Whiteshift (6 de 13) – La gauche moderniste : de la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus

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Ceci est notre 6e article d’une série de 13 à propos de Whiteshift : Populism, immigration and the future of white majorities

1. De WASP à Blanc dans l’histoire américaine
2. L’arrivée de Trump : le nationalisme ethnotraditionnel à l’âge de l’immigration
3. Grande-Bretagne : Érosion de la réserve anglaise
4. La monté du populisme de droite en Europe
5. L’exceptionnalisme canadien : le populisme de droite dans l’anglosphère
6. La gauche moderniste : de la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus
7. La gauche moderniste versus la droite populiste
8. Se recroqueviller : le recul géographique et social des majorités blanches
9. Se mélanger ou se mouler ? Le mariage interracial en occident
10. Le futur des majorités blanches
11. Est-ce que les blancs « non mélangés » vont s’éteindre ?
12. Naviguer à travers le Whiteshift : Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives
13. Résumé global, critique et mis en perspective de la FQS

C’est avec de grandes appréhensions que nous avons fait la lecture de ce livre. Il faut dire que la thématique nous touche de près : populisme, immigration et le futur des majorités blanches. Notre lecture ne nous a pas déçus; c’est avec des statistiques à l’appui et les conclusions de plusieurs études que l’auteur a rédigé son livre qui tient en 540 pages. Parmi les sujets abordés, on parlera de l’élection de Trump, du vote sur le Brexit, de la montée du populisme en Europe, du cas exceptionnel du Canada, de l’historique étatsunien du camp immigrationistes en opposition avec les mouvements visant à restreindre l’immigration, des luttes récentes entre la droite populiste et la gauche moderniste (ou gauche post-moderne), des phénomènes qui expliques que les blancs évitent les quartiers multiethniques pour se concentrer dans des quartiers à majorité blanche, de la mise en minorité des blancs en occidents et des phénomènes de métissage anticipé ainsi que de l’avenir de la race blanche.

Vu l’importance des thématiques abordées, nous avons jugé plus opportun de réaliser un compte rendu par chapitre, plutôt qu’un seul compte rendu pour le livre en entier. Ceci nous permettra de transmettre à vous, chers lecteurs, l’essentiell des enseignements du livre sans nécessairement devoir le lire. C’est donc un total de 13 comptes rendus que nous avons produit et que nous mettrons disponible au compte-gouttes sur notre site Web; évidemment, nous finirons la présentation avec une critique du livre pour le 13e article.

Nous vous offrons ainsi sans plus attendre le résumé du 6e chapitre du livre

Dans ce chapitre, le professeur de science politique nous donne une description très détaillée de la psychologie de la gauche moderniste, de ses racines et de ses ambitions sociétales. Cela permet de mieux comprendre les dérives de la mouvance antiraciste.

De la défense des droits civiques à la promotion de la diversité

Eric Kaufmann explique que «la pénétration sociale des idées de la gauche moderne [NDLR, aussi appelée gauche post-moderne] ne fera un grand bond en avant que dans les années 1960, alors que la popularité de la télévision de l’éducation universitaire montait en flèche. […] L’évolution et la progression des idées modernistes et égalitaires ont abouti au soi-disant « virage culturel » des années 60, dont Herbert Marcuse était l’un des représentants. Cela marquait l’abandon de la classe ouvrière en tant que gardienne du socialisme ainsi que l’arrivée des minorités culturelles à l’avant-garde du multiculturalisme. Au niveau de la gauche modérée, cela a eu pour effet de voir apparaitre une politique d’identité et de griefs culturels plus importants, ce qui a eu pour résultat d’atténuer le message économique traditionnel de la gauche. »

Historiquement, « à l’école, le discours nationaliste persistait, mais passait progressivement du nationalisme ethnique au nationalisme civique, comme aux États-Unis, où l’histoire nationale était en train de passer de l’histoire nationale axée sur les WASP à celle d’une nation des immigrés, à la fin des années 1950. À partir des années 1960, les manuels scolaires accordaient une plus grande attention aux tribulations des Africains et des Amérindiens. Après 1980, les progressistes américains ont fait la promotion de textes scolaires plus critiques dénonçant la violation par les Blancs des droits des autochtones, des noirs et des immigrés; que ces blancs soient des colons, des propriétaires de fortune, des capitalistes ou encore des membres du gouvernement ». En parlant du réseau des influenceurs de la philosophie de la gauche post-moderne, l’auteur mentionne que les foyers de ce réseau situés à New York, à Hollywood et sur les campus ont permis à la sensibilité libérale de s’étendre d’un petit groupe de disciples à un public plus large […] Ces ingrédients ont facilité un virage libéral marqué dans un large éventail de points de vues.

