Whiteshift (12 de 13) – Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives

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1. De WASP à Blanc dans l’histoire américaine
2. L’arrivée de Trump : le nationalisme ethnotraditionnel à l’âge de l’immigration
3. Grande-Bretagne : Érosion de la réserve anglaise
4. La monté du populisme de droite en Europe
5. L’exceptionnalisme canadien : le populisme de droite dans l’anglosphère
6. La gauche moderniste : De la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus
7. La gauche moderniste versus la droite populiste
8. Se recroqueviller : le recul géographique et social des majorités blanches
9. Se mélanger ou se mouler ? Le mariage interracial en occident
10. Le futur des majorités blanches
11. Est-ce que les blancs « non mélangés » vont s’éteindre ?
12. Naviguer à travers le Whiteshift : Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives
13. Résumé global, critique et mis en perspective de la FQS

Dans ce chapitre, Eric Kaufmann rappelle les explications des chapitres précédents et précise sa pensée sur sa théorie ou vision du « Whiteshift ».

L’auteur aborde le chapitre en rappelant quelques éléments mentionnés aux chapitres précédents. Il rappelle que « les migrations à grande échelle sont le produit de facteurs démographiques et économiques de « poussée » dans le monde en développement et de facteurs économiques de « traction » via les entreprises et les gouvernements occidentaux. Mais ces forces des marchés opèrent également au Japon et à Singapour. » Kaufmann explique que pour l’occident, ce qui fait la différence par rapport au Japon c’est le modernisme de gauche qui « fournit l’échafaudage moral pour un libre marché globalisé (p.511-512) ».

Le professeur rappelle la logique antiraciste qui alimente le fond de la grogne populiste. « De nombreux progressistes tiennent pour acquis que la perception du public concernant l’immigration est « vierge », et ceux-ci estiment que les messages anti-immigration créent un sentiment anti-immigration. Leur solution est de rétablir de larges normes antiracistes dans les médias et la politique pour étouffer l’offre de messages anti-immigration. Ils ont en partie raison : lorsque les médias et les politiciens abordent des messages anti-immigration, cela soulève la saillance du thème de l’immigration et mobilise les électeurs. » L’auteur explique que « la répression est une stratégie à haut risque […] Lorsque les tabous sont violés, les tentatives pour rétablir les définitions antérieures du sacré [par rapport aux normes antiracistes]et du déviant revitalisent le populisme. Lorsque les définitions exagérément amplifiées du terme « racisme » sont éliminées, il devient plus difficile de défendre le noyau raisonnable de l’antiracisme. Il est alors difficile de remettre le génie dans la bouteille (p.512). »

L’auteur rappelle ici sa vision du « Whiteshift » (que nous ne partageons évidemment pas !) « Là où les WASP américains et les ethnies blanches ont pu transiger vers la catégorie « blanche » pour retrouver leur sécurité ethnoculturelle, il est plus difficile pour beaucoup d’envisager comment la majorité blanche passera à une race mixte. Cela impliquera un travail culturel pour adapter les mythes d’origine et les systèmes de symboles de la majorité blanche à la nouvelle population mixte. Les pratiques d’attribution de prénom et les codes culturels devront prendre le pas sur le travail que faisait la race pour délimiter les frontières ethniques. La population blanche non mélangée en déclin devra alors accepter le groupe mixte croissant et fusionner avec celui-ci. Cette vision appelée « Whiteshift » offre aux Blancs conservateurs un avenir en tant que majorité ethnique dont la conscience en tant que groupe se perpétue, répondant ainsi au malaise culturel et psychologique qui alimente le populisme de droite (p.513). »

