheur des peuples est de reconnaître le sentiment national tout naturel qui s'exprime dans le cœur de chacun et de rejeter les thèses antinationalistes de la pensée libérale. Renan et sa descendance, tels les Bouchard-Taylor, font leur spécialité de promouvoir tout ce qui peut le mieux irriter ce sentiment.

Renan était certainement un adepte des idées républicaines et un bon patriote français à sa manière. Il n'aimait pas le pangermanisme ou le panslavisme. Sa définition de la nation plaisait à un esprit français pour son côté purement cérébral, sentimental et poétique, pourrait-on dire. La France court d'ailleurs présentement les plus graves périls à son identité et à sa survie même.

Nous n'avons pas clos le sujet, loin de là. Mais il est à souhaiter pour notre part que l'importance donnée à Ernest Renan aille en diminuant.

Pour la préservation de notre peuple,
F.Q.S.

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