Whiteshift (7 de 13): La gauche moderniste versus la droite populiste

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1. De WASP à Blanc dans l’histoire américaine
2. L’arrivée de Trump : le nationalisme ethnotraditionnel à l’âge de l’immigration
3. Grande-Bretagne : Érosion de la réserve anglaise
4. La monté du populisme de droite en Europe
5. L’exceptionnalisme canadien : le populisme de droite dans l’anglosphère
6. La gauche moderniste : De la Bohême du 19e siècle à la guerre des campus
7. La gauche moderniste versus la droite populiste
8. Se recroqueviller : le recul géographique et social des majorités blanches
9. Se mélanger ou se mouler ? Le mariage interracial en occident
10. Le futur des majorités blanches
11. Est-ce que les blancs « non mélangés » vont s’éteindre ?
12. Naviguer à travers le Whiteshift : Majorités inclusives à l’intérieur de nations inclusives
13. Résumé global, critique et mis en perspective de la FQS

Dans ce chapitre, Eric Kaufmann nous explique que la droite populiste est alimentée directement par les dérives de la gauche moderniste (gauche post-moderne) qui est présentement en phase de radicalisation. La radicalisation de cette frange de la gauche à des effets dans les campus universitaires, dans les médias et sur le plan politique via la rectitude politique. La rectitude politique en elle-même crée une forte réaction qui encourage les populistes à briser les tabous érigés en absolu moral par la gauche moderniste. La destruction des tabous permet en retour une augmentation du vote populiste qui permet d’accumuler le momentum nécessaire pour briser davantage de tabous ; le tout s’emballe dans une boucle de rétroaction positive menant à une mobilisation de toujours plus grande du nombre d’individus.

Ainsi l’auteur souligne que « les idées de la gauche moderniste, qui ont connu une progression assez soutenue au sein des institutions de l’élite entre les années 1960 et les années 1990, ont commencé à se heurter à une résistance nationaliste importante. Cela a pris initialement la forme d’une agitation populiste en provenance de la droite ainsi que d’attaques venant de provocateurs tels que Milo Yiannopoulos, mais s’est désormais étendu aux partis politiques traditionnels, aux universitaires libéraux et aux médias ». L’auteur explique que « lorsque le récit moraliste commence à être remis en question, les sceptiques se rendent compte que d’autres partagent leurs doutes. Cela initie une réaction en chaine d’élimination des normes qui entraînent ensuite un recul des tabous antiracistes, d’abord sur le multiculturalisme, puis sur l’immigration et l’islam. ». Kaufmann souligne que « la boucle de rétroaction positive entre les radicaux de gauche et de droite semble avoir commencé avec les succès de la gauche moderniste en ce qui concerne l’institutionnalisation de la rectitude politique. »

Le professeur, à l’aide de la figure 8.3, présente les interactions entre l’expansion des normes antiraciste, la rectitude politique, l’immigration, le multiculturalisme et la révolte populiste. « La figure 8.3 montre que l’expansion des normes antiracistes permet d’établir des politiques d’immigration élevée et de favoriser le multiculturalisme. Peu d’électeurs conservateurs et autoritaires font directement l’expérience de la rectitude politique présente sur les campus, mais ceux-ci finissent par être touchés par les politiques libérales rendues possibles par des normes antiracistes étendues. La rectitude politique inhibe initialement le grief des blancs conservateur, le vote de la droite populiste ainsi que la mobilisation de centre droit contre l’immigration et le multiculturalisme. Cependant, une fois que la droite populiste franchit un seuil, la dynamique change. Le succès des populistes de droite amène le centre droit à adopter une politique anti-immigration, ce qui affaiblit l’emprise des tabous antiracistes. Une fois que cela se produit, la rectitude politique, au lieu de freiner le grief des conservateurs blancs et du vote populiste de droite, est dénoncé ce qui peut pousser le populisme vers de nouveau sommet. »