L’aspect politique de l’ethno-nationalisme

En parlant de l’élection de Trump, du Brexit et des nouvelles tendances politiques pour les pays occidentaux en lien avec le déclin des blancs, Eric Kaufmann rappelle que : « l’idéologie des classes économique perd de son importance, au point où les partis conservateurs et travaillistes britanniques ont la même composition de classe – un développement impensable depuis le point de vue de 1945. Pendant ce temps, les guerres culturelles prennent de plus en plus la place de l’économie comme axe central de la politique (p.515) ». Il ajoute aussi qu’« alors que la religion a décliné, le nationalisme ethnotraditionnel – le désir de limiter le changement de la composition ethnique de la nation – est resté résilient (p. 515) ». Il précise que « le populisme de droite n’a pas grand-chose à voir avec l’économie, mais découle en grande partie du changement ethnique, provoqué par l’immigration, qui perturbe la sécurité existentielle des Blancs conservateurs et en quête d’ordre. La question de l’immigration musulmane a un effet multiplicateur, mais n’est pas le principal moteur (p. 516). » Et il conclut que « le populisme de droite pourrait devenir une caractéristique endémique de la politique occidentale dans un avenir prévisible si l’immigration reste substantielle (p.516) ».

Politique des identités pour les majorités et pour les minorités

Le professeur explique que « l’attachement d’un groupe ethnique majoritaire envers les siens n’est raciste que s’il conduit à un traitement inégal envers ceux provenant de groupes externes à soi-même ou encore à une quête de pureté raciale (p.516) ». Il ajoute que « les psychologues sociaux nous disent que l’attachement à son propre groupe n’est pas corrélé à l’aversion pour les groupes extérieurs au nôtre (p.516) .» Eric Kaufmann partage son opinion à ce sujet : « Je ne pense pas qu’un Blanc qui souhaite une immigration réduite pour aider à maintenir la part de son groupe dans la population soit raciste ; il agit de ce que Shadi Hamid appelle ‘son propre intérêt racial’ (p.516) ».

Eric Kaufmann explique que le respect à la fois de la diversité et de l’expression de l’identité du groupe ethnique majoritaire sont possibles. « Une ethnicité éclairée, cependant, est celle qui équilibre le désir de maximiser le bien-être du groupe [majoritaire]avec un souci équivalent d’optimiser le bien national commun de tous les groupes (p.516). Il ajoute que « si les majorités s’ouvrent davantage, les minorités devraient être plus susceptibles de s’identifier au passé national-blanc qu’aux récits anti-blancs de la gauche moderniste ; et plusieurs sont de potentiel partisan des traditions ethnonationalistes de la nation (p.517) […] « L’identité ethnique n’est pas intrinsèquement toxique, comme certains à droite le croient, mais, comme la religion ou la partisanerie, elle doit être modérée. Il est important pour tous les groupes de donner aux autres le bénéfice du doute et d’essayer de voir les choses en termes positifs, en accentuant les griefs uniquement lorsqu’il y a des évidences rigoureuses (p.517) »

L’auteur explique que si les minorités ont le droit de défendre leurs intérêts ethniques et de promouvoir leur ethnicité et leur identité, cela doit être également le cas pour l’ethnie majoritaire. « Lorsque les Asiatiques se mobilisent pour défendre leurs intérêts, cela est considéré comme une forme légitime de défense des intérêts politiques de leur groupe. La même chose devrait être vraie pour les Blancs, mais au lieu de cela, ils sont stigmatisés comme étant racistes en raison des distorsions provenant des croyances de la gauche moderniste (p.518) […] Dans les années 90, le Congrès américain a accordé à cinq îles du Pacifique […] le droit de contrôler leur immigration pour maintenir leur majorité ethnique. Il n’y a aucune raison pour qu’un argument similaire ne puisse pas être avancé au niveau national, par exemple en Suède ou aux Pays-Bas. Rien ne veut dire que le changement doit être arrêté, mais seulement que le désir de ralentir le changement ethnique est l’expression légitime de l’intérêt culturel de la majorité ethnique (p.521).

Le professeur explique que le nœud du problème se trouve chez les blancs libéraux et dans la pratique du multiculturalisme : « Comme nous l’avons vu, les minorités elles-mêmes sont modérées et beaucoup moins susceptibles que les blancs libéraux d’accuser les Blancs qui souhaitent défendre les intérêts de leur groupe de raciste (p.519) ». Au sujet du multiculturalisme, il explique que « le problème se pose avec ce que j’ai appelé le «multiculturalisme asymétrique» où l’identité minoritaire est louée tandis que la majorité blanche est dénigrée (p.519) […] Idéalement, le désir de protection culturel devrait pouvoir s’exprimer ouvertement, d’une manière respectueuse, par les membres des groupes majoritaires qui s’identifient fortement à leur appartenance ethnique, sans que cela entraine des accusations de racisme […] La discussion sur le taux d’immigration ne devrait pas être plus controversée que le débat sur les taux d’imposition. (p.521) ».

