Whiteshift: (1 de 13) – De WASP à Blanc dans l’histoire américaine

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Vous avez peut-être entendu parler du livre WhiteShift de Eric Kaufmann. En mai dernier, le magazine québécois L’Actualité interviewait l’auteur (Marc-André Sabourin, 8 mai 2019). Le résumé de l’interview nous apprend que « d’ici la fin du siècle, les Blancs deviendront minoritaires dans plusieurs pays. Au Canada et aux États-Unis, ce sera le cas dès les années 2050. » On apprend également que « pour lutter contre la droite populiste, le politologue canadien Eric Kaufmann propose de céder à ce que réclament ses partisans : moins d’immigration. » Peut-être en avez-vous sinon entendu parler dans la chronique de Denise Bombardier du 11 janvier dernier, où celle-ci relatait quelques-unes des conclusions du livre tel que celle-ci : « tous ceux qui expliquent la montée du populisme occidental par l’économie font fausse route à ses yeux. L’immigration est la première explication de la révolte des classes défavorisées, celles qui, justement, appuient Trump » (Denise Bombardier, 11 janvier 2019). Ou peut-être en avez-vous entendu parler à Radio-Canada (Catherine Perrin, 8 mai 2019)?

C’est avec de grandes appréhensions que nous avons fait la lecture de ce livre. Il faut dire que la thématique nous touche de près : populisme, immigration et le futur des majorités blanches. Notre lecture ne nous a pas déçus; c’est avec des statistiques à l’appui et les conclusions de plusieurs études que l’auteur a rédigé son livre qui tient en 540 pages. Parmi les sujets abordés, on parlera de l’élection de Trump, du vote sur le Brexit, de la montée du populisme en Europe, du cas exceptionnel du Canada, de l’historique étatsunien du camp immigrationistes en opposition avec les mouvements visant à restreindre l’immigration, des luttes récentes entre la droite populiste et la gauche moderniste (ou gauche post-moderne), des phénomènes qui expliques que les blancs évitent les quartiers multiethniques pour se concentrer dans des quartiers à majorité blanche, de la mise en minorité des blancs en occidents et des phénomènes de métissage anticipé ainsi que de l’avenir de la race blanche.

Vu l’importance des thématiques abordées, nous avons jugé plus opportun de réaliser un compte rendu par chapitre, plutôt qu’un seul compte rendu pour le livre en entier. Ceci nous permettra de transmettre à vous, chers lecteurs, l’essentiell des enseignements du livre sans nécessairement devoir le lire. C’est donc un total de 13 comptes rendus que nous avons produit et que nous mettrons disponible au compte-gouttes sur notre site Web; évidemment, nous finirons la présentation avec une critique du livre pour le 13e article.

La présentation des articles se fera comme suit :

  1. De WASP à Blanc dans l’histoire américaine
  2. L’arrivée de Trump : le nationalisme ethnotraditionnel à l’âge de l’immigration
  3. Grande-Bretagne : Érosion de la réserve anglaise
  4. La monté du populisme de droite en Europe
  5. L’exceptionnalisme canadien : le populisme de droite dans l’anglosphère
  6. La gauche moderniste : De la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus
  7. La gauche moderniste versus la droite populiste
  8. Se recroqueviller : le recul géographique et social des majorités blanches
  9. Se mélanger ou se mouler? Le mariage interracial en occident
  10. Le futur des majorités blanches
  11. Est-ce que les blancs « non mélangés » vont s’éteindre?
  12. Naviguer à travers le Whiteshift : Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives
  13. Résumé global, critique et mis en perspective de la FQS

Nous tenons à préciser que ces comptes rendus ont été rédigés en utilisant au maximum les dires de l’auteur dans le but d’être les plus fidèles possible aux idées transmises. Ainsi, nous avons fait appel à un maximum de citations, d’extraits, ou de reformulations et nous avons pris soin d’être minimalistes dans nos ajouts. Les extraits ayant dût être traduits de l’anglais vers le français, nous avons parfois dû adapter le langage pour en conserver le sens. Nous vous offrons ainsi sans plus attendre le résumé du premier chapitre du livre :

De WASP à Blanc dans l’histoire américaine

À son origine, le peuple américain était principalement constitué d’anglo-saxon s protestants blancs, appelés en anglais White Anglo-Saxon Protestant (WASP). Le récit original de l’identité américaine était basé sur le mythe de la terre d’asile permettant d’échapper à la monarchie britannique. En effet, les premiers Américains se voyaient comme les héritiers anglo-saxons du Roi Alfred et par opposition, contre la « tyrannie » anglo-normande de la couronne britannique. Le mythe de la terre d’asile donnait un appui historique aux forces pro-immigration. Comme l’auteur l’explique, « les intellectuels de l’époque considéraient les non-WASPS (irlandais, amérindien, chinois, africain) comme inférieurs, mais pensaient que leur assimilation à la majorité blanche ferait d’eux des blancs. Leur conception était que l’ethnie Anglo-Saxonne l’emporterait lors des processus d’assimilation. Leur concept d’ethnicité était malléable ».