Le politicologue fait aussi la distinction entre le libéralisme passif et le libéralisme actif :

  • Le libéralisme passif plaide pour des mesures garantissant aux individus le maximum de libertés dans la mesure où celles-ci ne restreignent pas la liberté d’autrui. Il soutient que nous devons accepter la diversité des points de vue et des identités, que cela nous plaise ou non.
  • Le libéralisme actif dit que nous devrions préférer la diversité culturelle à l’homogénéité afin d’être fidèles au libéralisme. Ceux qui ne sont pas d’accord peuvent être qualifiés de racistes qui ont transgressé les valeurs sacrées et ne peuvent donc pas être tolérés.

Kaufmann explique que la défense des lois civiques, opérant sous le libéralisme passif, s’est transformée petit à petit en libéralisme actif. Le « libéralisme actif, fondé sur une préférence pour la diversité et sur la sacralisation de la race et l’égalité entre les sexes », a été mis de l’avant en profitant des avancés du libéralisme passif. « La question qu’il convient de se poser est donc de savoir quelle aurait été la réponse occidentale à l’immigration non européenne sans les changements idéologiques à tendance libérale des années soixante. […] Tout cela suggère que la progression de l’idéologie libérale a eu un impact énorme en renversant les discours nationaux et en ouvrant les pays occidentaux à diverses nouvelles sources d’immigration ».

La psychologie de l’antiracisme – la religion de l’antiracisme et le privilège blanc

Le professeur Eric Kaufmann donne les grandes lignes de la psychologie antiraciste :

« Le modernisme remplace la contemplation de la réalité extérieure et de la tradition par la sensation et l’immédiateté. Le désir de rechercher des expériences nouvelles élève la nouveauté et la diversité parmi les vertus cardinales du nouveau libéralisme. Privilégier la tradition sur la nouveauté, l’homogénéité sur la diversité, c’est être réactionnaire […] L’arrivée de la nouveauté s’accompagne d’un pastiche cosmopolite d’emprunt de culture non occidentale. »

« L’antiracisme est la plus haute valeur du modernisme de gauche, ce qui donne ce que John McWorther appelle ‘’la religion de l’antiracisme’’. Cela élève l’objectif louable de la formulation de politiques visant à réduire les inégalités raciales en ce que Scott Atran, un anthropologue, qualifie de valeur sacrée. » Pour l’auteur, l’antiracisme opère comme une religion, avec ses dogmes ne pouvant être remis en question. « Dans une communauté de croyants, les croyances sacrées telles que « Jésus est mort pour nos péchés sur la croix » ou « la société occidentale est raciste » ne doivent pas être remises en question. Ils sont réputés s’étendre au-delà de ce qui peut être légitimement exposé à la méthode scientifique ou à la falsification empirique. […] McWhorter et Steel observent qu’au lieu d’être motivé par la volonté d’adopter des politiques susceptibles de réduire de manière pragmatique l’inégalité raciale, la religion des antiracistes répond plutôt à la nécessité symbolique du progressiste blanc de s’absoudre de ses péchés. […] Les aspects rituels comprennent le fait de faire honte à ceux qui violent les tabous entourant l’immigration ou le multiculturalisme et d’applaudir les personnes qui font des déclarations « vertueuses » de valeurs antiracistes sacrées. Cette dynamique d’approbation de signalisation est identique à celle de l’amen religieux. » De plus, on comprend qu’avec le temps, les antiracistes embarqueront dans des causes qui n’ont rien à voir avec le racisme véritable; « les progressistes ont réagi à la réduction indéniable du racisme réel par une extension concomitante de sa définition: elle devient « une quantité conservée proche de la masse ou de l’énergie, c’est-à-dire transformable, mais irréductible ».