Deux modèles d’immigration

Eric Kaufmann propose de favoriser l’immigration culturellement compatible.

Il rappelle d’abord un dogme, si ce n’est pas un sophisme progressiste qui mérite d’être démantelé. « C’est une conception de la gauche moderniste que de penser que parce que les pays doivent traiter les citoyens sur un pied d’égalité sans égard aux caractéristiques culturelles, ils doivent l’étendre aux non-citoyens qui demandent la citoyenneté (p.522) ». Il explique que « l’État ne doit pas faire de favoritisme ; cependant il doit remplir son devoir de représenter l’intérêt culturel de ses communautés, parties prenantes [de la nation], en faveur de l’assimilabilité ethnique » (p.523). » Il explique que la gauche moderniste a réussi à imposer ses dogmes sur l’immigration : « l’interdiction actuelle d’appliquer des considérations culturelles à la politique d’immigration (au-delà des compétences linguistiques) découle de l’extension du tabou antiraciste au-delà des limites légitimes de la prévention d’une obsession de la pureté raciale à celle illégitime de dire que tous les intérêts ethnoculturels sont racistes. (p.524) »

L’auteur présente alors sa vision de ce qui pourrait être un système d’immigration alternatif cohérent avec la gestion de la diversité : « il me semble qu’il existe deux modèles généraux pour traiter le problème des minorités illibérales. L’une consiste à avoir un système d’immigration ouvert qui ne prend pas en compte la culture, mais interfère avec le droit des minorités illibérales une fois qu’elles sont dans le pays, en les ciblant par des mesures telles que l’interdiction de la burqa et en paniquant sur leur croissance. Telle est la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Une deuxième option est d’avoir un système d’immigration accordant un pointage selon l’origine culturelle […], mais de vivre et de laisser vivre une fois que les groupes sont dans le pays. La croissance est contenue par le processus de sélection [via l’immigration], qui supprime l’impératif de politiques d’intégration non libérales et dégonfle les paniques morales (p.525) ».

Le politicologue reformule sa vision de l’immigration et de l’intégration via des exemples « si un juif haredi ou un musulman salafiste veut vivre dans une communauté ségréguée en Grande-Bretagne, n’interagissant qu’avec sa propre communauté, cela ne me dérange pas. Mais cela n’est vrai que parce que ces groupes sont petits. Je préférerais une société tolérante, avec une petite proportion de minorités illibérales, plutôt qu’une situation comme Israël où les minorités illibérales sont grandes, grandissent et commencent à donner le ton. Si la majorité ethnique est consciente que la politique d’immigration est conçue pour faciliter l’assimilation, elle deviendra plus détendue à l’égard de ceux qui ne s’assimilent pas, réduisant ainsi le racisme. La politique d’immigration occidentale actuelle, en faisant semblant que la culture n’existe pas, ne peut qu’augmenter l’intolérance. (p.525) ».

Vers une majorité ouverte et blanche

Eric Kaufmann explique que, selon lui, on devrait à la fois laisser les majorités ethniques (comme les minorités ethniques) exprimé leur identité ethnique tout en établissant une scission entre l’état et la majorité historique. Il exprime sa réflexion ainsi : « nous avons besoin d’un nouveau ‘contrat culturel’ dans lequel chacun aura une identité ethnique sûre et culturellement riche ainsi qu’une identité nationale minimaliste, culturellement neutre et tournée vers l’avenir (p.535). » Par rapport au lien entre l’état et la majorité historique, il affirme que la nation américaine ne peut pas célébrer les éléments clivants du passé américain, mais une majorité ethnique le peut parce que personne n’est obligé d’y adhéré (p.535). » Il poursuit en affirmant : « Éliminer le cachet ethnique blanc des identités nationales, comme les gouvernements tentent de le faire, est bien, mais le faire tout en supprimant l’expression de l’identité blanche est problématique (p.535-536)». Il continue en expliquant qu’« en échange de lâcher prise sur la nation, les Britanniques blancs devraient avoir toute latitude pour célébrer leur appartenance ethnique et leur version plus historiciste, rurale et ancestrale de la nationalité britannique (p.535-536)». Il ajoute que « la cohésion nationale est souvent le sous-produit de majorités ethniques confiantes, qui ressentent souvent un lien automatique avec l’État (p.536).»