Les premiers sentiments anti-immigrants apparurent dans les années 1800 et ceux-ci étaient causés par l’anticatholicisme. À l’époque, la population américaine de religion catholique était en croissance due à l’immigration européenne de confession catholique, dont par exemple les Irlandais qui fuyaient la famine. Avant la guerre civile, les États-Unis sont passés près de voir l’arrivée d’un tiers parti au pouvoir, le « Know nothing party » qui surfait sur le sentiment anti-immigration. Ainsi, certains groupes, dont les baptistes qui étaient initialement pro-immigration, devinrent anti-immigration. À l’opposé, « les grandes entreprises, les politiciens procroissance et l’establishment protestant formaient le gros de la coalition pro-immigration ». De plus, la « restriction de l’immigration devint un pilier du mouvement progressiste qui préconisait de meilleures conditions de travail, le vote des femmes et des réformes sociales. Cette combinaison de politique gauchiste et d’ethnonationalisme confondait les notions modernes de gauche et de droite, cependant l’opposition entre le progressisme et le libre marché était tel que le monde était divisé à la fin du 19e siècle. »

Entre 1896 et 1928, les républicains ont gagné 7 élections sur 9 en prônant des mesures restreignant l’immigration et en s’alliant le vote des protestants et des anciens immigrants provenant du nord-ouest de l’Europe contre le vote des immigrants récents en provenance du sud et du sud-est de l’Europe. Aux environs de 1929, les Américains géraient l’immigration par quotas (selon l’origine) et les lobbys WASP ont fait en sorte que 50 % des quotas furent alloués à l’Angleterre. L’objectif était de maintenir les anglos-protestants en tant que majorité.

Les premiers libéraux bien-pensants open border pro-immigration tire leur racine du début du 20e siècle, avant la Première Guerre. Des figures comme Felix Alder, ou Jane Adams théorisèrent cette nouvelle mouvance. En parlant des immigrants, ils pensaient qu’« ils devraient être guidé par de meilleurs éléments, sois par le haut de la classe moyenne de la spirituellement avancée culture anglo-américaine qui nous guiderait tous vers une destination universaliste. [Les ] guideraient les peuples du monde vers une civilisation universelle. En tant qu’élément du processus, les WASP mettraient fin à leur existence [au sens identitaire]. » L’auteur explique que le multiculturalisme a d’abord été théorisé au début du 20e siècle par des intellectuels américains tels que Horace Kallen et Randolph Bourne; le produit final de ces théories serait ce que le Kaufmann classifie en tant que multiculturalisme asymétrique; c’est-à-dire que les minorités doivent s’identifier à leur racine ethnoculturelle tandis que les anglo-protestants doivent se transformer en individus cosmopolites. L’auteur souligne que Randoph Bourne félicitait les juifs pour être restés fidèles à leurs pères tout en encourageant ses camarades anglo-saxons à s’ouvrir sur le monde. L’auteur explique que Bourne est le père fondateur du multiculturalisme d’aujourd’hui parce qu’il fusionne l’idée de rébellion contre sa propre culture et le cosmopolitanisme libéral et en même temps endosse, pour les minorités seulement, le conservatisme ethnique. En d’autres mots, « les minorités ethniques doivent se préserver alors que la majorité doit se dissoudre ».

L’auteur explique que c’est en 1965 (Hart-Celler Act) que la réforme de l’immigration eut lieu ; ainsi le système de quota par pays d’origine fut aboli en douce par une sorte de cheval de Troie : les lobbyistes pro-immigration ont « expliqué » que puisque la loi était basée sur la réunification familiale, elle ne pourrait favoriser que les groupes ethniques existants ; et que comme la majorité était d’ascendance européenne, la loi ne devrait pas changer la composition ethnique de la population. Robert Kennedy, alors procureur général, estimait que l’immigration pour le triangle Asie pacifique ne devrait être que de 5000 initialement, pour ensuite disparaître. Les lobbys pro-immigration avaient bien vendu leur salade ; Kaufmann conclut que « peu de gens s’imaginaient que cette loi amènerait le pays à devenir de plus en plus non européen d’origine dans les décennies à venir. »

Entre les années 60 et 80, les barrières contre les mariages interreligieux protestants-catholiques-juifs tombèrent. Le professeur explique que si l’ethnie majoritaire américaine ainsi que l’élite étaient initialement considérées comme WASP, après les années 60, la sécularisation et les mariages interreligieux protestants-catholiques-juifs firent passer l’identité de la majorité de WASP à blanc, ce qui faisait des blancs de diverse ascendance (britannique, irlandais, allemand, français, italien, juif, etc.) la nouvelle ethnie majoritaire, les marqueurs religieux de l’ethnie majoritaire passant de protestant à judéo-chrétien. L’auteur donne ainsi un aperçu de la théorie qu’il développera à la fin de son livre : « cette version précoce de Whiteshift, de WASP à blanc, avait l’air d’émerger soudainement, alors qu’elle tirait ses origines dans un lent et constant mélange ».


Références

Catherine Perrin (8 mai 2019), Faut-il couper dans l’immigration pour contrer la droite populiste? Medium Large, Ici Radio-Canada Première, https://ici.radio-canada.ca/premiere/em … PbHZC6axKc

Denise Bombardier (11 janvier 2019), Le déclin des Blancs, Le Journal de Montréal, https://www.journaldemontreal.com/2019/ … des-blancs

Eric Kaufman (2019), Whiteshift, Abrams Press, New York, ISBN 978-1-4683-1697-1

Marc-André Sabourin (8 mai 2019), Le problème des Blancs, Magasine L’actualité, https://lactualite.com/societe/le-probleme-des-blancs/

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