Figure 8.3, Whiteshift, page 358

Le professeur Kaufmann précise que « la réponse conservatrice au politiquement correct, plus que les idées elles-mêmes, est ce qu’il y a de nouveau à propos de la fin de la décennie 2010. » De plus, « nulle part le politiquement correct n’est devenu un agent de recrutement pour la droite populiste aussi important qu’aux États-Unis. Les excès de la gauche moderniste sur les campus font régulièrement la manchette exposant ainsi le noyau fondamentaliste d’un système de croyances. […] Les dépassements de la gauche sur les campus sont devenus un signal d’alarme pour la droite dans la guerre culturelle conduisant à une animosité conservatrice croissante contre les universités. » En ce qui concerne la perception de la population, « soixante pour cent des Canadiens ont déclaré que la rectitude politique était allée trop loin. Aux États-Unis, ce taux était de 68%. Alors que seulement 37% des démocrates [américains] estimaient que la rectitude politique était allée trop loin, au Canada, ce sentiment a touché tout le spectre politique ; 60% des électeurs libéraux et 62% des électeurs du Nouveau Parti démocratique étaient d’accord avec l’affirmation. À droite, 80% des conservateurs canadiens et des républicains américains étaient de cet avis. »

La radicalisation de la gauche-moderniste par les médias
L’auteur affirme qu’il y a eu une radicalisation de la gauche moderniste au cours des dernières années. Ceci étant dû, en partie, à l’effet combiné des médias de gauche moderniste et à la consommation de média sociaux. « Les travaux de Zach Goldbeerg montrent que la consommation de médias sociaux et de sites Web en ligne a augmenté et semble exercer un effet radicalisant sur les opinions des Blancs libéraux par rapport à la race, le sexe et le genre […] La part des blancs libéraux ayant visité les sites web de gauche Buzzfeed ou Huffington Post est passée de 15 à 34% entre 2012 et 2016. Les blancs libéraux qui visitent régulièrement ces sites sont 60% plus susceptibles de voir de la discrimination fondée sur le sexe et la race comme un problème que les blancs libéraux qui prennent leurs nouvelles ailleurs »

Le politicologue nous apprend que « l’effet de radicalisation combiné des nouvelles en ligne et des médias sociaux est remarquable. Entre 2009 et 2016, la perception selon laquelle les Noirs, les Hispaniques et les femmes étaient discriminés a fait un bond en avant chez les blancs libéraux alors que les minorités et les femmes signalaient des niveaux sans précédent (et en baisse) de harcèlement, de discrimination et de crimes haineux. En 2009, à peine 20% des blancs libéraux pensaient qu’il y avait « beaucoup » ou « un peu » de discrimination à l’encontre des Afro-Américains, alors qu’en 2012 ce taux atteignait 40% et près de 80% en 2016. En ce qui concerne les Hispaniques, l’augmentation au cours de la même période est passée de 30 à 42 à 50 pour cent [pour 2009, 2012 et 2016 respectivement]. En ce qui concerne les femmes, elle est passée de 20% en 2011 à 25% en 2012 et à 45% en 2016. En même temps, les sondages ont révélé une augmentation de 50% des Blancs libéraux en faveur de la discrimination positive ; une attitude plus chaleureuse envers les minorités et les immigrants clandestins et une attitude plus froide envers les Blancs.

L’effondrement des tabous antiraciste
Eric Kaufmann explique que les tabous antiracistes ont commencé à tomber en occident. L’auteur utilise le schéma de la figure 8.1 pour « illustrer le recul des tabous antiracistes depuis les années 1990. [Cette figure] décrit les lignes de front dans la bataille entre l’expression et la répression des diverses formes d’anxiété nationaliste. Le cercle extérieur, le multiculturalisme, était le premier tabou libéral à tomber. La rhétorique multiculturaliste prônant la célébration de la diversité était en retrait en Europe continentale et chez la droite américaine dans les années 1990, et au Royaume-Uni après l’an 2000. En nous déplaçant à l’intérieur, vers le cercle de l’immigration, nous voyons qu’en Europe les politiciens et certains chroniqueurs des médias ont commencé à appeler ouvertement à abaisser les seuils d’immigration vers la fin des années 1990 et au début des années 2000. »

En ce qui nous concerne, on observe que le Québec à briser le tabou de la critique du multiculturalisme dans les années 1990 et celui de l’Islam en 2017. Par contre le tabou de l’immigration ne serait pas encore brisé. Dans le cas du Canada en anglais, ces trois tabous n’ont pas encore été brisés. La figure montre également que l’Europe de l’Est a brisé le tabou de l’identité blanche et chrétienne ainsi que du nationalisme blanc dans les années 2010.