Commentaire : en ce qui concerne l’idée de séparer l’état du Québec de la majorité historique, nous considérons que c’est un piège, voir un pacte avec le diable. Pour les Québécois de Souche, l’état québécois est un instrument puissant pour nous protéger de l’assimilation ethnique, culturelle et linguistique causée par l’hégémonie anglo-saxonne qui domine l’Amérique. Nous développerons davantage sur ce sujet lors de notre mise en perspective et critique du livre (13e parti du compte rendu).

Le professeur résume sa pensée. À son avis, il faut favoriser le maintien d’une majorité ethnique qui deviendra de plus en plus métissé, ce qu’il appelle « Whiteshift » et cette majorité puisera ses mythes, symboles et histoire dans celle de la majorité historique. Et pour que cela fonctionne, il faudra que le système d’immigration soit orienté vers la sélection d’individus culturellement compatible. Et il explique que ce système serait bien meilleur que nos modèles immigrationniste actuels : « le modèle de ‘nation inclusive majoritaire dans une nation inclusive’, combiné à un système d’immigration qui incarne les intérêts culturels de ce groupe, est supérieur au mélange actuel de nationalisme civique et d’immigration aveugle culturelle. Pourquoi ? Premièrement, le modèle par ethnicité majoritaire offre un ensemble de mythes et de symboles plus riche que la nationalité civique. Ceci est possible sans crainte d’infraction, car personne n’est obligé d’être membre du groupe ethnique majoritaire. Deuxièmement, il [ce modèle]est plus libéral, car il supprime le besoin d’une intégration dirigée par l’État. Ceux qui souhaitent s’assimiler à la majorité peuvent le faire et ceux qui préfèrent vivre dans une diaspora sont libres de le faire. Certains peuvent flirter avec les deux (p.536) […] Le système d’immigration, et non la coercition et la stigmatisation, doit garantir qu’un équilibre existe entre la diversité et l’assimilation. Si les mariages mixtes ralentissent, la majorité ethnique demandera une immigration réduite ou une immigration plus sélective d’un point de vue culturelle. À mesure que l’assimilation s’accélère, l’immigration pourra augmenter. Des mesures de suivi claires comme les taux de mariages mixtes et le taux de maîtrise de la langue peuvent être utilisées pour rassurer la population et éviter la panique. Une majorité ethnique ouverte sera plus susceptible de considérer les étrangers comme des recrues potentielles, supprimant ainsi le risque d’une concurrence à somme nulle conduisant à l’antipathie envers les groupes extérieurs que je définis comme du racisme (p. 537) ».

Le populisme de droite va-t-il continuer à progresser ? À cette question, Eric Kaufmann répond : « Les sociétés occidentales deviendront plus diversifiées avant que le Whiteshift – fusion et cohésion – ne s’installe. Réprimer l’identité blanche comme étant raciste et diabolisé le passé des blancs ajoute l’insulte à l’injure du déclin démographique de ceux-ci. Cette cause [la répression de l’identité blanche]est la source du mécontentement populiste croissant ou même du terrorisme. Les majorités ethniques ont besoin d’un avenir et le nationalisme civique ne peut pas l’offrir. Au lieu de cela, nous avons besoin d’écrivains et de politiciens pour anticiper le Whiteshift, en l’utilisant en tant que vision pour ouvrir une conversation portant sur les majorités et sur la tradition européenne. Cela permettra aux Blancs conservateurs de trouver un sentiment de continuité ethnique à travers l’augmentation de la population métisse, ainsi que dans la persistance des Blancs non mélangés dans les zones rurales. Rassurer la majorité, loin de conduire à l’oppression, promet de réduire l’insécurité, ouvrant la voie à un retour à des sociétés plus détendues, harmonieuses et confiantes (p. 537) ».

Référence
Eric Kaufman (2019), Whiteshift, Abrams Press, New York, ISBN 978-1-4683-1697-1

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