Kaufmann souligne les paradoxes et aberrations de cette idéologie : « le modernisme cosmopolite pousse l’individu de la majorité blanche à construire le Soi à partir d’un ensemble d’influences étrangères, en rejetant sa propre culture. Pendant ce temps, l’égalitarisme demande le contraire: le respect des sensibilités des minorités, ce qui signifie qu’elle ne peut pas s’approprier les formes culturelles de nombreux endroits en dehors de sa propre culture. » Ceci nous fait ainsi comprendre le paradoxe de la controverse du spectacle Slav de Robert Lepage qui opposait globalement la gauche cosmopolite et la gauche égalitariste; deux penchants de la gauche post-moderne. De plus, « les minorités sont invitées à ne pas suivre les Blancs sur la voie cosmopolite. En 1916, lorsque Randolph Bourne louait les minorités qui s’en tenaient fièrement à leur culture parce qu’elles résistaient à un américanisme puritain desséché, le modernisme de gauche d’aujourd’hui ajoute aux minorités l’impératif moral de rester dans leur culture pour résister à l’oppression blanche. »

Le mirage multiculturel

« L’une des pierres angulaires du modernisme de gauche contemporain est la conviction qu’un changement ethnodémographique produira un nouveau millénaire d’égalité raciale […] Cette vision du monde, de la gauche moderniste, centrée sur les rapports de pouvoir postule qu’une part de minorité plus élevée mènera à une forme de système politique plus équitable, un soutien au progressisme et une réduction des inégalités raciales ». L’auteur explique en comparant différentes époques, villes, différents états, et différents pays, qu’une réduction des blancs ne mène pas à une réduction des inégalités. Concernant les États-Unis, « l’évolution des inégalités raciales pour la période 2000-2015 n’est pas corrélée avec la baisse de la proportion des Blancs au cours de cette période. Rien n’indique qu’une Amérique plus diversifiée offrira un meilleur marché aux Noirs ». Le politicologue a « effectué un exercice similaire au niveau mondial, cherchant à savoir si l’écart de revenu entre les groupes majoritaires de différents pays et le ou les groupes minoritaires de ce pays est plus faible dans les pays où le groupe majoritaire est moins important. Rien n’en ressort […] L’avantage économique des Blancs – dans la mesure où cela existe – n’est pas lié à leur part dans la population, donc l’immigration n’est pas une panacée. »

L’imposition de normes et de tabou antiracistes

Eric Kaufmann fait la démonstration que la gauche post-moderne réussit à imposer ses vues et ses idées via les médias, les politiciens et les universités en établissant des normes morales ainsi que des tabous antiracistes. « Dans les sociétés occidentales culturellement libérales, depuis les années 1960, le régime émotionnel est passé de l’indignation contre le viol des valeurs traditionnelles au dégoût des transgressions des valeurs libérales. Les tabous protègent désormais les idées libérales, en particulier celles qui peuvent établir un lien avec la race ou, dans une moindre mesure, le sexe. » Cette répression s’impose via de nouvelles normes morales. « Les normes fonctionnent en déclenchant des réactions émotionnelles plutôt que rationnelles aux violations. Si quelqu’un se soulage de manière politiquement incorrecte au dîner avec des collègues, cela se heurte à une réaction de dégoût et non à un discours opposé. Ainsi, « les majorités peuvent résister aux nouveaux venus, mais comme les trois chapitres précédents l’ont montré, la voix de la majorité est en conflit avec une deuxième réponse : la répression des angoisses au nom de la lutte contre le racisme, pierre angulaire d’un système de croyances égalitaire libéral qui domine la haute culture occidentale. »