Figure 8.1, Whiteshift page 349

De plus, le professeur explique que « l’érosion du contrôle de la gauche moderniste en ce qui concerne les limites du débat acceptable portant sur l’immigration peut déclencher une spirale de la mobilisation populiste de droite telle qu’illustrée à la figure 8.2. Premièrement, s’opposer à l’immigration et voter pour les populistes de droite devient moins toxique, permettant à davantage de personnes de voter pour ces partis sans encourir de sanction pour la culpabilité ou la honte. Cela érode davantage les normes antiracistes, réduit encore plus la culpabilité et renforce à nouveau le soutien à de tels partis, dans une spirale autoalimentée. La montée des populistes de droite et le démantèlement de la rectitude politique se poursuivent jusqu’à ce que le nombre d’électeurs de type conservateurs psychologique et de type autoritaristes – un nombre fini – soit épuisé. Aux États-Unis, les tentatives de défense des tabous antiraciste peuvent même avoir l’effet inverse, alimentant ainsi le vote populiste. »

Figure 8.2, Whiteshift page 355


L’immigration – La ligne de fracture entre la gauche-moderniste et le populisme conservateur
Le professeur Kaufman montre que l’immigration est la thématique qui démarque le mieux la gauche moderniste par rapport aux populistes de droite. « La ligne de démarcation principale entre la gauche moderniste et le populisme conservateur tourne autour de l’immigration : à savoir s’il est raciste de vouloir moins d’immigrants, en particulier pour des raisons culturelles […] Dans le cadre d’une étude pilote ANES, 5 à 10% des Blancs américains déclarent avoir beaucoup de « culpabilité blanche (white guilt) » selon la manière dont la question est posée. Une catégorie plus large qui comprend environ un tiers des Blancs américains respecte le point de vue de la gauche moderniste selon laquelle le parti pris du groupe blanc en matière d’immigration est raciste ; ceux-ci disent ressentir un peu de « culpabilité blanche ». Un tiers des Américains blancs s’identifient fortement à l’identité raciale blanche ou à une identité nationale blanche et souhaitent une immigration réduite de beaucoup. Ceci est la base électorale de Trump. Le dernier tiers a une identification modérée avec la blancheur, veut réduire l’immigration un peu, ne considère pas les intérêts du groupe blanc comme étant racistes et ne rapporte aucune culpabilité blanche. »

Au sujet des électeurs de Hillary Clinton, on apprend que « 47% des électeurs de Clinton pensent qu’il est raciste de vouloir éviter que son groupe racial décline […] Parmi les blancs diplômés universitaires votant Clinton – le groupe qui comprend en grande partie l’élite culturelle – ce sentiment est presque universel à 91% […] Les électeurs éduqués de Clinton ont une définition large du racisme et perçoivent les intérêts raciaux des Blancs comme étant racistes. » Paradoxalement, l’auteur explique que les non-blancs sont plus nuancés : « parmi les électeurs de Clinton non blancs, à peine 58% sont d’accord [avec l’affirmation], beaucoup considèrent que les Blancs qui veulent moins d’immigration pour des raisons d’intérêts de leur groupe agissent pour leur propre intérêt plutôt que par racisme. »

Au final, l’auteur nous amène à penser que ce qui cloche ce n’est ni les électeurs blancs républicains, ni les électeurs non blancs (démocrate ou républicain), mais plutôt les électeurs blancs démocrates. Le passage suivant est particulièrement éclairant:. « Une expérience éthique a montré que les libéraux sont beaucoup moins disposés à sacrifier un individu dont le nom suggère qu’il est de race noire pour sauver un individu dont le nom suggère qu’il est de race blanche alors qu’à l’inverse les conservateurs ne montrent aucune préférence ».

Au niveau international, les électeurs blancs démocrates sont plutôt l’exception que la règle. À savoir s’il est raciste de souhaiter diminuer l’immigration pour éviter que le déclin de son groupe ethnique la firme de sondage IPSO MORI a posé la question dans 18 pays. Kaufmann conclut qu’« il est clair encore une fois qu’une majorité ne pense pas qu’il est raciste de souhaiter moins d’immigration pour des raisons ethnoculturelles. La proportion de personnes qui considèrent cette motivation comme raciste varie toutefois ; la valeur la plus haute allant de 36% aux États-Unis à la valeur la plus basse de 13% en Afrique du Sud (où les Xhosa constituent le groupe de référence). Les divisions au sein des pays importent également. Au Canada, 37% des Canadiens anglais disent que ce sentiment est raciste – semblable à celui des États-Unis – alors que seulement 15% des Québécois pensent ainsi. »

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Référence
Eric Kaufman (2019), Whiteshift, Abrams Press, New York, ISBN 978-1-4683-1697

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