La religion de l’antiracisme sur les campus universitaires

« Les buts recherchés par le libéralisme passif, tel que l’égalité des droits, ont cédé le pas aux buts du libéralisme actif dont la volonté est de réaliser un idéal de diversité et d’inverser une hiérarchie culturelle perçue. Les minorités culturelles ont remplacé les travailleurs en tant que catégorie exploitée et qu’agent de transformation radicale. L’eschatologie de la gauche moderne a remplacé le paradis des travailleurs marxistes par le rêve multiculturel de l’égalité dans la diversité. La nouvelle gauche a électrisé la génération montante d’intellectuels du baby-boom. Ses principes étaient moins menaçants pour le capitalisme et donc, sous une forme adoucie, plus facilement absorbés par les grandes entreprises, le gouvernement et la cohorte grandissante des travailleurs du savoir. Cela a pris du temps. Les progrès les plus rapides ont été réalisés dans les cercles progressistes, notamment dans les universités. Les activités académiques des baby-boomers ont commencé à occuper une place de choix dans les sciences humaines et sociales, inculquant un éthos de gauche post-moderne plus prononcé dans ces disciplines ».

Ainsi : « après les années 1960, les émeutes se sont apaisées, mais dès les années 1980, la masse critique de missionnaires de la nouvelle gauche prônant l’idéologie de l’égalité dans la diversité a été atteinte dans les sciences humaines et sociales. En psychologie sociale, par exemple, le rapport entre libéraux et conservateurs était d’environ 2 : 1 en 1960 […] Cela a commencé à changer rapidement dans les années 1980, menant à une monoculture de gauche post-moderne. En 2014, le ratio des professeurs libéraux par rapport aux professeurs conservateurs avait atteint un rapport de 15 contre 1. Kaufmann rapporte également qu’en 2014, seulement 3% des professeurs du domaine de la psychologie sociale expérimentale étaient de droite. »

L’auteur explique que « l’absence de diversité idéologique dans le corps professoral en sciences humaines a réduit le champ de la recherche et cela crée de l’orthodoxie ; ceci rend coûteuses, sur le plan social et professionnel, les critiques formulées envers les théories dominantes […] Des avenues de recherche entières restent inexplorées par crainte que le produit final ne soit pas publié ou puisse exposer l’auteur à être perçu comme un conservateur, ce qui pourrait éventuellement compromettre ses chances de trouver un emploi ou un mandat et ainsi lui rendre la vie universitaire plus difficile. »

L’intolérance des antiracistes et la violation de la liberté d’expression

« La fondation pour les droits individuels dans l’éducation (FIRE) a compilé des statistiques sur les violations de la liberté d’expression sur les campus. Ces documents témoignent, aux États-Unis, d’une tendance croissante à l’intolérance [de la diversité d’opinion]provenant en grande partie de la gauche, notamment par des pressions qui ont conduit à la désinvitation de conférenciers. En Grande-Bretagne, une enquête menée en 2017 a révélé que 21 universités – environ 20% du total – avaient empêché de parler au moins un conférencier. Soixante pour cent des universités britanniques ont « sévèrement restreint » la liberté d’expression et 90% ont maintenu au moins certaines restrictions. Les syndicats étudiants étaient généralement à la tête des pressions exercées sur les universités pour qu’elles interdisent la vente de journaux de droite tels que le Sun ou le port de costumes comme des sombreros. »

Dans un autre ordre d’idée, le professeur souligne que « les données américaines de l’Enquête sociale générale (ESG) suggèrent que les jeunes générations sont de plus en plus intolérantes aux discours qu’elles trouvent offensants […] Les précédentes vagues de l’ESG remontant aux années 1950 ont toujours montré que les jeunes étaient toujours plus tolérants que leurs parents. Donc la libération du discours semble faire machine arrière ».

En parallèle d’une liberté d’expression qui commence à être restreinte, ils ont élargie la portée du discours haineux. Selon Kaufmann, « élargir la définition du « discours haineux » est devenu un projet politique. Les critères du discours haineux ne sont pas strictement définis, mais sur les campus américains modernes ils sont souvent définis par la sensibilité subjective de l’individu le plus offensé ou par ce que les défenseurs autoproclamés des groupes subalternes considèrent comme offensant. »

Référence
Eric Kaufman (2019), Whiteshift, Abrams Press, New York, ISBN 978-1-4683-1697-1

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